mercredi, septembre 9, 2026

500 miles: un rookie en pole à 374km/h de moyenne…

Il y a des jours où le sport auto décide de renverser la table, d’oublier les hiérarchies, les CV longs comme le bras et les palmarès sertis de trophées. Et puis il y a des jours comme ce dimanche à Indianapolis, où la table est projetée à travers la vitre, emportant avec elle les idées reçues, les favoris, et la légendaire rationalité mécanique du paddock. À la place : un rookie nommé Robert Shwartzman, un ovale qu’il n’avait jamais parcouru, et une pole position sortie d’un conte de fées… ou d’un menu Best Of.

Oui, le gars a fêté sa pole chez McDonald’s. Et à vrai dire, c’est tout sauf une blague. L’Indy 500 n’avait pas vu un rookie partir en tête depuis 1983. Teo Fabi, ça vous dit quelque chose ? Non ? Pas grave, c’est dire si ce genre de chose arrive une fois par génération – et encore, dans les bonnes années.

De 33e à poleman : une ascension à la Rocky Balboa

On l’annonçait comme le parfait figurant, une doublure de luxe pour PREMA, équipe rookie elle aussi, fraîchement débarquée d’Europe avec ses habitudes de paddock en carton à Monza. Mardi dernier, Shwartzman tournait à l’allure d’un caddie rouillé : 33e sur 34. Mercredi ? 28e. Jeudi ? 32e. Bref, il servait surtout à aérer la piste. Mais vendredi, les boost moteurs ont été libérés (merci Turtle Wax et leur Fast Friday), et là, mystère : le No. 83 PREMA-Chevy s’est mis à voler comme un sushi en promotion.

Dimanche, il explose tout le monde en Fast Six avec une moyenne de 232,790 mph (374,64km/h). Et pendant que le paddock se demandait dans quelle dimension on avait basculé, Robert, lui, savourait un cheeseburger.

Un talent brut, une trajectoire bancale

Robert Shwartzman, c’est un mélange improbable : né à Tel-Aviv, formé en Russie, sacré champion F3 avec PREMA, vice-champion F2 derrière Oscar Piastri (autre miraculé du système Ferrari), et longtemps enfermé dans le rôle de “réserve” chez les rouges à Maranello. Il avait tout pour réussir, mais nulle part où aller. Alors l’Amérique s’est ouverte. Et visiblement, ça lui réussit.

Pas d’expérience sur ovale ? Peu importe. Aucun automatisme face au vent, aux murs, aux turbulences ? Zéro souci. Il compense avec une équipe technique expérimentée (certains ex-Penske, tiens tiens…), un coach nommé Ryan Briscoe, et surtout un sang-froid de pilote qui n’a pas encore compris qu’il devait avoir peur.

Team Penske : du top à la triche

Pendant que Shwartzman faisait tomber les mâchoires, l’empire Penske se faisait épingler pour tricherie de basse cour. Des “modifications non autorisées” sur les attenuators, ces appendices aérodynamiques à l’arrière des voitures, ont été découvertes sur les autos de Josef Newgarden et Will Power. Résultat : disqualification de la séance, relégués en fond de grille. Vous savez, ces gars qui jouent le titre, qui ont gagné les deux dernières éditions, et qui, surtout, font partie de l’équipe du patron de la série et propriétaire du circuit d’Indianapolis, Roger Penske. Ah, l’ironie.

INDYCAR a dû s’exprimer pour sauver la face : “L’intégrité de l’Indy 500 est primordiale.” Le genre de phrase qu’on ressort quand on est pris la main dans le sac. À ce niveau, on ne parle plus de performance grise, mais d’un tuning façon Fast & Furious dans les garages de Roger.

Une grille chamboulée, un scénario hollywoodien

À côté de Shwartzman sur la première ligne, Takuma Sato (encore vivant, apparemment) et Pato O’Ward, toujours aussi flamboyant que frustré. Derrière, des pointures comme Scott Dixon, Alex Palou (leader du championnat mais bien discret), et Felix Rosenqvist complètent le gratin. Et pendant ce temps, Marco Andretti, Marcus Armstrong et Rinus VeeKay ont dû jouer leur survie dans le Last Chance Qualifying. Oui, même chez les Andretti, on rame.

PosPiloteTeamChrono
1Robert ShwartzmanPREMA02:34.6459
2Takuma SatoLetterman02:34.8534
3Pato O’WardArrow McLaren02:35.1069
4Scott DixonChip Ganassi02:35.1377
5Felix RosenqvistMeyer Shank02:35.1809
6Alex PalouChip Ganassi02:35.5894
7David MalukasA.J. Foyt02:35.4411
8Christian LundgaardArrow McLaren02:35.6015
9Marcus EricssonAndretti02:35.8347
10Scott McLaughlinTeam Penske02:34.4979

Jacob Abel, rookie sacrifié du week-end, a vu son rêve d’Indy s’envoler pour 0.5 mph. Il peut toujours se reconvertir dans la bière, son sponsor étant Miller High Life.

Shwartzman superstar… et chanteur

Cerise sur le sundae, Shwartzman est aussi chanteur à ses heures perdues. Sous le pseudonyme “Shwartzy”, il a sorti un titre nommé “ACTIVE” en 2023. Le mec coche donc toutes les cases : pilote rookie, poleman improbable, gourmet de fast-food, chanteur autoproduit… s’il gagne la course, il nous fera peut-être un remix de l’hymne américain à capella.

La morale ? Il n’y en a pas.

Le plus improbable dans cette histoire, ce n’est même pas qu’un rookie inconnu ait battu les cadors du paddock. C’est qu’il l’ait fait en toute décontraction, sans se crisper, sans s’écrouler, avec une fraîcheur et une sincérité qui tranchent avec les figures d’épouvantail trop souvent servies par l’IndyCar.

Robert Shwartzman n’a jamais vu un ovale avant ce mois-ci. Dimanche prochain, il mènera le plus grand peloton de monoplaces de la planète vers le green flag de l’Indy 500. Et ça, ce n’est pas une pub McDonald’s, c’est l’Amérique dans ce qu’elle a de plus dingue : imprévisible, bruyante, spectaculaire… et soudain, inoubliable.

Conclusion : l’Indy 500 aura un rookie en pole, une équipe européenne en orbite, et des tricheurs en pénitence. Qui a dit que le sport auto était devenu prévisible ?

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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