Rome, ses fontaines, ses ruines antiques et… ses pilotes en furie balançant des voitures de rallye sur des routes trop étroites pour un scooter. Le Rally di Roma Capitale, épreuve du championnat d’Europe des rallyes (ERC), a entamé son week-end avec une première journée tout en virages, en chaleur, en stratégies foireuses et en pneus cramés. Andrea Crugnola mène le bal chez lui, mais avec seulement 3,3 secondes d’avance, c’est à peu près aussi confortable que de rouler en trottinette sur les pavés romains.
Crugnola, l’Italien qui voulait une trilogie

Andrea Crugnola, local de l’étape et pilote Citroën C3 Rally2, a l’ambition d’inscrire une troisième victoire consécutive dans son rallye. Jusque-là, tout allait bien : temps scratch, position de leader, public en délire. Puis est arrivée la spéciale 6, et avec elle une performance qu’on qualifiera pudiquement de… perfectible.
« If I lost time it is because my driving wasn’t enough », a-t-il déclaré. Traduction libre : J’ai conduit comme un touriste et ça m’énerve. Rien d’irrémédiable cependant, mais quand vous avez deux types très motivés aux trousses, dont un Basso en embuscade et un Marczyk en embuscade-bis, mieux vaut éviter la méditation introspective à haute vitesse.
Basso : vieux renard, nouvelles ambitions

Giandomenico Basso, double champion d’Europe, est là, tapi, chaussé de Pirelli comme Crugnola, prêt à frapper au premier faux pas. Pas forcément spectaculaire, mais diablement efficace, le vétéran n’est qu’à 3,3 secondes du leader. À son âge, c’est moins une question de pilotage que de sagesse : il ne roule pas vite, il roule juste.
Marczyk : de l’ombre à la lumière… et à l’overshoot

Le Polonais Miko Marczyk, lui, a fait vibrer les chronos sur le monstre de 34,57 km appelé « Torre di Cicerone » (du nom d’un philosophe romain qui n’aurait pas validé autant de freinages tardifs). Il y signe un temps canon malgré une petite frayeur, mais ruine tout sur l’ES4 en loupant un freinage. Résultat : retour à la case 4e place et remise en question obligatoire.
« Ce n’était pas un jour sans action », résume-t-il. Pour sûr, mais à ce niveau, chaque action coûte une seconde, et chaque seconde coûte une victoire.
Mabellini : le lièvre qui crame ses pneus… ou pas

Andrea Mabellini, qui avait pourtant pris les devants tôt dans la journée, s’est effondré sur la deuxième boucle. Pourquoi ? Lui-même l’ignore. Il a tenté de préserver ses pneus, ce qui est courageux, mais à 14 secondes du scratch de Crugnola dans l’ES6, on parlera plutôt de dérive thermique. Ou d’un mauvais karma pour celui qui ouvrait la route.
Daprà, le feu dans les jambes, le frein à main dans les choux
Roberto Daprà, champion ERC4 2023, a montré qu’il n’était plus là pour faire de la figuration. Deux meilleurs temps, une attaque assumée et un spin idiot dans l’ES3 pour équilibrer le tout. Son analyse ? « J’ai voulu trop en faire. » Pas faux. Mais à 15 secondes du leader, on se dit qu’un rallye sans erreurs pourrait très bien l’envoyer sur le podium dimanche.
Østberg : de retour du trauma, et dans le match

Mads Østberg n’était pas là pour rire. Revenu d’un accident traumatisant l’an passé, qui a contraint son copilote Patrik Barth à raccrocher, le Norvégien signe un samedi solide. Moins de 20 secondes de retard, une régularité retrouvée, et surtout une confiance qui semble revenir. Ça ne suffira sans doute pas pour la victoire, mais il faudra compter sur lui jusqu’à la fin.
Le peloton : Avbelj, Campedelli, Llarena… ambiance dense et dense ambiance
Boštjan Avbelj avait claqué le scratch sur la super spéciale romaine vendredi soir. C’était chouette. Mais dès que le rallye a vraiment commencé, il est retourné à sa position de prédilection : en milieu de top 10, là où l’on ne gagne rien, mais où l’on peut toujours espérer un miracle (ou une hécatombe devant).
Derrière lui, on trouve Simone Campedelli, Efrén Llarena (champion 2022 un peu transparent), et le Tchèque Dominik Stříteský. De bons pilotes, mais pas de quoi bousculer la hiérarchie. Pas aujourd’hui.
| Pos | Equipage | Voiture | Chrono |
| 1. | Crugnola Andrea/ Ometto P. | Citroën C3 Rally2 | 1h06’07,3 |
| 2. | Basso Giando/ Granai L. | Škoda Fabia RS Rally2 | +3.3 +3.3 |
| 3. | Marczyk M./ Gospodarczyk S. | Škoda Fabia RS Rally2 | +8.7 +5.4 |
| 4. | Mabellini Andrea/ Lenzi V. | Škoda Fabia RS Rally2 | +13.9 +5.2 |
| 5. | Daprà R./ Guglielmetti L. | Škoda Fabia RS Rally2 | +15.0 +1.1 |
| 6. | Østberg Mads/ Eriksen T. | Citroën C3 Rally2 | +19.0 +4.0 |
| 7. | Avbelj Boštjan/ De Guio Elia | Škoda Fabia RS Rally2 | +21.1 +2.1 |
| 8. | Campedelli Simone/ Canton T. | Škoda Fabia RS Rally2 | +21.3 +0.2 |
| 9. | Llarena Efrén/ Fernández S. | Toyota GR Yaris Rally2 | +22.5 +1.2 |
| 10. | Stříteský D./ Krajča O. | Škoda Fabia RS Rally2 | +34.2 +11.7 |
Les autres : Tempestini, Herczig, Signor, Armstrong… et une pensée pour McRae
Parmi les autres aventuriers, signalons Simone Tempestini (11e), qui collectionne les titres en Roumanie comme d’autres les magnets sur leur frigo. Norbert Herczig découvre le bitume avec sa Fabia et fait de son mieux, tout comme Jon Armstrong qui se bat plus avec ses réglages qu’avec ses concurrents.
Mention spéciale à Fabio Andolfi, trahi par un pneu, et au pauvre Max McRae, qui a terminé sa journée en beauté avec un salto dans l’ES6. Le jeune écossais, héritier d’une dynastie de flingueurs de pneus, a prouvé qu’il avait le nom… et le sens du spectacle. Reste à bosser l’atterrissage.
Et maintenant ?
Dimanche s’annonce tendu, avec six spéciales, 98 kilomètres de bitume italien, et une poignée de secondes entre les premiers. Crugnola devra être parfait, Basso attend son moment, Marczyk est en embuscade, et Daprà a les crocs. Le tout sur des routes plus traîtresses qu’un espresso frelaté.
Bref, tout est prêt pour un final de telenovela en version moteur turbo. La dolce vita, façon ERC.
| Intitulé | Longueur | Local | Réunion | Vietnam |
| Dimanche 6 Juillet | ||||
| ES8 Guarcino – Altipiani1 | 11,580km | 08h25 | 10h25 | 13h25 |
| ES9 Canterano – Subiaco1 | 30,590km | 09h20 | 11h20 | 14h20 |
| ES10 Jenne – Monastero1 | 7,000km | 11h05 | 13h05 | 16h05 |
| ES11 Guarcino – Altipiani2 | 11,580km | 13h45 | 15h45 | 18h45 |
| ES12 Canterano – Subiaco2 | 30,590km | 14h40 | 16h40 | 19h40 |
| ES13 Jenne – Monastero2[PS] | 7,000km | 17h05 | 19h05 | 22h05 |