La troisième étape de l’Abu Dhabi Desert Challenge, deuxième manche du championnat W2RC, s’annonçait comme une promenade de santé dans le désert. Une petite balade de 389 km, dont 237 de spéciale, ponctuée par un bivouac « rustique » au Marathon Camp, où les concurrents allaient troquer leurs motorhomes tout confort contre une tente, un matelas et un sac de couchage. Adieu les massages et les dîners gastronomiques, bonjour l’expérience scout version rallye-raid.
Mais avant la nuit sous les étoiles, il fallait d’abord franchir ces fameuses dunes géantes en forme d’étoile, un piège aussi sournois qu’un arrêt au stand Ferrari. Loeb, auréolé de sa victoire d’étape hier et de son 21e scratch en rallye-raid, s’élançait en éclaireur à 10h20, devant Lucas Moraes et Nasser Al Attiyah. Autant dire qu’avec ces poursuivants, il fallait rouler à fond et prier pour que les dieux du désert soient cléments.
Loeb, seul contre le vent… et la direction de course

Le problème, c’est que le désert a son propre agenda météorologique. Avec un vent soutenu balayant les traces des motos parties avant lui, Loeb a dû naviguer à l’aveugle, un peu comme un pilote Ferrari essayant de comprendre la stratégie de son équipe. Résultat : des secondes qui s’accumulent et une galère logistique à chaque waypoint. Pour ne rien arranger, le Français prend deux minutes de pénalité pour excès de vitesse, sans doute un hommage involontaire à son glorieux passé en WRC.
Le Qatarien Al Attiyah, lui, n’a pas eu besoin d’un GPS pour sentir l’odeur du leadership. Passé en tête dès le km 25, il a dicté son propre tempo, reléguant ses poursuivants au rang de figurants. Lucas Moraes, un temps dans la bataille, a rapidement compris que le vent du désert soufflait en faveur de Dacia. Un constat encore plus amer pour Mattias Ekström, cloué au bivouac par une santé défaillante. Vomir dans son casque, c’est une expérience qu’on ne souhaite à personne, sauf peut-être à un rival en pleine bataille pour un titre mondial.
Al Attiyah écrase tout sur son passage

Au km 50, Al Attiyah double la mise, creusant un écart d’une minute sur ses premiers poursuivants. Loeb, qui espérait maintenir le cap, se retrouve à jouer au yoyo entre le podium et une place d’observateur de luxe. Derrière, le Portugais Joao Ferreira continue de surprendre avec sa Mini JCW diesel, tenant la dragée haute aux mastodontes du plateau. Pendant ce temps, Eryk Goczal, jeune prodige polonais de 20 ans, se fait une place parmi les grands, sans complexe ni respect pour ses aînés.
Au km 116, Al Attiyah mène toujours la danse, tandis que Moraes tente de limiter la casse. Loeb, fidèle à sa réputation, refuse de lâcher prise, mais le vent a d’autres plans pour lui. À ce stade de la spéciale, la course se résume à un mano a mano entre le Qatari et le Brésilien, tandis que Loeb s’accroche tant bien que mal à sa troisième place. Une lutte serrée qui rendrait presque jaloux les stratèges de la F1 en quête d’une bataille au sommet.
Le vent décide du sort de l’étape
Mais voilà, le désert n’a pas dit son dernier mot. Un vent de plus en plus violent perturbe la course et la direction décide d’interrompre les concurrents FIA encore en piste. Un coup dur pour ceux qui espéraient grappiller quelques précieuses secondes dans la dernière portion. Pas pour Al Attiyah, qui signe sa deuxième victoire après le prologue et s’installe confortablement en tête du classement général. Loeb, avec ses pénalités et son rythme contrarié, glisse à la troisième place derrière Moraes.
Dacia peut toutefois se réjouir : le Qatarien est en mission et son coéquipier reste dans la lutte. Derrière, Goczal continue d’impressionner, s’accrochant au top 6 du général et devançant même son coéquipier Yazeed Al Rajhi. À 20 ans, il prouve que la jeunesse n’a que faire du respect des anciens, un brin d’insolence qui pourrait bien faire des ravages dans les années à venir.
| Pos | Constructeur | Equipage | Chrono ES3 |
| 1 | ![]() | N. AL-ATTIYAH(QAT)E. BOULANGER(FRA) | 3:15:28 (1e) |
| 2 | ![]() | S. QUINTERO(USA)D. ZENZ(GER) | +3:59 (2e) |
| 3 | ![]() | L. MORAES(BRA)A. MONLEON(ESP) | +4:00 (3e) |
| 4 | ![]() | J. FERREIRA(POR)F. PALMEIRO(POR) | +4:29 (4e) |
| 5 | ![]() | E. GOCZAL(POL)O. MENA(ESP) | +5:29 (5e) |
| 6 | ![]() | S. LOEB(FRA)F. LURQUIN(BEL) | +6:38 (6e) |
| 7 | ![]() | Y. AL RAJHI(KSA)T. GOTTSCHALK(GER) | +7:02 (7e) |
| 8 | ![]() | M. GUTHRIE(USA)K. WALCH(USA) | +7:40 (8e) |
Une nuit sous les étoiles… et sous tension

Ce soir, les concurrents échangent donc leur habituel confort pour une nuit au Marathon Camp, loin des assistances et livrés à eux-mêmes. Une expérience qui risque d’être plus marquante pour certains que la spéciale elle-même. Pour les pilotes autos, pas de limite de temps pour l’entretien, mais une entraide obligatoire entre adversaires. Un comble dans un sport où l’individualisme est roi.
Chez les motards, la situation est encore plus corsée : seulement 30 minutes pour réparer, avec un accès limité aux pièces et à l’aide extérieure. Une sorte de « Hunger Games » mécanique où seuls les plus débrouillards s’en sortiront sans encombre. Pendant ce temps, Marek Goczal, victime d’une compression un peu trop brutale, doit déclarer forfait. Heureusement, son fils Eryk est là pour porter haut les couleurs familiales.
Conclusion : Le vent tourne, mais Al Attiyah reste le patron
Avec cette victoire, Al Attiyah s’installe aux commandes et rappelle à tout le monde pourquoi il est l’un des meilleurs en rallye-raid. Loeb, malgré son talent et son palmarès, doit une nouvelle fois composer avec un destin capricieux et un vent peu coopératif. La bataille est loin d’être terminée, mais une chose est sûre : le désert n’a pas fini de jouer avec les nerfs des pilotes. Et ce soir, sous les étoiles, certains devront méditer sur leur stratégie… en espérant que le vent leur souffle enfin dans le bon sens.
| Pos | Voiture | Equipage | Chrono Général |
| 1 | ![]() | N. AL-ATTIYAH(QAT)E. BOULANGER(FRA) | 9:27:30 (1e) |
| 2 | ![]() | L. MORAES(BRA)A. MONLEON(ESP) | +0:49 (2e) |
| 3 | ![]() | S. LOEB(FRA)F. LURQUIN(BEL) | +2:46 (3e) |
| 4 | ![]() | S. QUINTERO(USA)D. ZENZ(GER) | +6:07 (4e) |
| 5 | ![]() | J. FERREIRA(POR)F. PALMEIRO(POR) | +7:16 (5e) |



