samedi, octobre 17, 2026
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Affaire Fourmaux, la FIA persiste et signe…

Ce sont les tonitruants collègues de Dirtfish qui se coltinent les appels aux résultats parfois (souvent) loufoques avec les instances dirigeant le sport automobile. Comme je n’avais plus l’intention de demander la moindre accréditation et conserver mon droit de langage, voici donc un point de vue loin des standards feutrés de la FIA.

Décidément, la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) ne manque jamais une occasion de nous rappeler qu’elle vit dans une bulle dorée, loin, très loin des réalités crasseuses du terrain. Alors que les pilotes engagés en Championnat du Monde des Rallyes (WRC), via leur association WoRDA, ont eu le culot de demander une réunion avec le grand manitou Mohammed Ben Sulayem (lui-même ancien pilote de rallye notamment en MERC de 1983 à 2002 essentiellement avec 14 titres de champion), la réponse de la FIA est tombée comme un couperet : rien ne bouge, circulez, y’a rien à voir. On garde notre joli code de « mauvaise conduite » bien au chaud, merci. Pourquoi changer une formule qui fonctionne si bien… pour les comptables et les bureaucrates en costume ?

L’affaire qui a mis le feu aux poudres ? Une amende infligée à Adrien Fourmaux lors du Rallye de Suède 2025 pour avoir lâché un juron dans une interview post-spéciale. Français, on peut aisément supposer que son apprentissage de la langue de Shakespeare n’est pas passé par Oxford, Cambridge ou encore l’Imperial College de Londres. Oui, un gros mot, “we fucked up yesterday” soit littéralement: “on a merdé hier” dans la langue de Molière. Quel crime ! un de ces vilains petits écarts qui, semble-t-il, menace l’intégrité même du sport automobile. Imaginez la scène : un pilote, encore trempé de sueur, le cœur battant après avoir frôlé des arbres à 150 km/h, ose exprimer son humanité dans un moment d’émotion brute. Horreur ! Sacrilège ! Vite, une amende, que dis-je, une punition exemplaire pour rappeler à ces sauvages qu’ils ne sont pas là pour être eux-mêmes, mais pour incarner des statues de cire au service de l’image immaculée de la FIA.

Et que nous dit l’organe suprême pour justifier cette croisade contre les vilains mots ? « Les pilotes sont des modèles pour les jeunes fans et des ambassadeurs du sport automobile. » Oh, comme c’est touchant ! On croirait presque entendre un sermon dominical. Mais soyons sérieux deux minutes : qui, parmi les gamins fascinés par les dérapages et les moteurs hurlants, va s’offusquer d’un juron lâché dans le feu de l’action ? Les enfants d’aujourd’hui ne grandissent pas dans des bulles stériles – ils entendent pire dans la cour d’école ou sur TikTok avant même d’avoir appris à lacer leurs chaussures. La FIA, elle, semble coincée dans une vision fantasmée des années 50, où les pilotes devaient saluer la foule avec un sourire Colgate et un langage de diplomate.

Le plus hilarant dans cette histoire, c’est la comparaison avec « les autres sports internationaux ». La FIA se drape dans une posture de grande sœur morale, alignant ses règles sur celles des « ligues et championnats prestigieux ». Sauf que, dans le foot ou le basket, les sanctions pour langage fleuri sont rares, et quand elles tombent, elles font souvent rire tellement elles semblent dérisoires face à l’intensité de la compétition. Mais dans le monde du rallye, où chaque seconde est une lutte contre la montre et la nature, la FIA préfère jouer les gendarmes du dictionnaire. Bravo, messieurs, vous avez vraiment capté l’essence du sport.

Et puis, il y a cette petite phrase délicieuse sur les amendes : « La FIA est une organisation à but non lucratif, tout est réinvesti dans de nobles causes. » On nous sort les violons avec des chiffres impressionnants : 10,3 millions d’euros pour les activités de base, 3,8 millions pour la sécurité, 1,3 million pour former des bénévoles. Magnifique ! On applaudit des deux mains cette philanthropie motorisée. Mais soyons honnêtes : personne ne croit une seconde que l’amende de Fourmaux va financer un crash-test ou un stage de commissaires de course. Ces sommes, c’est du vent bureaucratique, une excuse pour faire avaler la pilule d’une politique qui pue la déconnexion à plein nez. Si la FIA voulait vraiment améliorer le sport, elle mettrait son énergie à rendre les rallyes plus accessibles ou à écouter ceux qui risquent leur peau sur les spéciales, pas à jouer les nounous moralisatrices.

Les pilotes, eux, ne demandent qu’une chose : qu’on les traite comme des adultes capables de gérer leur stress et leurs émotions sans avoir un règlement infantilisant sur le dos. Leur appel à une discussion avec Ben Sulayem – qui, soyons clairs, n’a pas brillé par sa proximité avec le terrain depuis son arrivée – est un cri du cœur. Mais la FIA préfère rester sourde, bien calée dans son fauteuil en cuir, à pondre des communiqués lisses comme une piste d’asphalte fraîchement refaite. « On évalue au cas par cas », nous dit-on. Ah oui ? Et où était cette nuance quand Fourmaux a été sanctionné pour une broutille que n’importe quel spectateur lambda aurait oubliée dans la minute ?

Ce qui frappe, au final, c’est l’arrogance d’une institution qui prétend défendre « le respect et les valeurs du sport » tout en méprisant les réalités de ceux qui le font vivre. Le WRC, ce n’est pas un défilé de mode ou une conférence TED sur la bienséance – c’est du brut, du sale, du vrai. La FIA, avec son obsession du politiquement correct, risque de transformer cette discipline en un spectacle aseptisé où les pilotes réciteront des discours pré-écrits par peur d’une amende. Et pendant ce temps, les fans, eux, continueront d’aimer le rallye pour ce qu’il est : un chaos maîtrisé, pas une leçon de morale.

Alors, messieurs de la FIA, descendez de votre tour d’ivoire, rangez vos codes de conduite poussiéreux et écoutez un peu ceux qui font vibrer ce sport. Ou continuez comme ça, et ne vous étonnez pas si, un jour, les spéciales se vident au profit d’un public qui en aura marre de vos simagrées.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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