Si vous pensiez que le Rallye du Kenya était une gentille promenade dominicale sur des routes de gravier bien lisses, détrompez-vous. La première étape de cette édition 2025 du WRC, qui s’est déroulée ce vendredi 21 mars, a encore une fois prouvé que ce n’est pas une course, mais une épreuve de survie où les pilotes et leurs bolides jouent à “Highlander” : à la fin, il ne peut en rester qu’un. Avec ses 31,400 km de torture pure dans Camp Moran (ES3 et ES7), ses pistes cassantes, sa boue traîtresse et son fesh-fesh sournois – ce sable si fin qu’il avale les voitures comme un dessert –, le Safari Rally Kenya est au rallye classique ce que le marathon de l’Everest serait à une course de quartier. Oubliez la vitesse, ici, c’est l’élimination qui prime.

Ott Tänak, en bon gladiateur estonien, a démarré la journée comme s’il voulait prouver que sa Hyundai i20 N Rally1 était invincible. Un triplé de temps scratch dès le matin, une avance de 24,4 secondes, et voilà que ses adversaires mangeaient la poussière – littéralement. “Tout s’est bien passé, juste un bout de pare-chocs perdu dans une compression“, a-t-il lâché, nonchalant, comme si perdre des morceaux de voiture était une formalité au Kenya. Mais ne vous y trompez pas : l’après-midi a eu raison de son arrogance. Un cardan récalcitrant l’a transformé en pilote de propulsion improvisée, et adieu la victoire apparemment promise. De leader intouchable, il chute à la troisième place, 55,4 secondes derrière. Ironique, non ? On dirait presque un scénario écrit pour rappeler que dans ce rallye, la mécanique a toujours le dernier mot.

Pendant ce temps, Elfyn Evans, le Gallois prudent de chez Toyota, a adopté la stratégie du “je reste en vie, et on verra bien“. Pas un seul meilleur temps, mais une régularité qui finit par payer quand les autres s’effondrent. Il termine la journée en tête, avec une avance riquiqui de 7,7 secondes sur son coéquipier Kalle Rovanperä. “On a joué la prudence“, a-t-il admis, presque gêné de ne pas avoir pris plus de risques. Mais au Kenya, la prudence, c’est la nouvelle bravoure. Rovanperä, lui, double vainqueur ici, a bien tenté de briller, mais un tête-à-queue dans Kedong lui a rappelé que même les champions ne sont pas à l’abri d’une glissade humiliante.

Et puis il y a Thierry Neuville, le champion en titre, dont la journée ressemble à une blague cosmique. Une pénalité d’une minute dès le départ pour un changement de boîte de vitesses en retard, un départ anticipé (+10 secondes), un pneu déjanté, et pour couronner le tout, 50 secondes de plus pour être arrivé en retard à l’ES8 après une nouvelle panne. Résultat : quatrième à plus d’une minute quarante au midi, puis un peu moins à la fin de la journée. On pourrait presque entendre les ingénieurs Hyundai murmurer : “C’est pas la voiture, c’est le rallye, promis !” À ce rythme, Neuville risque de finir la saison en demandant une thérapie de groupe pour son i20 N.
Les autres ? Un carnage délicieux. Takamoto Katsuta et Sami Pajari, chez Toyota, ont collectionné les crevaisons comme des souvenirs de vacances, terminant respectivement septième et onzième. Grégoire Munster, chez M-Sport Ford, a vu sa Puma Rally1 perdre une suspension, des pneus, et probablement sa dignité, le reléguant hors du top 10. Adrien Fourmaux ? Retraité dès jeudi pour un problème électrique, il revient sous les règles de restart, mais un bras de direction cassé sur SS7 après un pneu en lambeaux le renvoie au garage. Quant à Josh McErlean, il s’accroche à une cinquième place inespérée, malgré une voiture qui ressemble plus à un puzzle qu’à un bolide après une journée à slalomer entre les pièges.

Le WRC2 n’échappe pas au chaos. Oliver Solberg, leader initial, s’est enlisé dans le fesh-fesh sur l’ES7, offrant la tête de catégorie à Kajetan Kajetanowicz, qui découvre la Toyota GR Yaris Rally2 et doit se demander pourquoi il a signé pour ça. “C’est incroyablement difficile“, a résumé Tänak, et on le croit sur parole. Boue inattendue, pierres vicieuses, sections rapides où la moindre erreur coûte cher : le Rallye du Kenya ne pardonne rien. Plus de la moitié des Rally1 ont eu des soucis, et on parie que les mécanos passent la nuit à prier pour que leurs voitures tiennent jusqu’à samedi. Notez que Fourmaux a décidé de ne pas disputer cette deuxième étape du Samedi, préférant préserver sa voiture pour l’étape dominicale attributive de points auxquels il ne peut permettre au terme du Samedi.
| 1. | Evans E – Martin S Toyota GR Yaris Rally1 | 2h00’45,4 |
| 2. | Rovanperä K – Halttunen J. Toyota GR Yaris Rally1 | +7.7 |
| 3. | Tänak O – Järveoja M Hyundai i20 N Rally1 | +55.4 |
| 4. | Neuville T – Wydaeghe M. Hyundai i20 N Rally1 | +1:31.4 |
| 5. | Katsuta T – Johnston A. Toyota GR Yaris Rally1 | +3:26.4 |
| 6. | Pajari S – Salminen M Toyota GR Yaris Rally1 | +4:19.1 |
| 7. +1 | McErlean J – Treacy E Ford Puma Rally1 | +5:35.4 |
| 8. −1 | Kajetanowicz – Szczepaniak Toyota GR Yaris Rally2 | +5:53.8 |
| 9. | Greensmith – Andersson J. Škoda Fabia RS Rally2 | +6:04.0 |
| 10. | Solans J – Sanjuan R Toyota GR Yaris Rally2 | +6:34.1 |
Alors que le RallyRaid moderne devient un sprint frénétique, le Kenya reste fidèle à sa légende : une boucherie mécanique où la stratégie se résume à “survivre à la prochaine spéciale”. Evans mène, Rovanperä suit, Tänak pleure son cardan, et Neuville compte ses pénalités. La suite ? Six spéciales samedi sur 146,50 km de gravier impitoyable. Autant dire que le podium risque encore de ressembler à une loterie. Bienvenue au Safari Rally, où même les héros finissent dans la boue.
| Intitulé | Longueur | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Samedi 22 Mars | |||||
| ES11 Sleeping Warrior1 | 26,970km | 08h35 | 09h35 | 06h35 | 12h35 |
| ES12 Elmenteita1 | 17,310km | 09h35 | 10h35 | 07h35 | 13h35 |
| ES13 Soysambu1 | 28,970km | 10h33 | 11h33 | 08h33 | 14h33 |
| ES14 Sleeping Warrior2 | 26,970km | 15h05 | 16h05 | 13h05 | 19h05 |
| ES15 Elmenteita2 | 17,310km | 16h05 | 17h05 | 14h05 | 20h05 |
| ES16 Soysambu2 | 28,970km | 17h03 | 18h03 | 15h03 | 21h03 |
| Dimanche 23 Mars | |||||
| ES17 Mzabibu2 | 8,270km | 06h42 | 07h42 | 04h42 | 10h42 |
| ES18 Oserengoni1 | 18,330km | 07h53 | 08h53 | 05h53 | 11h53 |
| ES19 Hell’s Gate1 | 10,530km | 09h05 | 10h05 | 07h05 | 13h05 |
| ES20 Oserengoni2 | 18,330km | 11h56 | 12h56 | 09h56 | 15h56 |
| ES21 Hell’s Gate2 (PS) | 10,530km | 14h15 | 15h15 | 12h15 | 18h15 |