Le 56e Tour Auto s’est donc conclu sur un scénario prévisible (et prévu) pour la victoire : Réhane Gany, pilote professionnel ayant parfaitement préparé ce retour aux sources et surentraîné grâce à ses aventures continentales, s’impose avec l’aisance d’un cador venu faire ses courses dans un supermarché du rallye local. Pas de surprise, pas de suspense, juste la démonstration implacable d’un mec qui tourne en Championnat de France depuis bientôt deux ans dans la classe ultime (première manche CFR Mont Blanc 2023) et aligne déjà 16 départs en Rally2. Une formalité ? Presque. Car même si Réhane ne s’est pas endormi au volant, le plateau réunionnais n’a pas complètement baissé les bras.

Navigué par Léa Sam Caw Freve — dont l’expérience en WRC3 lui a permis de passer un step — Gany a déroulé son récital sur les 156 km chronométrés répartis en 13 spéciales. Le tandem a raflé tous les scratchs sauf un (l’ES5 Arums1) où un certain Meddy Gerville est venu rappeler à tout le monde qu’il n’était pas juste là pour ramasser les miettes.

Et justement, parlons de Meddy Gerville. En tête du championnat local, copiloté par Souka Zaneguy, Meddy a été le seul à venir titiller le favori, signant un scratch salvateur qui lui permet de sauver l’ego et surtout grappiller les points nécessaires à la course au titre. Une crevaison vicieuse dans Cambourg2 l’a momentanément renvoyé hors du podium (P4 scratch), mais il a su remonter avec l’intelligence d’un vieux briscard, en s’inspirant avec une régularité presque scolaire de la stratégie pneus du maître Gany (à une boucle près). Autrement dit, Meddy a décidé que quitte à ne pas être le roi, autant être son dauphin… ou au moins son reflet stratégique.
Le plus ironique, c’est que Meddy et Réhane roulent sous la même bannière de Sarrazin Motorsport, même si les montures diffèrent. Comme quoi, même dans un championnat insulaire, la hiérarchie passe aussi par la déco de la casquette. N’empêche : avec cette P2 scratch et donc leader des locaux, Gerville sort grand vainqueur du match dans le match — celui du championnat réunionnais.
Dorseuil : une corde grasse et un avenir glissant

Sur la troisième marche, c’est le toujours accrocheur Damien Dorseuil qui sauve l’honneur à bord de sa Citroën C3 Rally2, copilote Anne-Laure Dijoux à ses côtés. Il aurait pu faire mieux. Il aurait dû faire mieux. Mais voilà : une erreur dans l’ES2 Tête Dure (tout est dans le nom), où une trajectoire trop ambitieuse l’expédie dans un muret après avoir embrassé une corde aussi grasse qu’un barquette de frites au camion bar du coin. Résultat : temps perdu, rythme cassé mais surtout confiance en vrac. Et ce genre de faux pas, dans un championnat où la moindre seconde compte, se paie au prix fort.
Avec déjà une contre-performance en ouverture de saison, Damien et Anne-Laure jouent désormais leur saison sur le mode kamikaze : victoires obligatoires sur chaque rallye restant (Ronde de l’Est, Rallye de Saint Joseph et 1000KM), sans garantie que cela suffise. On appelle ça le mode all-in… sauf que les cartes sont de moins en moins bonnes.
Maxime Dupuy : la Porsche, la classe, mais pas la boîte…

Et puis il y a Maxime Dupuy, dans sa Porsche 991 GT+ qui continue d’être la voiture la plus badass du plateau. Visuellement, elle en impose. Niveau bruit, c’est du Wagner. Niveau performance ? Un peu plus nuancé du fait de nos spécificités locales. Le mauvais choix de pneus dans la spéciale de Radiers lui a coûté plus de 20 secondes d’un coup, tout ce qu’il avait creusé depuis le départ. Ajoutez à cela une spéciale de Terrass taillée pour les 4RM agiles et non pour les monstres teutons propulsés, et vous obtenez une sortie de podium tout sauf glorieuse.
Et pourtant, Max n’a pas démérité. Il a progressé depuis l’an dernier avec des chronos améliorés d’une seconde au kilomètre sur certains secteurs. C’est beau, c’est noble, c’est courageux… mais ça ne paie pas. Il marque des points, certes, passe dauphin de Gerville au championnat avec 38 unités de retard, mais l’impression générale reste la même : une superbe machine qui ne peut s’exprimer totalement sur tous les types de tracés.
Law Long : le crépuscule d’un roi ?

Enfin, difficile de ne pas évoquer Thierry Law Long, le sextuple champion en titre, vainqueur du Tour Auto 2024, qui semble s’enfoncer dans une saison à oublier. Coincé dans des réglages douteux au volant d’une voiture qu’il connaît pourtant depuis 2022 (comme quoi, l’expérience ne garantie pas l’inspiration), Thierry a végété en fond de top 5 tout le week-end.
Pire : il termine à deux minutes du meilleur local — un gouffre quand on s’appelle Law Long. En 2023, il pointait à une trentaine de secondes de Gany. Cette année, c’est Waterloo sans tambour ni fanfare. Régulier ? Oui. Mais jamais dans le coup, jamais un éclat, jamais un vrai moment d’intensité. Et à ce niveau, la régularité sans éclat, c’est un peu comme être spectateur VIP d’un concert de métalleux avec des bouchons dans les oreilles.
| Pos | Equipage | Voiture | Chrono |
| 1. | Gany Réhane/ Sam-Caw-Freve L. | Citroën C3 Rally2 | 1h42’10,0 |
| 2. | Gerville Meddy/ Zaneguy Souka | Volkswagen Polo | +2:17.57 |
| 3. | Dorseuil Damien/ Dijoux A. | Citroën C3 Rally2 | +2:25.74 |
| 4. | Dupuy Maxime/ Omarjee Zakaria | Porsche 991 GT3 | +2:40.17 |
| 5. | Law-Long Thierry/ Balbolia M. | Volkswagen Polo | +4:17.66 |
| 6. | Moullan Farouk/ Clain Yannick | Škoda Fabia R5 | +6:16.31 |
| 7. | Sam-Caw-Freve S./ Robert L. | Ford Fiesta R5 | +6:36.94 |
| 8. | Barret Giani/ Nundlall Kooshal | Škoda Fabia R5 | +7:18.40 |
| 9. | Boyer Joël/ Lo-Shung-Line S. | Škoda Fabia R5 | +7:24.05 |
| 10. | Lafuteur Sébastien/ Etheve E. | Citroën C3 Rally2 | +7:30.29 |
Gany au-dessus, mais le championnat reste vivant
Le 56e Tour Auto a tenu son rang : coefficient maximal, enjeu maximal, et tension maximale (du moins derrière le leader). Réhane Gany aura fait du Gany : propre, rapide, inatteignable. Meddy Gerville confirme sa montée en puissance depuis les 1000Km 2024, pendant que Dorseuil et Dupuy jouent les équilibristes entre ambitions et réalités mécaniques. Thierry Law Long, lui, semble découvrir les affres d’une saison où le passé ne suffit plus à justifier une place au sommet.
Bref, à mi-saison, le championnat de La Réunion est encore ouvert et la deuxième partie de saison n’a pas fini de nous surprendre. Compte tenu du rythme auquel roulent nos locaux, perpétuellement sur le fil, il y a fort à parier qu’on devrait passer en mode highlander. Les trois rallyes restant au programme seront affaire de stratégie sur le long terme pour qui souhaite enlever la couronne en fin de saison. Il faudra avant tout scorer à chaque épreuve.
| Pos | Pilote | Voiture | Classe | Total |
| 1 | Meddy Gerville | VW Polo | Rally2 | 397 |
| 2 | Maxime Dupuy | Porsche 991 | GT+ | 359 |
| 3 | Thier Law Long | VW Polo | Rally2 | 337 |
| 4 | Dam Dorseuil | Citroën C3 | Rally2 | 313 |
| 5 | Joël Boyer | Skoda Fabia | Rally2 | 249 |
| 6 | Olivier Bardeur | Ford Fiesta | Rally2 | 233 |
| 7 | Jonathan Laup | Peugeot 208 | Rally4 | 224 |
| 8 | Giani Barret | Skoda Fabia | Rally2 | 211 |
| 9 | Séb Lafuteur | Citroën C3 | Rally2 | 196 |
| 10 | Johny Picard | Subaru Impreza | R4 | 160 |