Berlin propose un double-header ce week end pour les courses 13 et 14 du calendrier de Formula E. Ville de techno, de currywurst et désormais théâtre d’un E-Prix qui s’est transformé en ballet aquatique, à mi-chemin entre une parade nautique mal chorégraphiée et une leçon de darwinisme automobile. La 13e manche de la saison 11 de Formula E, disputée sur le tarmac détrempé de l’aéroport de Tempelhof, nous a offert ce que l’on attend désormais de cette discipline : une météo hostile, des choix stratégiques aussi inspirés qu’un épisode de télé-réalité, et des pilotes prêts à vendre leur mère pour trois kilowatts de plus.
Qualifications : le naufrage des Duels
Dès le matin, le ton était donné. Le ciel berlinois, visiblement fâché de devoir héberger une course de voitures électriques au lieu d’un rassemblement électro, a décidé de noyer la piste. Résultat ? Adieu les duels palpitants de la qualification, bonjour l’improvisation réglementaire façon patchwork FIA. Les deux groupes ont roulé séparément, sans passer par la case duel, et c’est Mitch Evans qui a émergé de cette baignoire industrielle en patron. Enfin, “patron” est un mot fort : disons qu’il a réussi à ne pas finir dans un rail de sécurité, ce qui relevait déjà de l’exploit.
Avec un tour en 1m11.021s – soit presque une seconde devant tout le monde – Evans a atomisé le peloton avec une Jaguar qui, pour une fois, ne se contentait pas de faire de la figuration pendant que les Porsche et les Nissan se battaient pour les lauriers. Robin Frijns, le magicien des pistes détrempées, s’est offert la deuxième place avec son style habituel : sobre, efficace, et probablement les pneus sculptés à la main dans la nuit. Oliver Rowland, futur roi (déchu ?) du championnat, s’est contenté de la troisième place après avoir pleurniché sur un “power cut”. Oui, Oliver, bien sûr. Et moi j’ai perdu le Tour de France à cause d’un vent contraire.
La course : Mitch Evans, roi des flaques

L’après-midi a vu la pluie s’estomper, mais le chaos, lui, est resté bien installé. Dès le départ, le peloton s’élance comme une volée de moineaux désorientés, et Jake Dennis, lui, décide de faire du surplace. L’Andretti refuse obstinément de bouger, un peu comme la hiérarchie en FE ces derniers mois. Restart sous Safety Car. Sympa.
Evans, fidèle à sa matinée inspirée, prend les commandes et ne les lâchera qu’à l’occasion des traditionnels jeux de chaises musicales dus aux ATTACK MODE. Robin Frijns le devance un court instant, juste assez pour faire croire à un semblant de suspense, mais le Néo-Zélandais remet les pendules à l’heure comme un horloger suisse sous acide.

Pendant ce temps, Wehrlein, lui, attaque comme un forcené. Parti neuvième, il se fraie un chemin à coups de stratégie fine et d’ATTACK MODE bien sentis. L’Allemand, boosté par la perspective de grappiller sur un Rowland visiblement aussi stable qu’un flamant rose sur un tapis roulant, remonte jusqu’en deuxième position.
Et Rowland, justement ? Le leader du championnat a décidé de pimenter sa journée en tentant un dépassement d’école de karting sur Stoffel Vandoorne au virage le plus étroit du circuit. Résultat : un 360 artistique, des morceaux de carbone en offrande aux dieux de la stupidité, et une course terminée sur une dépanneuse. Bravo, champion.
Wehrlein : si proche, et pourtant si loin
Dans les derniers tours, tout s’emballe. Wehrlein, dopé par la perspective de combler un écart de 50 points au classement, fond sur Evans comme un vautour sur une carcasse de McLaren. Il revient à moins d’une demi-seconde, mais dans le dernier virage de l’avant-dernier tour, le voilà qui freine un poil trop tard. Patatras. La porte est fermée, Evans reste en tête, et la victoire lui revient – sa première depuis São Paulo. Il égale ainsi le record de 14 victoires de Sébastien Buemi, autre légende de la catégorie… ou du moins de ses heures de gloire passées.

Wehrlein sauve l’honneur avec le meilleur tour en course et des points précieux, pendant que son coéquipier da Costa transforme un podium en punition avec une attaque de boucher sur Jake Hughes, qui lui vaut une pénalité et une chute au classement. Merci Antonio, Porsche aurait pu boire le champagne à la louche, elle devra se contenter d’un prosecco tiède.
Bilan : de l’électricité dans l’air, et des neurones à la traîne
Cette 13e manche nous a offert le cocktail typique de la Formula E version 2025 : stratégie énergique (littéralement), pluie en mode apocalypse, et pilotes oscillant entre génie météorologique et suicide tactique. Rowland, qui pouvait tuer le suspense du championnat, a transformé sa course en bêtisier, tandis qu’Evans ressuscite, Wehrlein se relance, et Porsche repart de Berlin avec des points mais aussi pas mal de regrets.
La lutte pour le titre est donc relancée, au moins en apparence, à trois courses de la fin. Demain, round 14, même endroit, même galère potentielle. Oliver Rowland devra surtout éviter de confondre le circuit avec un bowling et Vandoorne avec une quille.
En attendant, s’il pleut encore demain, je propose d’équiper les monoplaces de flotteurs et de rebaptiser la discipline en “Formula Aquatique”. Quitte à jouer les funambules, autant le faire à fond.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Vietnam |
| Dimanche 13 Juillet | ||||
| FP3 | 1h10 | 09h00 | 11h00 | 14h00 |
| Qualifs | 1h23 | 11h20 | 13h20 | 16h20 |
| Course 14 | 55′ | 16h05 | 18h05 | 21h05 |