Après le Monte-Carlo glacé, la Suède blanche et la savane bosselée du Kenya, le WRC fait escale là où le bitume fond plus vite qu’un marshmallow oublié sur le tableau de bord : les Canaries. Pour la toute première fois, cet ex-chouchou de l’ERC (Championnat d’Europe des Rallyes) grimpe dans la cour des grands. Exit les titres de noblesse régionaux, place aux joutes mondiales et aux grandes manœuvres de stratégie… sur du vrai goudron.
Bienvenue à la quatrième manche de la saison, le Rallye des Îles Canaries, où même les pneus Hankook vont suer. Quoique, avec un climat océanique au coeur de l’Atlantique, les conditions météo peuvent varier du tout au tout en quelques dizaines de mètres et minutes.
Un air de vacances… pour les spectateurs

On aurait pu croire que les Canaries, c’était pour se reposer entre deux rallyes de brutes. Mais non, pas du tout. C’est 300 kilomètres de spéciales 100% asphalte, découpées au scalpel, avec en prime des températures qui risquent de faire fondre les setups et les nerfs. Un asphalte lisse, abrasif, exigeant. Un vrai juge de paix pour les gommes Hankook, encore en phase de crédibilité internationale après leurs premiers tours de roues en WRC.

Personne ne connaît réellement ces routes en configuration course. À une exception notable : Adrien Fourmaux, jeune marié qui s’était imposé ici en 2020, époque glorieuse (et brumeuse) où il roulait encore en Junior avec une Ford Fiesta Rally2. Il s’agissait de sa première victoire dans une série majeure internationale. Depuis, il a gagné un baquet en Rally1 et une belle maturité, ce qui ne l’empêchera pas de sortir la truelle et le pied droit lourd dès que l’occasion se présentera.
Ogier : retour du “serial asphalter“

La nouvelle a fait vibrer les feuilles d’engagement comme un freinage d’urgence dans une épingle : Sébastien Ogier est de retour. Une apparition post-Monte-Carlo en mode commando, aligné dans l’une des cinq Toyota GR Yaris Rally1 engagées. L’homme aux huit titres, qui aime l’asphalte comme d’autres aiment les graviers dans les chaussettes, arrive en touriste… mais le genre de touriste qui repart avec la médaille d’or.
Avec Ogier dans la bagarre, la concurrence peut déjà poser compter avec un postulant supplémentaire et poser les valises sur un coin de podium, mais pas plus. Car quand l’homme est concentré, la route fond sous ses roues et les autres se contentent de respirer ses vapeurs de carburant.
Evans en gestion, Rovanperä en attente, Neuville en perdition ?

Elfyn Evans, leader au championnat avec 36 points d’avance sur Neuville, aborde cette manche avec un confort molletonné de plus d’une victoire parfaite. Pas de pression inutile, pas de prise de risque. Le Gallois a compris qu’une saison se gagne en accumulant les podiums plus qu’en gagnant à tout prix. Et avec Ogier qui ne marque pas pour Toyota sur cette manche, il devra également songer à scorer pour son employeur. Objectif: rouler propre, net, sans bavure.
Thierry Neuville, lui, court après sa première victoire de l’année comme on court après un bus qu’on a déjà raté. À tel point qu’il a été expédié au Rallye Sierra Morena début Avril en ERC – tout comme Elfyn Evans d’ailleurs – histoire de reprendre un peu de rythme sur asphalte. Si ça ne paye pas aux Canaries, la saison va commencer à sentir la friture.
Et Kalle Rovanperä ? L’énigme continue. Capable du sublime comme de l’oubliable, il reste toujours une menace latente. Il a abandonné au Kenya, mais sur asphalte, le Finlandais volant sait se montrer chirurgical. Quand l’humeur est bonne et les notes claires, il peut scalper n’importe qui. Reste à prendre la Yaris 2025 en version full thermique en mains…
Des outsiders affamés

Côté seconds couteaux qui taillent fort, Adrien Fourmaux et Takamoto Katsuta commencent à sortir de l’ombre. Podiumables — oui, ce mot n’existe pas, mais eux si. Ils ont montré en début de saison qu’ils pouvaient flirter avec les sommets, même si parfois ça se termine dans un buisson.
Et ne négligeons pas Sami Pajari, l’espoir finlandais que Toyota case sur les manches où Ogier pique le volant des grands. Moins médiatisé, mais diablement rapide, le gamin apprend vite. Très vite.
WRC2 : c’est chaud, c’est serré, c’est savoureux

Mais là où les étincelles risquent de voler, c’est en WRC2. Le fiston Solberg (Oliver), blond, rapide et un brin (un gros brin, je vous l’accorde) tête brûlée, mène le championnat. Mais les frères Rossel, Yohan et Léo, sont des enfants du bitume. Et dans ce coin-là, le grip, ils le sentent comme d’autres sentent la pluie arriver.
Les Citroën, ont dominé les dernières éditions de l’épreuve en ERC, avec Bonato en ambassadeur du style propre et rapide. Les hommes en rouge disposent de data précieuses et d’une parfaite connaissance du terrain. Ajoutez Gryazin, le Russe (sous pavillon bulgare) le plus rapide du plateau — tant qu’il ne prend pas un arbre en plein casque — et vous avez une catégorie qui promet plus de suspens que la catégorie reine.
Bonus nostalgie : Auriol style

Un petit clin d’œil pour les puristes : ce n’est pas la première fois qu’une WRC s’impose aux Canaries. En 2014, l’épreuve s’appelait encore “Rallye El Corte Inglés”, et un certain Didier Auriol avait atomisé la concurrence en Citroën Xsara WRC, ce monument du rallye d’avant les hybrides, les batteries et les boîtiers de télémétrie connectés à la NASA.
Verdict ?

Avec un terrain inconnu, un Ogier affamé, un championnat à géométrie variable, et des pneus Hankook à l’examen final, le Rallye des Canaries promet d’être explosif, imprévisible et ensoleillé malgré des averses éparses toujours possibles. Bref, tout ce qu’on aime en rallye.
Et si en plus ça pouvait finir sur une baston dans le dernier chrono… on signe tout de suite.
| Intitulé | Longueur | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Vendredi 25 Avril | |||||
| ES1 Valsequillo1 | 26,320km | 08h03 | 11h03 | 09h03 | 14h03 |
| ES2 Velleseco1 | 15,270km | 09h49 | 12h49 | 10h49 | 15h49 |
| ES3 La Aldea1 | 17,830km | 11h25 | 14h25 | 12h25 | 17h25 |
| ES4 Valsequillo2 | 26,320km | 15h18 | 18h18 | 16h18 | 21h18 |
| ES5 Velleseco2 | 15,270km | 17h05 | 20h05 | 18h05 | 23h05 |
| ES6 La Aldea2 | 17,830km | 18h40 | 21h40 | 19h40 | 00h40(J+1) |
| Samedi 26 Avril | |||||
| ES7 Moya1 | 24,090km | 08h05 | 11h05 | 09h05 | 14h05 |
| ES8 Arucas1 | 13,750km | 09h48 | 12h48 | 10h48 | 15h48 |
| ES9 Tejeda1 | 23,300km | 10h58 | 13h58 | 11h58 | 16h58 |
| ES10 Moya2 | 24,090km | 15h05 | 18h05 | 16h05 | 21h05 |
| ES11 Arucas2 | 13,750km | 16h48 | 19h48 | 17h48 | 22h48 |
| ES12 Tejeda2 | 23,300km | 17h58 | 20h58 | 18h58 | 23h58 |
| ES13 Las Palmas | 1,800km | 20h35 | 23h35 | 21h35 | 02h35(J+1) |
| Dimanche 27 Avril | |||||
| ES14 Agüimes1 | 14,970km | 08h10 | 11h10 | 09h10 | 14h10 |
| ES15 Maspalomas1 | 13,470km | 09h05 | 12h05 | 10h05 | 15h05 |
| ES16 Costa Canaria | 1,500km | 10h35 | 13h35 | 11h35 | 16h35 |
| ES17 Agüimes2 | 14,970km | 11h21 | 14h21 | 12h21 | 17h21 |
| ES18 SS Maspalomas2 | 13,470km | 13h15 | 16h15 | 14h15 | 19h15 |