samedi, octobre 17, 2026
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Autonexx Trophy : le gâteau avant la cerise

À deux rallyes de la fin du Championnat mauricien, Ritesh Ramdarshan et Julien Froget ont fait leurs comptes. Et visiblement, la calculatrice commence à prendre un peu plus de place dans la Škoda Fabia Rally2. Avec 84 points, contre 69 à Xavier Lachkar, 59 à Shayan Ramdenee, 51 à Rayhan Alladeen, 49 à Gregory Toulet et 41 à Thierry Duvivier, l’équipage leader possède une avance confortable. Pas suffisante pour commander les casquettes de champions, (surtout qu’ils sont plutôt rapides à Maurice dans la production textile) mais suffisamment importante pour commencer à regarder autrement les deux derniers rendez-vous.

D’autant que le règlement mauricien récompense généreusement la victoire avec 30 points, mais pas seulement : 24 au deuxième, 21 au troisième, 19 au quatrième… Autrement dit, une place d’honneur coûte beaucoup moins cher qu’un zéro. Et avec encore 60 points à distribuer auxquels viendra s’ajouter en fin de saison une bonification liée au nombre d’arrivées, la régularité n’est plus seulement une qualité de garçon bien élevé. Elle devient une arme. 

Lors de la manche précédente, Julien Froget nous confiait pourtant que l’équipage voulait encore aller chercher une victoire avant la fin de saison, avec notamment une petite pièce posée sur cet Autonexx Trophy. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Et à Maurice en septembre, on va justement reparler d’eau.

Ritesh : gagner, oui. Se mettre au tas pour gagner, non.

La stratégie semble désormais avoir légèrement changé. Ramdarshan peut naturellement gagner ce week-end et ne va certainement pas lever le pied au départ de l’ES1. Mais il n’a plus besoin de traiter chaque dixième comme une question ultra prioritaire.

Gagner si l’occasion se présente, oui. À tout prix, non.

La Fabia Rally2, autrefois pilotée par Shayan Ramdenee, possède désormais quelque chose de précieux dans son coffre : un championnat en bonne voie. Et puisque le barème laisse 24 points au deuxième et encore 21 au troisième, il faudrait être légèrement fâché avec l’arithmétique pour transformer volontairement une belle moisson en zéro.

Cela ne signifie évidemment pas que Ritesh va se transformer en épicier. Un pilote reste un pilote. Placez deux voitures devant lui, agitez un chrono sous son nez et toute théorie raisonnable élaborée autour d’un café peut rapidement connaître quelques problèmes d’application. Comme toujours, à froid dans un parc fermé ou d’assistance, chacun est réfléchi, posé. Mais dès le casque attaché, l’omnivore se découvre soudain quelques solides instincts de carnassier avec un comportement de prédateur ! 

Les incisives poussent rapidement en sports mécaniques ! 

Derrière, en revanche, les calculs deviennent nettement moins confortables. Mathématiquement, Thierry Duvivier peut encore défendre son titre. Sportivement, le champion 2025 ne nourrit plus vraiment d’illusions suite à une boulette en début de saison.

Sixième avec 41 points, soit 43 de retard sur Ramdarshan, il faudrait non seulement réaliser une fin de championnat majuscule mais également regarder cinq équipages devant lui perdre quelques boulons en chemin. Alors autant enlever la calculatrice et se concentrer sur le plaisir de propulser une Alpine. Et voilà peut-être l’une des voitures les plus dangereuses de cet Autonexx Trophy : une Alpine A110S totalement décomplexée. Duvivier vient pour gagner et il le peut !

Cela n’effacera pas les points abandonnés en début de saison, mais une victoire reste excellente pour le pilote, l’équipe, le moral et, détail rarement négligeable lorsqu’il faut faire rouler une voiture de course, les partenaires qui regardent les photos du lundi matin ou sont sur le bord des spéciales comme Eric Leal.

Lachkar, le gentleman qui doit quand même attaquer

Deuxième du championnat, Xavier Lachkar constitue évidemment la menace comptable immédiate. Toujours installé dans sa Toyota Yaris « hybride », arrivée aujourd’hui à peu près au bout du bout de ce qu’il est raisonnablement possible de développer sans gagner au Loto mauricien, Xavier compte 69 points. Particularité savoureuse : Lachkar et Ramdarshan sont coéquipiers de team. Et nous sommes là entre gentlemen.

Enfin… entre gentlemen auxquels on donne un casque, une combinaison, un chronomètre et 55,8 kilomètres de route fermée. Certaines notions de courtoisie peuvent alors devenir momentanément assez élastiques.

Shayan et la C3 : apprendre, comprendre, accélérer

Shayan Ramdenee mérite également qu’on s’y attarde. Troisième avec 59 points, il poursuit son apprentissage de la Citroën C3 Rally2 arrivée d’Irlande. Et lorsque tout s’aligne, les chronos commencent sérieusement à parler. Le travail récent effectué avec Jordan Berfa, venu passer deux jours à Maurice, pourrait surtout lui permettre de franchir une nouvelle marche dans l’exploitation de la voiture lorsque l’adhérence devient précaire.

Tiens donc. Parce que ce week-end, justement, le ciel pourrait décider de participer au rallye.

Plaine Champagne de nuit : bienvenue sur les hauts

Samedi, l’Autonexx commencera à Plaine Champagne-Chamarel avec une spéciale courte de 5 kilomètres. Courte, certes. Mais six fois.

Trois passages Plaine Champagne vers Chamarel, trois dans l’autre sens, pour 30 kilomètres chronométrés intégralement disputés en soirée et dans la nuit. L’ES1 est programmée à 19 heures et l’étape doit se terminer vers 00h45. Un Samedi soir bruyant, agité, coloré, bref comme on les aime.

Et lorsque l’on parle de nuit mauricienne, oubliez quelques instants les cocktails sur la côte. Nous sommes sur les plateaux. Les prévisions disponibles convergent vers un risque d’humidité, voire d’averses en fin d’après-midi et en début de soirée. Rien de certain, évidemment. Une prévision météo n’est pas encore une flaque d’eau. Mais suffisamment plausible pour que les équipages aient intérêt à regarder autre chose que leur pression de turbo avant de partir.

Et une route grasse, de nuit, parcourue alternativement dans les deux sens pourrait justement rendre particulièrement intéressant le travail réalisé autour de la C3 de Ramdenee. Plus souple, plus mobile, plus progressive, bref plus efficiente sur sol mouillé ou gras, faudra regarder ça de près.

Dimanche, on recommence. Mais autrement.

Deuxième service dimanche avec La Pipe-Pavé Citron. Cette fois, 4,3 kilomètres, toujours trois passages dans chaque sens : six ES supplémentaires et 25,8 kilomètres contre le chrono. L’ES7 est prévue à midi. Là encore, l’humidité pourrait s’inviter en milieu de matinée et autour de la mi-journée.

Mais une autre petite réjouissance attend les équipages : une chicane artificielle. Elle sera placée à environ 3,3 km du départ dans le sens La Pipe-Pavé Citron et, logiquement, à environ un kilomètre dans l’autre sens. Et le MRC n’a pas prévu une tape sur les doigts : 15 secondes par contact. 

Quinze secondes sur une spéciale de 4,3 kilomètres.

Autant dire qu’il faudra trouver le point de freinage avec davantage de précision qu’un automobiliste cherchant une place devant le centre commercial Bagatelle qui servira une fois encore de parc fermé.

Avec une route potentiellement humide, des freinages répétés et quelques garçons qui considèrent parfois qu’un panneau « trop tard » constitue encore un excellent repère de freinage, on ne vous cache pas que ça pourrait frotter.

Alors, calculatrice ou couteau entre les dents ?

Ramdarshan peut désormais envisager le championnat. Lachkar, Ramdenee et Alladeen ont beaucoup moins de latitude : pour réellement bouleverser la situation avant la finale, les gros points deviennent urgents. Duvivier, lui, peut quasiment oublier les comptes et courir pour le plaisir simple de mettre tout le monde derrière. Voilà qui devrait produire un curieux mélange. Parce qu’on peut élaborer toutes les stratégies raisonnables du monde avant un rallye. On peut parler championnat, gestion, points, bonus, arrivées et classement général.

Puis arrive le départ de l’ES1.

Un feu s’éteint.

Un chrono démarre.

Et l’épicier redevient pilote.

Le Championnat ? C’est peut-être la cerise.

Mais ce week-end, à Plaine Champagne puis à La Pipe, il reste encore un rallye à gagner. Et ça, c’est le gâteau.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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