vendredi, septembre 11, 2026

Avé Nicolo, ceux qui vont perdre te saluent…

Cremona, charmant petit circuit italien ressemblant à une piste de karting sur laquelle on aurait greffé des Superbikes sous acide. Le genre d’endroit où une erreur de trajectoire se paie au centimètre près, et où les dépassements relèvent davantage du duel à la machette que de la stratégie digne d’échecs russes. Et c’est dans cette arène survoltée que la meute du WorldSBK a balancé ses premières hostilités du week-end, sous un soleil tapant plus fort que des pneus dans les virages lents.

Bulega, le Parrain local

Il fallait bien que ça arrive : Nicolo Bulega, enfant prodige de Ducati et gendre idéal pour tout fan de panettones, s’est imposé comme le patron du paddock. C’est simple : le garçon a tout raflé. Meilleur temps des essais, contrôle total de la course, domination mentale, stratégie impeccable, et même le temps de relâcher la poignée dans le dernier tour comme s’il allait acheter des glaces à la sortie du paddock. Résultat ? Une victoire nette, sèche, chirurgicale. Une course menée d’une main de maître, malgré un départ agité et un Toprak collé à son flanc comme un chewing-gum sous une semelle.

Toprak : des pirouettes, des passes d’armes, et une gifle au chrono

Le Turc n’a pourtant pas démérité. En début de course, Toprak Razgatlioglu, fidèle à lui-même, a tenté une série de coups de théâtre. Dépassement à l’intérieur, freinages au carbone fondu, et même un moment où l’on a cru qu’il allait rouler sur le dos pour dépasser Bulega à l’aveugle. Mais le style acrobatique du champion du monde s’est heurté à un mur rouge nommé Ducati Panigale V4R, parfaitement maniée par un Bulega qui avait visiblement prévu de ne rien partager aujourd’hui. Toprak s’accroche, mais cède au 6e tour, se prend un tir de 4 secondes en pleine ligne droite, et termine deuxième, l’honneur sauf, le chrono assassiné.

Bautista : la solitude du 3e homme

Et puis il y a Bautista. Loin derrière le duo de tête, mais loin devant le reste du monde, l’Espagnol a vécu une course en solitaire façon moine bouddhiste. Rien à signaler, pas d’attaque, pas de duel, pas d’émotion. Juste un long moment de contemplation à 280 km/h. Troisième, certes, mais à onze secondes de la tête. Un podium d’habitude, comme on commande un café au comptoir : efficace, mais sans mousse.

Iannone et les autres : la mêlée pour les miettes

Derrière le trio d’élite, c’est une autre planète. Celle des gladiateurs sans épée, qui se battent avec les restes pour finir à l’image. Andrea Iannone, en mode “s’il vous plaît, ne me touchez pas”, parvient à garder sa 4e place malgré le harcèlement permanent de Remy Gardner et des Honda boys. Ce dernier terme est à prendre au sens large, puisque Lecuona a décidé de sortir du script en se jetant par terre au 15e tour, probablement pour éviter un trop long visionnage de sa propre onboard.

Xavi Vierge, opportuniste comme un chat errant devant une boucherie, s’empare du Top 5 avec un dépassement bien senti sur Gardner en fin de course. Ce dernier, au moins, sauve l’honneur de Yamaha – une performance qui consiste aujourd’hui à terminer dans les six premiers sans que la moto prenne feu.

Petrucci et les regrets

Danilo Petrucci, lui, avait fait rêver les tifosi l’an dernier à Cremona. Cette fois-ci, il s’est contenté d’un morne P7, à peine mieux qu’un café tiède. Il termine derrière Gardner, ce qui suffit à lui flanquer une humeur noire et à faire réfléchir tout le box Barni sur le concept même d’“espoir”. Van der Mark, discret mais efficace, s’infiltre en P8 juste devant Axel Bassani, l’un des rares pilotes à faire exister la Bimota autrement qu’en vitrine d’un musée. Scott Redding complète le top 10, ce qui constitue une victoire en soi après ses promenades dominicales à Assen.

Les Lowes, l’un grimpant, l’autre rampant

Sam Lowes, pourtant en première ligne, a choisi l’option “balade champêtre” dès le 6e tour, partant au large et terminant douzième, probablement à la recherche d’un raccourci vers 2026. Son frère Alex, parti 16e, termine 11e dans une course tout sauf passionnante, mais qui prouve qu’en Superbike, on peut perdre une course sans se faire doubler, juste en se perdant tout seul.

Le reste : abandons, graviers et déconnexions

Locatelli, lui, a joué au bowling dès le 2e virage : strike, chute, retour à la case départ, et course terminée en P18, deux places devant Jonathan Rea. Oui, Rea, six fois champion du monde, désormais condamné à jouer les figurants dans un feuilleton qui n’est plus le sien. Triste ? Peut-être. Prévisible ? Carrément.

Rabat, Ruiu, Mackenzie : tous dehors, pour des raisons mécaniques ou artistiques. Mention spéciale à Rabat dont la Ducati s’est éteinte comme une lampe IKEA en fin de vie dès le premier tour. Poétique…

Conclusion : Cremona, royaume de Bulega

Cremona aura donc consacré Bulega comme le seigneur local. Cinq victoires cette saison, une course magistrale à domicile, et une emprise mentale sur le paddock qui commence à sentir la dictature. Toprak résiste, Bautista suit, et les autres… font ce qu’ils peuvent.

Rendez-vous dimanche pour la Superpole Race et la deuxième manche. En espérant un peu plus de bagarre, un peu moins de solitude… mais sans trop rêver : quand Bulega roule à la maison, les autres, eux, ferment les volets. Seul et unique adversaire de Bulega: la fiabilité de sa machine, sinon…

IntituléDuréeLocalRéunionVietnam
Dimanche 4 Mai
WSBK WU10′09h0011h0014h00
WSBK SPR10 tours11h0013h0016h00
WSBK R223 tours14h0016h0019h00
cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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