Il faisait un frissonnant 23°C sur la station balnéaire de l’enfer nommée Lommel, où les meilleurs pilotes du globe sont venus enterrer leurs illusions dans un bac à sable géant. Une semaine après avoir slalomé entre les cailloux de Loket, direction les Flandres belges pour une bonne vieille séance de muscu à ciel ouvert. Lommel, c’est un peu le Mont Ventoux du motocross : ça ne pardonne rien, et surtout pas la prétention. Si tu veux survivre ici, oublie les chronos suisses et les lignes parfaites — il te faut des bras, du cœur, et un rein de rechange.
Coenen, prophète en son pays

Lucas Coenen, le local de l’étape, a enfin décroché la timbale à domicile. Il aura suffi d’un public belge galvanisé, d’un bac à sable plus profond que l’Ego de Max Verstappen, et d’un Romain Febvre pas franchement décidé à lui laisser les clés du camion. Le pilote KTM a dû s’employer, surtout après une première manche où Febvre lui a collé une leçon de métier, de placement et de vice. Le Français l’a doublé comme on referme une porte dans le nez d’un vendeur de calendriers.
Mais Coenen n’a pas lâché. Il est revenu dans la deuxième manche avec une rage qui ferait passer un pitbull pour un chihuahua. Passé en tête devant Febvre dans “Lommelwood” — cette section où les illusions viennent mourir — il a déposé le vétéran français sans même un regard dans le rétro. Résultat : une victoire de GP ex æquo aux points (47 chacun), mais une domination mentale indiscutable. Et un retour à 9 petits points de Febvre au championnat.
Febvre : leader, mais pas patron

On connaît Romain Febvre. Toujours lissé comme un parquet neuf, toujours là où on l’attend. Mais à Lommel, on l’a vu naviguer entre expérience et agacement. Il gagne la première manche, certes, en utilisant toute sa science du placement, et une petite bousculade dans le bac à sable n’a jamais tué personne — sauf peut-être la trajectoire de Coenen. Mais en seconde, il n’a rien pu faire. À part observer son jeune rival s’envoler à chaque tour comme si sa KTM avait trouvé une sixième dimension.
Il conserve la plaque rouge de leader avec seulement un point perdu dans l’histoire. Mais à ce rythme, il va falloir arrêter de “gérer”, et commencer à attaquer, car le prodige belge n’a pas prévu de lever le pied. Spoiler : en Suède, c’est du dur, et Febvre n’aura plus l’excuse de la galette de sable mouvant pour cacher les lacunes de son package Kawasaki.
Herlings : roi déchu et roi des chutes

Le nom de Jeffrey Herlings évoquait autrefois la terreur des dunes. Aujourd’hui, il évoque plutôt la tendinite chronique et les regrets. Le Néerlandais a bien tenté une rébellion, claquant un holeshot miraculeux en deuxième manche (le premier depuis 2021 !), puis en signant le tour le plus rapide. Mais comme souvent depuis qu’il est en mode “puzzle”, les morceaux se sont détachés un à un. Trois chutes, un guidon en biais, et un ego cabossé à la sortie.
Résultat ? Un huitième place global et l’impression persistante que l’âge d’or est passé. Quand on tombe trois fois dans le même bac à sable, ce n’est plus de la malchance, c’est du karma.
Vlaanderen, Fredriksen, Pancar : la résistance des invisibles

Au rayon des bonnes surprises, notons Calvin Vlaanderen, solide comme un vieux chêne, qui claque un podium dans le temple du sable malgré une chute et une KTM de location (pardon, une Yamaha officielle). Hakon Fredriksen, quant à lui, nous a fait une “sortie de nulle part” digne des meilleures pubs de déodorant : septième global avec une Yamaha privée, devant des mecs deux fois mieux payés pour rouler deux fois moins bien.
Et que dire de Jan Pancar, le Slovène discret, qui sort de l’anonymat pour claquer une sixième place dans la manche deux ? L’homme roule en KTM TEM JP253, ce qui sonne plus comme un grille-pain qu’une moto d’usine, mais il a mis à l’amende des usines entières. La noblesse du privé face aux marchands du temple.
| Pos | Pilote | Moto | Total |
| 1 | Coenen Lucas | KTM | 47 |
| 2 | Febvre, Romain | KAW | 47 |
| 3 | Vlaanderen, Calvin | YAM | 36 |
| 4 | Coldenhoff, Glenn | FAN | 34 |
| 5 | Bonacorsi, Andrea | FAN | 32 |
| 6 | Gifting, Isak | YAM | 30 |
| 7 | Fredriksen, Hakon | YAM | 29 |
| 8 | Herlings, Jeffrey | KTM | 26 |
| 9 | Van doninck, Brent | HON | 24 |
| 10 | Watson, Ben | BET | 21 |
MX2 : De Wolf, loup alpha

Dans la classe des affamés, Kay de Wolf a pris un malin plaisir à raser la concurrence. 1-1-1, soit l’équivalent d’un triple axel dans une patinoire sablonneuse. Le Hollandais volant a dominé avec une régularité d’horloger, laissant Camden McLellan et Sacha Coenen se battre pour les miettes.

McLellan, justement, a enfin confirmé qu’il savait faire autre chose que des départs ratés et des excuses polies. Un solide 2-3, du panache, et des dépassements sur des KTM officielles comme s’il était en train de doubler des trottinettes électriques. Sacha Coenen, lui, sauve un podium à domicile, mais avec deux gamelles et une pénalité. S’il veut rejoindre son frère sur la liste des gagnants, il va falloir troquer le spectacle contre la constance.

De Wolf monte à 666 points au championnat. Oui, comme le chiffre du diable. Ça tombe bien : c’est exactement ce qu’il semble être pour le reste du plateau.
| Pos | Pilote | Moto | Total |
| 1 | de Wolf, Kay | HUS | 50 |
| 2 | Mc Lellan, Camden | TRI | 42 |
| 3 | Coenen, Sacha | KTM | 40 |
| 4 | Adamo, Andrea | KTM | 33 |
| 5 | Längenfelder, Simon | KTM | 32 |
| 6 | Valin, Mathis | KAW | 32 |
| 7 | Walvoort, Jens | KTM | 25 |
| 8 | Skovbjerg, Nicolai | YAM | 21 |
| 9 | Farres, Guillem | TRI | 18 |
| 10 | Lata, Valerio | HON | 18 |
Prochain arrêt : Uddevalla ou la fin de la récré
Après le sauna boisé de Loket et la plage militaire de Lommel, le paddock met le cap sur les cailloux scandinaves d’Uddevalla. Changement de décor, mais pas de dramaturgie. La lutte Coenen-Febvre s’annonce comme le feuilleton de l’été. Et vu la température en Belgique (on vous rappelle qu’il faisait 23°C, soit plus frais qu’un frigo à bière de spectateurs), autant espérer que la prochaine étape réchauffe un peu l’atmosphère.
| Pos | Pilote | Moto | Total |
| 1 | Febvre, Romain | KAW | 734 |
| 2 | Coenen, Lucas | KTM | 725 |
| 3 | Coldenhoff, G. | FAN | 534 |
| 4 | Fernandez, R. | HON | 467 |
| 5 | Vlaanderen, C. | YAM | 436 |
| 6 | Bonacorsi, A. | FAN | 405 |
| 7 | Renaux, Maxime | YAM | 387 |
| 8 | Herlings, J. | KTM | 353 |
| 9 | Seewer, Jeremy | DUC | 331 |
| 10 | Gajser, Tim | HON | 305 |
Mais qu’on se le dise : cette saison 2025 a trouvé son rythme, et il ressemble à un cœur qui bat sous adrénaline. À Lommel, on n’a pas vu que du sable. On a vu des batailles. Des promesses. Et quelques certitudes qui se sont effondrées comme un terrain de beach-volley mal tassé.