Le motocross est un sport extrême, on le savait. Mais encore faut-il être assez masochiste pour considérer le Grand Prix du Portugal 2025 comme un week-end normal. Car ce samedi à Águeda, on a eu droit à tous les ingrédients d’un bon vieux rodéo sous acide : un ciel schizophrène, de la terre orange devenue béton, puis soupe, puis marécage, et surtout une hécatombe de pilotes dont les trajectoires ressemblaient davantage à celles de bûcherons bourrés qu’à des athlètes de haut niveau. En résumé : la boue, les bosses, les bosses dans la boue, et la douleur pour les autres.
MXGP : Coenen marche sur l’eau, Herlings y laisse des côtes
Lucas Coenen n’est peut-être pas encore prophète en son pays, mais au Portugal, il marche sur l’eau — littéralement. Parti moyennement mais remonté comme une pendule suisse (les seules à être encore droites après la qualif), le jeune Belge a su tirer parti du patinage artistique organisé sur le circuit d’Águeda pour s’offrir une victoire aussi claire qu’un pare-brise sans boue (autrement dit : rarissime ce week-end).
Derrière lui, Calvin Vlaanderen sort de sa retraite spirituelle annuelle pour signer un deuxième place digne d’un mirage. Le Sud-Africain volant de chez Yamaha a profité du chaos généralisé pour enfiler les positions comme d’autres les bottes de pluie, et termine à 13 secondes du leader sans jamais vraiment donner l’impression de forcer. Mention bien.

Quant à Romain Febvre, il a passé plus de temps par terre qu’un tapis d’entrée de supermarché. Pourtant, le Français s’arrache un podium en allant cueillir sa Kawasaki dans les ronces à deux reprises, tout en esquivant les projectiles, les autres pilotes et, dans le cas le plus spectaculaire, un Jeffrey Herlings en mode missile sol-sol. Ce dernier, victime d’un effet catapulte après avoir accroché un talon sur un appel de saut, est allé s’écraser au sol dans un bruit d’armoire normande, avant d’être percuté par un Febvre lancé à pleine vitesse. Résultat : au moins une côte fêlée pour l’ex-champion néerlandais et un immense “mais POURQUOI je fais ce métier ?” sur le visage de Romain.
Le vrai miracle, c’est que dans ce carnage, Kevin Brumann termine 4e. Oui, Kevin Brumann. Le Suisse privé, plus habitué aux fonds de classement qu’aux flashes des photographes, a profité de la zizanie pour s’incruster dans le top 5 avec le flegme d’un contrôleur SNCF un jour de grève. Derrière, Roan van de Moosdijk (5e) et Ruben Fernandez (6e malgré deux plongeons artistiques) complètent un classement où les absents ont toujours tort… mais probablement moins mal au dos.
Mention spéciale également à Maxime Renaux, toujours pas sûr de vouloir rouler deux jours avant la course, et qui se contentera d’un top 10 (10e) en évitant soigneusement tout excès de zèle. On le comprend.
| Pos | Pilote | Moto | Chronos |
| 1 | Coenen, Lucas | KTM | 25’01.622 |
| 2 | Vlaanderen, Calvin | Yamaha | 0:13.164 |
| 3 | Febvre, Romain | Kawasaki | 0:23.927 |
| 4 | Brumann, Kevin | Husqvarna | 0:27.320 |
| 5 | Van De Moosdijk, R | KTM | 0:29.866 |
| 6 | Fernandez, Ruben | Honda | 0:35.687 |
| 7 | Herlings, Jeffrey | KTM | 0:37.940 |
| 8 | Coldenhoff, Glenn | Fantic | 0:38.968 |
| 9 | Seewer, Jeremy | Ducati | 0:39.513 |
| 10 | Renaux, Maxime | Yamaha | 0:40.299 |
MX2 : Adamo et Sacha dans le cirque KTM, Prugnières joue les équilibristes

Chez les juniors de la boue, c’est un autre Adamo qui a tiré son épingle du marécage. L’Italien, champion 2023 un peu transparent ces derniers mois, a soudainement décidé de se rappeler qu’il sait démarrer. Holeshot, contrôle du chaos, victoire sans trembler : une première sous la pluie pour lui, et un gros soulagement pour les stratèges KTM qui n’en demandaient pas tant.
Derrière, Sacha Coenen a reçu l’ordre de ne pas faire n’importe quoi, ce qui pour un pilote de sa trempe est déjà une contrainte existentielle. Pourtant, le petit frère à la gâchette sensible a tenu bon, terminant deuxième sans ruiner ni moto, ni égo. Miracle.
Liam Everts, toujours aussi peu spectaculaire qu’efficace, complète le podium après avoir résisté à Kay de Wolf, un poil moins souverain que d’habitude (4e) après une sortie de piste en solo et une gestion de course façon “je me bats contre mes propres démons”. Ce qui, par temps de pluie, se traduit souvent par un bain de boue express.

Mais l’éclaircie du jour, côté français, vient de l’ultramarin Quentin Prugnières. Le Réunionnais, qui continue de faire son trou dans l’enfer des jeunes loups affamés, signe une très solide 8e place dans des conditions où même le GPS se perd. Une performance qui mérite bien plus que la traditionnelle tape dans le dos — d’autant qu’avec l’état du circuit, toute tape risque de déclencher une sciatique.
| Pos | Pilote | Moto | Chronos |
| 1 | Adamo, Andrea | KTM | 26’19.299 |
| 2 | Coenen, Sacha | KTM | 0:05.655 |
| 3 | Everts, Liam | Husqvarna | 0:07.711 |
| 4 | de Wolf, Kay | Husqvarna | 0:36.093 |
| 5 | Längenfelder, Simon | KTM | 0:58.521 |
| 6 | Mc Lellan, Camden | Triumph | 1:17.065 |
| 7 | Farres, Guillem | Triumph | 1:18.440 |
| 8 | Prugnieres, Quentin | KTM | 1:19.728 |
| 9 | Zanchi, Ferruccio | Honda | 1:21.366 |
| 10 | Valin, Mathis | Kawasaki | 1:25.090 |
Les autres ? Ah, les autres…
Simon Längenfelder s’est fait tasser, doubler, repousser dans les ronces, et termine 5e dans un état proche du désespoir. Mathis Valin, de retour de blessure, faisait illusion jusqu’à sa chute en mode superman dans le dernier tiers. Derrière lui, Guillem Farres et Camden McLellan (les duettistes Triumph) se sont battus à grands coups de trajectoires douteuses pour terminer 6e et 7e. Zanchi (9e) a lui aussi goûté à l’arrière du peloton avant de remonter péniblement dans les points.
Et demain ?
Demain, on remet ça. Dans la gadoue, toujours. Avec des motos en mode sous-marin, des pilotes déjà usés comme des pneus rechapés et des prévisions météo qui oscillent entre “pluie légère” et “déluge biblique”. Mais qu’importe, Águeda est un classique, une lessiveuse, un test grandeur nature de la capacité de l’homme à survivre à la glaise.
Alors, accrochez-vous. Le vrai GP, c’est le dimanche. Et à voir l’état du terrain dès le samedi, il va falloir des bottes, du courage, et un très bon ostéopathe à l’arrivée.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Dimanche 4 Mai | |||||
| MX2 WU | 15′ | 10h25 | 13h25 | 11h25 | 16h25 |
| MXGP WU | 15′ | 10h45 | 13h45 | 11h45 | 16h45 |
| MX2 R1 | 30’+2tours | 13h15 | 16h15 | 14h15 | 19h15 |
| MXGP R1 | 30’+2tours | 14h15 | 17h15 | 15h15 | 20h15 |
| MX2 R2 | 30’+2tours | 16h10 | 19h10 | 17h10 | 22h10 |
| MXGP R2 | 30’+2tours | 17h10 | 20h10 | 18h10 | 23h10 |