Mercedes a dominé la première journée à Baku. Très bien. Mais avant d’en déduire que la concurrence vient de prendre une claque, encore faudrait-il savoir ce que chacun était réellement en train de tester. Car avec les F1 2026, une charge de carburant inconnue, des programmes différents et surtout 350 kW électriques à distribuer sur six kilomètres, le chrono raconte une histoire. Pas nécessairement toute l’histoire.
La première journée pourrait être résumée simplement : Mercedes devant, Red Bull derrière, Ferrari un peu plus loin et McLaren beaucoup plus loin. Ce serait également une excellente manière de ne pas comprendre grand-chose à des essais libres.
Car jeudi, tout le monde ne cherchait pas la même chose. Mercedes a travaillé à la fois avec des charges faibles et élevées, Russell terminant notamment FP2 par un long run. Red Bull devait valider son nouveau package tout en préparant qualification et course. McLaren cherchait encore les réglages permettant d’exploiter une évolution très importante de sa voiture. Audi poussait la logique encore plus loin en comparant ancienne et nouvelle configurations. Autrement dit, certains mesuraient le chrono, d’autres leur voiture. Et personne n’a publié les quantités de carburant embarquées.
Short run, long run : deux classements différents
C’est probablement l’information la plus intéressante de jeudi. Mercedes apparaît clairement comme la référence sur les relais courts. Red Bull le reconnaît d’ailleurs. Mais lorsqu’il évoque les longs relais, George Russell lui-même replace McLaren et Red Bull beaucoup plus près. Voilà déjà le classement brut sérieusement cabossé.

Lando Norris peut terminer loin sur la feuille des temps tout en abandonnant un tour rapide et pendant que McLaren estime son rythme de course beaucoup plus présent. À l’inverse, empiler plusieurs tentatives en pneus tendres sur une piste qui progresse permet de travailler beaucoup plus précisément la qualification. Les écarts affichés ne sont donc pas faux. Ils ne mesurent simplement pas tous la même chose.
À Baku, un km/h n’est plus seulement un km/h
Et puis il y a cette interminable ligne droite du front de mer. Baku constituait déjà un compromis entre faible traînée et nécessité de conserver suffisamment d’appui dans la vieille ville. Avec le règlement 2026, une troisième dimension prend une importance considérable : l’énergie. Une F1 dispose désormais d’une puissance électrique considérable, mais elle doit choisir où la récupérer et surtout où la dépenser. À Baku, le choix paraît évident : personne n’a vraiment envie d’arriver sur les deux kilomètres vers T1 avec les poches vides.
Voilà pourquoi les comparaisons de vitesse de pointe deviennent délicates. Une voiture moins rapide au bout de la ligne droite n’a pas nécessairement davantage de traînée ou un moteur thermique moins performant. Elle peut avoir dépensé davantage d’énergie ailleurs. À l’inverse, sacrifier quelques accélérations intermédiaires peut permettre de conserver davantage de déploiement pour la grande cavalcade finale. Le chrono devient alors le résultat d’un arbitrage : où veut-on être rapide ?
Hamilton et Lawson, travaux pratiques

L’incident entre Hamilton et Lawson en FP2 en a fourni une illustration presque parfaite. Hamilton a été réprimandé pour avoir gêné Lawson, mais les commissaires ont eux-mêmes relevé une circonstance particulièrement intéressante : lorsque la batterie arrive au terme de son déploiement, le différentiel de vitesse entre deux F1 2026 peut devenir considérable et difficile à anticiper. On touche ici directement à ce que Baku impose au nouveau règlement.
La vitesse dans cette immense ligne droite dépend toujours de l’aérodynamique, du thermique et de l’aspiration. Mais désormais, elle dépend aussi fortement de ce qu’il reste dans la batterie lorsqu’on y arrive. Le speed trap n’est plus une radiographie du moteur. C’est une photographie prise au milieu d’une stratégie énergétique.
Baku met 2026 au bout de l’autoroute

C’est finalement ce que nous regarderons aujourd’hui en FP3 puis en qualifications. Pas seulement qui ira le plus vite. Les programmes vont progressivement converger. Les charges de carburant vont diminuer, les pneus tendres devenir la norme et chacun devra davantage montrer son jeu. Nous verrons alors si l’avantage Mercedes sur les short runs demeure, si McLaren transforme son potentiel supposé en chrono, si Red Bull se rapproche et si Ferrari trouve enfin la bonne fenêtre.
Mais Baku pose surtout une question beaucoup plus intéressante. Le règlement 2026 a fait de la gestion électrique une composante majeure de la performance. Il rencontre pour la première fois le circuit qui pousse cette logique jusqu’à la caricature : des murs, quelques virages, puis une autoroute. Hier chacun pouvait encore choisir son programme.
Aujourd’hui, il va falloir choisir où dépenser ses électrons.
| Session | Durée | Local | Réunion | Europe |
| Vendredi 25 Septembre | ||||
| FP3 | 60′ | 12h30 | 12h30 | 10h30 |
| Qualifs | 60′ | 16h00 | 16h00 | 14h00 |
| Samedi 26 Septembre | ||||
| Race | 51 tours | 15h00 | 15h00 | 13h00 |
