Le Supermotard réunionnais cherchait des pilotes, il a trouvé des spectateurs. Beaucoup de spectateurs. Pour son kickoff à Saint-Louis, le championnat a connu une affluence jamais vue autour du circuit et un plateau rarement aussi maigre dessus. Un paradoxe pour une discipline dont la première préoccupation, quelques jours plus tôt, était simplement de parvenir à prendre le départ. Bonne nouvelle : il l’a pris. Et ceux qui étaient là ne sont pas venus pour faire de la figuration.
Il fallait déjà qu’elle existe, cette course. Quelques jours auparavant, Pascal Dorseuil n’avait pas exactement sorti les violons pour vendre son rendez-vous. Le patron du MX421 avait préféré une méthode moins romantique mais généralement assez efficace lorsqu’il faut payer des factures : pas question de mettre son club financièrement en danger pour organiser une course avec trois motos, deux bottes de paille et beaucoup de bonne volonté. Le nombre d’engagés conditionnait donc directement la tenue de Saint-Louis.
Armand, le responsable du site Mega Kart faisait partie de ceux qui voulaient farouchement voir cette épreuve se dérouler et avait même participé financièrement à l’effort permettant au MX421 d’aller jusqu’au premier départ. Dimanche, il était ravi. Et un peu surpris. Parce que s’il cherchait du monde, il lui suffisait désormais de regarder de l’autre côté des barrières.
On cherchait des pilotes, on a trouvé le public

Armand n’avait jamais vu autant de monde massé autour du circuit de Saint-Louis. Pascal Dorseuil non plus ne pouvait que se féliciter de cette affluence record. Voilà donc une première réponse particulièrement encourageante : le Supermotard intéresse.
Petit problème. Les spectateurs n’avaient visiblement pas pensé à apporter leurs motos. Saint-Louis aura ainsi réussi une performance statistique assez improbable : jamais autant de monde autour d’une ouverture du Championnat de La Réunion de Supermotard, jamais aussi peu dessus. Il serait évidemment tentant de ne conserver que la première moitié. Une belle affluence, une nouvelle épreuve, des gens contents, quelques photos bien remplies et hop, succès total, merci, au revoir.
Pascal Dorseuil n’a justement aucune envie de procéder ainsi : « Je ne tiens pas à modifier mon discours ni mon constat. Nous avons un sérieux problème avec aussi peu d’engagés ! Chacun doit en prendre conscience. » Difficile d’être beaucoup plus clair. Le public a répondu présent. Maintenant, il faudrait que quelques-uns enlèvent les lunettes de soleil, remettent leurs casque et masque en repassant derrière les barrières.
Heureusement, ceux qui étaient là avaient des choses à régler
Parce que faible quantité n’a pas signifié faible intensité. Dans toutes les catégories, les batailles ont été réelles. Et en Prestige-S1, Dylan Techer et Alexis Hoareau ont assez rapidement décidé que la diplomatie attendrait la remise des prix. Les chronos avaient déjà dessiné leur petit territoire privé : Techer 1’07”592, Hoareau à 279 millièmes et le troisième à plus de quatre secondes.
Restait à déterminer lequel des deux allait en devenir propriétaire.
Première manche, Dylan prend les commandes. Il mène. Encore. Toujours. Dernier tour. Dernier virage. Et là, Alexis Hoareau décide que puisque la sortie est commune, autant y arriver le premier. Blockpass.
La version motocross du « pousse-toi un tout petit peu, j’arrive », parfaitement virile mais parfaitement conforme. Hoareau passe et gagne. Après onze tours, seulement 1”105 sépare les deux hommes. Bienvenue au Supermotard.
Dylan perd le dernier virage, pas le weekend
Techer pouvait évidemment choisir de longuement méditer sur cette dernière courbe. Il a préféré gagner les deux manches suivantes. En M2, il prend sa revanche pour 991 millièmes. Hoareau signe pourtant encore le meilleur tour, 1’05”051 contre 1’05”590. En M3, Techer remet ça. Victoire avec 3”339 d’avance. Et Hoareau ? Encore le meilleur tour. Trois courses, trois meilleurs tours pour Alexis Hoareau.

Mais deux victoires et 77 points pour Dylan Techer contre 73. Hoareau possède la pointe de vitesse. Techer repart avec le meeting. Le chronomètre est un excellent outil. Le classement aussi.
Et les autres n’étaient pas venus pour regarder
Cette petite bizarrerie entre vitesse pure et résultat ne s’est d’ailleurs pas limitée aux deux furieux du Prestige.
En S3, Lucas Muller gagne deux manches et la journée pendant que Christophe Sautron collectionne les trois meilleurs tours. En S4, Zack Naheli fait plus simple : trois manches, trois victoires, 80 points. Warren Rivière s’impose en S5, Loïc Manou Techer en Master et Djanalle Telef en Promo. Le plateau manquait donc de largeur mais certainement pas de profondeur ni d’envie.
Un zéro qui en vaut beaucoup

Et au milieu des classements, des chronos et des blockpass, Pascal Dorseuil retenait surtout un autre chiffre. Zéro. Zéro grosse chute. Zéro blessé. Pour une première compétition sur un circuit éphémère, avec une partie terre et des pilotes suffisamment occupés à se chamailler pour oublier qu’il s’agissait d’un kickoff, le pilote-organisateur, resté volontairement sans combinaison ce weekend, pouvait difficilement demander beaucoup mieux sur ce point. Saint-Louis peut donc ranger deux grosses réussites dans son camion : une épreuve qui s’est déroulée sans accident sérieux et une affluence populaire record.
Reste ce fichu troisième carton.
Les engagés. Parce que le paradoxe ne disparaîtra pas sous prétexte que les parkings étaient pleins. Le championnat est imaginé précisément pour faciliter l’accès au Supermotard, notamment aux pilotes issus du Monobike et du tout-terrain, sans leur imposer immédiatement une nouvelle machine et un nouveau budget. Le public vient donc de montrer qu’il avait envie de regarder. Les quelques pilotes présents ont montré qu’ils savaient offrir le spectacle.
Il ne reste plus qu’à convaincre davantage de monde de se trouver du bon côté de la barrière.