vendredi, octobre 9, 2026
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BMW change l’histoire…

Il aura donc fallu attendre 2026. Pas pour voir une moto européenne rouler vite. Ça, on savait faire. Pas davantage pour voir BMW gagner une course d’Endurance. Ça aussi, le dossier était déjà renseigné. Mais pour voir un constructeur européen devenir Champion du monde d’Endurance. Et comme BMW n’avait manifestement pas envie de faire les choses à moitié, la marque allemande a choisi de régler la question en remportant le Bol d’Or. Pole position, victoire après 742 tours et titre mondial. Quand on veut éviter les discussions de comptoir, autant remplir toutes les cases. La BMW M 1000 RR #37 de Markus Reiterberger, Steven Odendaal et Michael van der Mark s’impose au Castellet devant la Suzuki du Yoshimura SERT Motul et la Yamaha du YART. Surtout, elle transforme les 19 points de retard avec lesquels BMW était arrivé au Paul-Ricard en quatre points d’avance au championnat.

Un an pour parcourir vingt-huit minutes

Le décor avait quelque chose de légèrement cruel. Un an auparavant, sur ce même Bol d’Or, BMW avait déjà une main sur le trophée mondial. À moins d’une demi-heure de l’arrivée, un problème technique avait transformé le rêve en cauchemar et permis au YART Yamaha de décrocher le titre 2025 pour un point. BMW avait été virtuel Champion durant 23h32 en 2025.

Douze mois à attendre pour pouvoir recommencer.

Entre les deux, BMW n’a justement pas attendu Le Castellet pour démontrer que l’épisode précédent n’avait rien d’un accident de parcours. La saison 2026 avait commencé plus difficilement au Mans, où la #37 avait mené avant de rencontrer des problèmes dans la nuit. Elle avait ensuite gagné les 8 Heures de Spa, avant de monter sur la troisième marche du podium aux 8 Heures de Suzuka. Et cette troisième place japonaise avait déjà une certaine saveur : jamais un constructeur européen n’était monté sur le podium des 8 Heures de Suzuka depuis la création de l’épreuve en 1978. Honda remportait pourtant encore cette édition 2026, sa cinquième consécutive et sa 32e au total. Autrement dit, personne n’avait prévenu les Japonais qu’ils étaient censés s’effondrer. BMW avait simplement commencé à venir jouer sérieusement dans leur jardin.

24 heures pour récupérer 19 points

À l’arrivée au Castellet, le problème était donc assez simple à écrire et beaucoup moins à résoudre : le YART possédait 19 points d’avance. Or un Bol d’Or ne distribue pas seulement des points à l’arrivée. Sur une course de 24 heures, il faut également aller en chercher aux classements intermédiaires. Bref, avant de gagner dimanche à 15 heures, il était assez conseillé d’être déjà bien placé samedi soir et dimanche matin. BMW commence par prendre les cinq points de la pole. Premier coup de rabot.

Puis la #37 fait exactement ce que l’on attend d’une moto qui veut renverser un championnat d’Endurance : elle roule vite, longtemps et sans transformer son stand en atelier de reconstruction. Au fil de la course, le rapport de force évolue. BMW engrange les points intermédiaires pendant que le YART doit composer avec une course moins limpide. Au cap des 16 heures, la #37 a encore pris le maximum et le déficit virtuel s’est suffisamment réduit pour que le championnat puisse désormais changer de mains à l’arrivée. Restait un détail.

Terminer.

En Endurance, c’est généralement là que les détails deviennent intéressants. Cette fois, la mécanique tient. Les pilotes tiennent. Le rythme tient. Et après 742 tours, la BMW franchit la ligne avec un tour d’avance sur le Yoshimura SERT Motul et deux sur le YART Yamaha. La revanche sur 2025 est complète. Et elle dépasse largement la revanche.

Les Japonais n’ont pas reculé

BMW devient ainsi le premier constructeur européen Champion du monde FIM EWC. La tentation serait grande d’en tirer une conclusion facile : les constructeurs japonais perdraient progressivement leur domination sur la compétition moto mondiale. Ce serait surtout une excellente façon de regarder le phénomène à l’envers. Les Japonais ne se sont pas subitement mis à oublier comment construire une moto de course. À Suzuka, Honda vient encore de signer sa 32e victoire. Yamaha arrivait au Bol d’Or en tête du championnat. Suzuki place le Yoshimura SERT Motul deuxième de cette finale. Le podium du Castellet compte d’ailleurs deux motos japonaises sur trois.

Non.

Ce sont les Européens qui ont progressé. Et BMW vient surtout de se hisser au niveau d’exigence que les constructeurs japonais ont imposé à l’Endurance pendant des décennies. Car l’Endurance possède une particularité assez désagréable : être rapide ne suffit pas. Il faut l’être à 15h12, à 2h47, à 8h31 et encore lorsque l’horloge commence enfin à ressembler à quelque chose d’humain. Il faut ravitailler, changer les roues, gérer les pilotes, préserver la mécanique et recommencer. Puis recommencer encore. L’efficacité se mesure aussi lorsque les motos ne roulent pas. Sur l’ensemble de la course, la BMW #37 aura passé 36’26 aux stands, contre 38’03 pour la Suzuki #12 du SERT et 39’56 pour la Yamaha #1 du YART. Soit 1’36 gagnée sur la Suzuki et 3’30 sur la Yamaha rien que dans la voie des stands. Sur vingt-quatre heures, les secondes ont cette fâcheuse habitude de finir par devenir des minutes. Pendant longtemps, les constructeurs japonais ont fixé ce standard. BMW vient de démontrer qu’un constructeur européen pouvait désormais le tenir pendant 24 heures et sur l’ensemble d’un championnat.

L’Europe avait déjà commencé ailleurs

Le symbole devient d’autant plus intéressant qu’il ne reste pas isolé. Le centre de gravité de la vitesse moto mondiale s’est déjà déplacé en MotoGP et en WorldSBK. Pas d’un coup et certainement pas selon une jolie frontière chronologique permettant de tracer une ligne au marqueur. Fabio Quartararo était encore Champion du monde MotoGP avec Yamaha en 2021.

Mais depuis, les constructeurs européens ont accéléré leur développement, avec des moyens techniques et surtout un environnement particulièrement favorable lorsque les règlements et la conception des motos ont donné une place croissante à l’aérodynamique. L’Europe dispose alors d’un voisin particulièrement encombrant mais fort pratique : la Formule 1. Souffleries, CFD, ingénieurs spécialisés, méthodologies de développement et circulation des compétences constituent un écosystème dont une bonne partie est concentrée en Europe, particulièrement autour de la Motor Valley britannique. La compétition moto européenne a appris à aller chercher ces compétences et à les adapter à ses propres besoins. Le MotoGP et le Superbike ont suivi cette route.

L’Endurance en emprunte une autre. Mais en 2026, elle arrive à la même adresse. Pour la première fois, le Championnat du monde d’Endurance est remporté par un constructeur européen.

Et pendant ce temps-là…

Parce qu’un Bol d’Or possède cette délicieuse capacité à faire tenir plusieurs courses dans la même course, deux autres championnats se terminaient également au Castellet. En Superstock, le Wójcik Racing Team #77 et sa Honda décrochent le titre 2026. En Production, la couronne revient à Legacy Competition et sa Yamaha #96. Voilà pour les registres administratifs.

Pour le registre historique, il faudra retenir une BMW #37. Un an après avoir vu le titre lui échapper à moins d’une demi-heure du terme, BMW est revenu au Bol d’Or avec 19 points à reprendre. Vingt-quatre heures plus tard, il en possédait quatre d’avance.

Les constructeurs japonais n’ont pas oublié comment gagner. Quelqu’un a simplement fini par apprendre à gagner aussi bien qu’eux.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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