Dans le décor de carte postale du littoral azuréen, avec ses palmiers, ses routes suspendues au-dessus de la Méditerranée et ses virages à faire vomir un navigateur chevronné, le Championnat de France des Rallyes faisait escale pour sa troisième manche. Une terre de contraste où l’on alterne entre soleil tapageur et ondées perfides, propice à une épreuve de stratégie, de nerfs, et, parfois, de déveine mécanique. C’est là que s’est rejouée, sans surprise mais avec panache, une nouvelle domination de Yoann Bonato copiloté par Benjamin Boulloud…

Tout avait pourtant commencé sous de bons auspices pour le local de l’étape, Éric Camilli. Chez lui, dans les montagnes niçoises qu’il connaît comme sa poche, l’ex-pilote WRC engageait sa Citroën C3 Rally2 comme un torero dans l’arène : deux scratches dans la matinée du premier jour après une ES1 signée Astier/Giraudet (Alpine A110), et 5,5 secondes d’avance à la pause de mi-journée. L’histoire semblait vouloir radoter, comme en 2024, où Camilli s’était imposé avec autorité. Mais entre la gloriole matinale et la gifle humide de l’après-midi, il n’y a qu’une météo capricieuse.

Car dans ce sport, l’engagement ne suffit pas. Encore faut-il chausser malin. Tandis que Camilli optait pour des gommes dures, persuadé que le soleil allait durer, Bonato, lui, misait sur les tendres, voire ultra-tendres, flairant l’averse comme un berger savoyard flaire le loup. Et là, tout bascula. Trois scratches consécutifs pour le quintuple champion de France dans la boucle de l’après-midi, et une avance d’un peu plus d’une minute au soir de la première étape. Rideau.

Le dimanche ressemblait alors plus à une procession qu’à un combat, en tous cas pour la victoire. Bonato s’octroyait un nouveau scratch dans la plus longue spéciale, histoire de rappeler qui tenait la baguette en mettant tout le monde à l’amende de plus d’une minute. Puis il levait le pied, surveillant les autres depuis son trône mobile, tel un roi flegmatique qui laisse ses vassaux s’étriper pour des places secondaires.

Et comme si l’humiliation n’était pas suffisante, le sort achevait Camilli dans l’ES8, avec un différentiel cassé dans le col de Turini. Fin de partie. Le Niçois rentrait chez lui à pied – ou presque – pendant que Bonato, lui, déroulait. Rien ne semblait pouvoir enrayer la machine des 2 Alpes. Ni la pluie, ni la concurrence, ni la mécanique. Pas même l’ennui.
Derrière, en revanche, on se battait avec des dents, des tripes et un peu de talent pour les miettes du podium. Le Réunionnais Réhane Gany, plein d’enthousiasme et de précision, tenait la deuxième place d’une main ferme. Mais Raphaël Astier, dans son Alpine A110 R-GT+, jouait les poils à gratter. Auteur du tout premier scratch du rallye dans l’ES1, il enfonçait le clou dimanche après-midi avec une moisson de trois temps scratch consécutifs. Margaillan, dépassé dans l’ES11, était relégué au rang de spectateur agité, pendant qu’Astier revenait fondre sur Gany.

Mais voilà, parfois il manque une virgule dans la phrase d’un exploit. Il manquait ici 1,5 secondes au pilote Alpine. En ce qui concerne le kop réunionnais, ça a tremblé, ça s’est inquiété et ça a sûrement dû prier (certains restant persuadés qu’il y a là cause à effet !) Gany, solide jusqu’au bout, tenait son premier podium en CFR, pendant qu’Astier rageait contre le chrono, les virages, ou peut-être les lois de la physique, certainement en pestant qu’il n’y ait pas eu 5km de plus dans ce dernier chrono.

Le classement final s’affiche alors avec la régularité d’un bilan comptable suisse : Bonato devant, large et serein, tranquille… Gany deuxième, studieux et prometteur. Astier troisième, rageur mais méritant. Et les autres ? Bien évidemment déçus, aux premiers rangs desquels Camilli bien sûr et sans doute Margaillan qui, malgré un ultime sursaut dans le dernier chrono échoue à moins de 6 secondes du podium…
Leaders successifs
- Astier/Giraudet (Alpine A110 GT+) ES1
- Camilli/de la Haye (Hyundaï i20 Rally2) ES2 à 4
- Bonato/Boulloud (Citroën C3 Rally2) ES5 à ES12 (arrivée)
Meilleurs temps
- Bonato/Boulloud (Citroën C3 Rally2) 4MT (ES4,5,6,8)
- Astier/Giraudet (Alpine A110 GT+) 4MT (ES1,10,11,12)
- Camilli/de la Haye (Hyundaï i20 Rally2) 3MT (ES2,3,7)
- Margaillan/Coppa (Hyundaï i20 Rally2) 1MT (ES9)
| Pos | Equipage | Chronos |
| 1. | Bonato Yoann – Boulloud B. Citroën C3 Rally2 | 2h11’54,9 |
| 2. | Gany Réhane – Le Floch F Citroën C3 Rally2 | +1:02.4 |
| 3. | Astier Raphaël – Giraudet D. Alpine A110 Rallye GT+ | +1:03.9 |
| 4. | Margaillan H -Coppa M Hyundai i20 N Rally2 | +1:09.8 |
| 5. | Darmezin L – Augé Valentin Citroën C3 Rally2 | +3:13.4 |
| 6. | Godard Ludo – Maillefert A. Alpine A110 Rallye GT+ | +3:59.4 |
| 7. | Robert Céd – Duval Matthieu Alpine A110 Rallye GT+ | +4:57.0 |
| 8. | Casier B – Vyncke Pieter Ford Fiesta Rally2 | +8:35.8 |
| 9. | Mosca A – Gorguilo Anthony Citroën C3 Rally2 | +9:09.9 |
| 10. | Rouillard P – Gamboni C. Citroën C3 Rally2 | +9:21.2 |
Avec cette victoire, Bonato prend le large au championnat, comptant désormais 64 points contre 35 pour Margaillan, 33 pour Camilli et 31 pour Gany. Le vainqueur du Rallye des 1000Km à la Réunion l’an passé est bien parti pour viser une sixième couronne, laissant ses concurrents se battre pour les miettes. Le Rallye d’Antibes 2025 restera dans les annales comme une épreuve où la météo, les choix stratégiques et la fiabilité mécanique ont dicté leur loi. Et pendant que Bonato continue d’écrire sa légende, les autres pilotes devront redoubler d’efforts pour espérer le détrôner. Notez également l’absence criante des autres cadors du CFR (Pablo Sarrazin, Léo Rossel, Sarah Rumeau notamment) engagés le même week end dans lacatégorie WRC2 en Championnat du Monde au Portugal. Prochain rendez-vous dans les Vosges du 13 au 15 Juin, une semaine après le Rallye de Sardaigne.
| Pos | Equipage | Voiture | Total |
| 1 | Bonato/Boulloud | Citroën C3 Rally2 | 64 |
| 2 | Margaillan/Coppa | Hyundaï i20 Rally2 | 35 |
| 3 | Camilli/de la Haye | Hyundaï i20 Rally2 | 33 |
| 4 | Gany/ Le Floch | Citroën C3 Rally2 | 31 |
| 5 | Sarrazin/Roche | Citroën C3 Rally2 | 26 |