mercredi, septembre 9, 2026

Bruce Banner dans les paddocks, Hulk en spéciale !

Dans le petit monde du rallye réunionnais, où les egos sont parfois plus bruyants que les moteurs, Mathieu Grèze fait figure d’ovni. Ce gaillard, bâti comme un pilier de rugby, arpente les paddocks avec un sourire inamovible et une démarche de tortue philosophe. Discret, presque invisible, il est de ceux que le grand public ignore superbement. Et pourtant, ce pilote au volant d’une MG ZR – une antiquité roulante qu’on pourrait surnommer la “MILD” (Mother I’d Like to Drive) – mérite qu’on braque les projecteurs sur lui, ne serait-ce que pour le spectacle mais aussi et surtout parce qu’il le vaut bien.

Une voiture tortue, un pilote Hulk

Mathieu, c’est l’archétype du mec qu’on sous-estime (sans jamais lui dire en face vu le colosse !). Sa MG ZR, engagée dans la classe F2000/12, la plus modeste des cylindrées, n’a rien d’un foudre de guerre d’autant que cette voiture fait partie des moins abouties, des moins efficientes. On dirait une grand-mère à roulettes, avec des pneus qui pleurent à chaque virage et un moteur qui tousse plus qu’il ne rugit. Mais ne vous y trompez pas : une fois sanglé dans son baquet, Mathieu se métamorphose. Exit le nounours débonnaire, adieu le Bruce Banner des paddocks, bonjour le Hulk des spéciales. Il conduit comme si sa vie en dépendait, toujours à la limite (parfois au-delà et ça le fait rire !), flirtant avec les lois de la physique et les capacités de sa monture. Les pneus hurlent leur agonie, la carrosserie gémit, et lui, il envoie. Du lourd. Du très lourd.

Ce style, c’est sa marque de fabrique. Pas de budget pharaonique, pas de sponsors tape-à-l’œil (son principal mécène, c’est sa poche droite). Ses pneus ? Des galettes à peine dignes de ce nom, qui coûtent moins cher à l’unité que le café d’un pilote de tête. Mais Mathieu s’en fiche, il fait avec… Il roule pour le kiff, pour l’adrénaline, pour cette sensation unique de tirer le maximum – et souvent plus – d’une voiture qui, soyons honnêtes, n’a rien à faire sur une spéciale en 2025.

Une histoire de passion, pas de moyens

Mathieu a débarqué dans le game en 2024, avec Virginie Nayagom à ses côtés pour lire les notes pour son premier rallye. Après Florian et Eva ensuite, Virginie revient aux affaires en ce début de saison. Mais son histoire avec le rallye ne date pas d’hier. Les anciens racontent qu’il a goûté au baquet de droite dès 2014, aux côtés de Stéphane Olivette dans une Subaru Impreza, au Rallye de Saint-Joseph. Une expérience fondatrice, sans doute, pour ce gamin qui, comme Obélix, est tombé dans la marmite tout petit. Et pas n’importe quelle marmite : celle de “Tonton Macoute”, alias Jean-Jacques Moucouta, le doyen des rallyes réunionnais, toujours aussi allumé malgré les années. La marmite devait donc être de l’octane pur ! Avec un père pareil, difficile de ne pas avoir de l’essence dans les veines. Au bilan, un titre en F212 dès son année de rookie, quoiqu’on en dise, ça claque !

Cette saison, Mathieu rempile dans la classe 12, avec la même MG ZR qui semble défier les lois du temps. Lors de sa première année, il a éclaboussé la catégorie. Pas par le bruit – sa voiture est loin d’être la plus bruyante – ni par les résultats bruts, mais par son style, son abnégation, son panache. Il ne gagne pas, et alors ? Il roule, il attaque, il se fait plaisir. Et ça, c’est tout ce qui compte. Une fois harnaché dans son baquet, Grèze ne pilote pas, il agresse la route.

Le pilote qui ne se plaint jamais

Ce qui frappe chez Mathieu, c’est son attitude. Dans un milieu où certains pleurnichent dès que leur budget ne suit pas avec 5 ou 6 chiffres ou que leur voiture tousse, lui reste stoïque. Les monstres de puissance qui trustent les premières places ? Il les admire tout en les désirant secrètement évidemment. Les pneus à 500 euros pièce ? Pas son problème. Il fait avec ce qu’il a, et il le fait bien. Son équipe, probablement aussi fauchée que lui, partage cette philosophie : on roule, on s’amuse, on donne tout. Point.

Mathieu, c’est le gars qui incarne l’essence du rallye réunionnais, loin des strass et des budgets à six chiffres. Il n’a pas les moyens des cadors, mais il a leur passion, leur envie, et peut-être même plus. Chaque spéciale est une bataille, chaque virage une victoire. Et quand il passe, avec sa MG ZR qui semble crier “au secours” à chaque accélération ou chaque passage “par les portes”, les spectateurs sourient. Parce que Mathieu, c’est le pilote qu’on aime aimer. Le gros numéro qui n’a rien à prouver, mais qui prouve quand même.

Un petit coup de pouce, ça vous dit ?

Si vous souhaitez passer le voir lors du Rallye de Sainte Suzanne, Mathieu et Virginie sont alignés avec le numéro 56 sur les portières. Alors, si un jour vous croisez Mathieu dans un paddock, avec son sourire de nounours et sa démarche de tortue géniale, pensez à lui filer un “ti coup de main”. Un cardan, un pneu, un bidon d’essence, un simple bonjour ou même un gros chèque peu importe. Soyez sûrs que chaque centime sera optimisé, transformé en gomme brûlée et en souvenirs impérissables. Parce que des pilotes comme lui, qui roulent pour le pur plaisir et qui transforment une vieille MG ZR en machine à émotions, on n’en fait plus beaucoup.

Mathieu Grèze, c’est peut-être pas le plus rapide au scratch, pas le plus bruyant, pas le plus riche. Mais c’est assurément l’un des plus attachants. Et dans notre microcosme rallystique, ça vaut tous les podiums du monde. Pour terminer, avis aux cadors de la discipline, vous n’imaginez même pas le plaisir que vous procureriez aux pilotes les moins équipés si, de temps à autre, lors d’une séance d’essais, vous inviteriez à bord l’un de ces gros numéros et pourquoi pas leur confier le volant de votre splendide bestiole pour un tour, pas LE Tour, juste un tour, même en mode road-map…

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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