S’il fallait un seul endroit sur la planète pour graver la légende de Toprak Razgatlioglu dans le marbre, ce serait ce foutu tourniquet tchèque de Most. Le mec y a ses habitudes : trois poles d’affilée, une pension à l’année dans le parc fermé, et visiblement une obsession personnelle pour les vibreurs de la chicane. Bref, un jardin clos, arrosé à la gomme tendre, où personne n’a le droit de cueillir la moindre victoire sans lui demander la permission. Et cette année encore, pour ce sixième rendez-vous 2025 marquant la mi-saison, Toprak s’est pointé avec son accent anatolien, son freinage suicidaire, et surtout, un appétit d’ogre.
Superpole : le bal des centièmes

Dès le samedi matin, la messe était dite. Trois séances libres dominées, et une Superpole comme un doigt d’honneur à ceux qui pensaient que le Turc allait laisser les clés du jardin à un autre. 1’30.397 pour se garer en pole, 0.033 devant Nicolo Bulega, soit à peu près le temps que met une Ducati pour décider si elle va tout droit ou pas. Derrière, ça s’éparpillait comme un apéritif sans cohérence : Petrucci troisième avec sa Panigale satellite, Alex Lowes quatrième avec une Bimota sortie d’un musée vivant, et même une Honda (oui, une HONDA) en cinquième position, grâce à un Lecuona ressuscité. Et pendant que certains s’extasiaient de voir cinq constructeurs dans le top six, d’autres pleuraient dans leur casque : Bautista dixième, son pire classement de l’année. Si ce n’est pas un signe…
Course 1 : Toprak, dictateur éclairé

Samedi après-midi, le soleil tape, les gommes fument, et Bulega claque le holeshot. Oui mais voilà : voler le départ à Toprak à Most, c’est comme essayer de détrôner le roi des Belges à Bruxelles. Ça ne dure pas longtemps. Premier virage, freinage par l’intérieur, roue arrière levée, regard de tueur : Razgatlioglu reprend les commandes à sa manière, c’est-à-dire violemment. Derrière, Bulega s’accroche, Petrucci fait le tracteur de luxe en P3, et Bautista, lui, chute… dans le classement. Coincé au fin fond du peloton après un carambolage au T2, l’Espagnol remonte comme un mort de faim jusqu’à la cinquième place. Merci la gnac, mais ça ne masque pas le naufrage.
Côté chiffres, on retiendra : dixième victoire de Toprak à Most (comme c’est original), un 151e podium, et un Bulega toujours sur le podium dans plus de 70% de ses courses. Le genre de stat qui ferait passer un étudiant Erasmus pour un premier de promo.
Superpole Race : la guerre des nerfs

Dimanche matin, rebelote. Sprint race, dix tours, sueur garantie. Cette fois, Bulega décide de se battre. Il sort le couteau (de cuisine), tente de faire les poubelles de freinage, passe devant, sort trop large, coupe la chicane, se fait punir par le chrono. Résultat : victoire numéro 63 pour Toprak, qui égalise Bautista dans le classement des victoires historiques. Le Turc, lui, jubile. Premier pilote à atteindre les dix victoires sur un seul circuit. Une masterclass de plus, avec en bonus un nouveau record du tour : 1’30.201. À ce rythme, c’est le bitume qui va demander son autographe.
Derrière, Petrucci continue son week-end “moitié mojito, moitié miracle” avec une deuxième P3 consécutive. Sam Lowes, lui, échoue à 0.090 du podium, autant dire à la largeur d’une moustache anglaise. Bautista ? Encore une remontée. Encore une P5. Encore un air dépité dans le box Ducati. Lecuona et Alex Lowes complètent le groupe des “pas mal, mais pas transcendants”, pendant que Bassani, l’autre Bimota boy, se voit offrir deux long laps pour un départ anticipé. Il aurait mieux fait de rester au petit-déjeuner.
Course 2 : la trahison finale
Et puis, l’impossible s’est produit. Dimanche après-midi, dernière course. Le hat-trick de Toprak semblait écrit, scénarisé, verrouillé. Mais Bulega, tel un Italien frustré privé de pastas trop longtemps, a décidé de jouer les saboteurs. Les deux s’expliquent sur chaque virage, chaque freinage, chaque inspiration. Et dans le dernier tour, dans la dernière ligne droite, le coup de poignard : 0.027s. Vingt-sept misérables millièmes pour priver “El Turco” de son triptyque divin à Most. Le public n’en revient pas. Toprak non plus. On n’a pas volé le roi, on lui a soufflé la couronne en douce, façon Arsène Lupin en combinaison de cuir.
Conclusion : empire fissuré, duel relancé
Avec deux victoires et une P2, Toprak sort de Most toujours dominateur, mais moins invincible qu’avant. Bulega a craqué le code, trouvé la faille, et surtout, osé s’y engouffrer. À la mi-saison, les deux sont au coude à coude au championnat, et la tension monte plus vite qu’un moteur BMW en bout de ligne droite. Bautista, lui, continue de ramer comme un galérien sur une mer démontée, pendant que Petrucci s’incruste à chaque course comme un invité indésirable… mais sympathique.
Toprak reste le prince de Most. Mais cette fois, un petit Napolitain est venu lui rappeler que même les rois finissent par tomber. À 27 millièmes près, une demi-longueur de moto…