Il avait choisi un drôle de week-end pour recommencer à visiter les graviers. Nicolò Bulega arrive à Cremona avec une première balle de match pour devenir Champion du Monde Superbike. En Italie. Sur une Ducati. Sur un circuit où il avait signé le hat-trick l’an passé. Bref, si quelqu’un avait voulu écrire le scénario avec un peu trop de sucre, il n’aurait probablement pas osé aller jusque-là. Sauf que le vendredi a décidé de ranger le scénario dans un tiroir. Parce qu’à Cremona, le patron du D1 s’appelle Iker Lecuona. Restez calmes, ami(e)s nombreu(ses)x de Nicolo, le D1, ça ne ramène pas de points…même si ça impacte les jours suivants.
Lecuona prend la lumière
L’Espagnol n’a pas simplement signé le meilleur temps. Il a pris les deux séances. 1’28’’278 le matin, puis 1’28’’108 l’après-midi. Bulega reste son premier poursuivant, mais l’écart passe de 119 à 254 millièmes. Et surtout, Lecuona déroule : 46 tours dans la journée contre seulement 28 pour son équipier. Même son chrono idéal raconte une journée particulièrement propre. En FP2, l’addition de ses meilleurs secteurs donne 1’28’’046, pour 1’28’’108 réellement réalisé. À peine 62 millièmes abandonnés en assemblant le puzzle, un freinage allongé d’un seul mètre! À sept millièmes de l’idéal absolu théorique de toute la séance, Lecuona n’a donc pas simplement été rapide. Il a été propre, régulier et capable d’exploiter pratiquement tout ce que sa Ducati lui proposait. Exactement ce que Bulega n’a pas réussi à faire.
Deux séances, deux chutes
Car le vendredi du leader du championnat tient aussi en une statistique assez inhabituelle cette saison : deux séances, deux passages par terre. Virage 10 en FP1. Virage 8 en FP2. Sans conséquence physique signalée, heureusement, mais avec une deuxième chute qui coupe sérieusement son roulage de l’après-midi. Bulega ne boucle finalement que sept tours en FP2, contre 24 pour Lecuona.
Le plus intéressant est ailleurs : Bulega n’est pas lent. Il termine deuxième et son 1’28’’251 idéal montre que la performance reste dans la moto et dans le pilote. Il ne manque donc pas de vitesse. Il lui manque vendredi quelque chose qu’il avait justement montré presque toute la saison : de la propreté. Et forcément, le calendrier rend la coïncidence intéressante.
Les vieux démons sont-ils vraiment revenus ?

C’est là que Cremona devient plus intéressant que sa simple feuille des temps. Bulega arrive avec 146 points d’avance sur Lecuona et peut devenir champion dès samedi s’il lui reprend quinze points en Course 1. Jusqu’ici, il a traversé cette saison en donnant rarement l’impression de courir après quelque chose. À Cremona, pour la première fois, la ligne d’arrivée du championnat est matériellement devant lui. Et le vendredi où cette ligne apparaît, il tombe deux fois.
De là à conclure que Bulega découvre soudainement la pression, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Deux chutes ne constituent ni un électrocardiogramme ni une consultation chez le psychologue. Mais elles autorisent désormais la question. Parce qu’il ne s’agit pas d’un pilote en manque de performance tentant désespérément de retrouver le rythme. Il est P2. Il s’agit d’un pilote très rapide qui commet deux erreurs au moment précis où le résultat commence à peser davantage que le simple chrono. Samedi nous dira surtout si ce vendredi cabossé n’était qu’un accident de parcours ou si Bulega doit réellement recommencer à composer avec quelques vieux fantômes. Ou encore s’il s’agit d’offrir trop de confiance à son seul concurrent au Championnat en le poussant lui-même à se dépasser jusqu’au delà de la limite mais cette fois quand des points championnat sont en jeu…si, si, on a déjà assisté à ce type de spectacle en sports mécaniques !
Ducati contre Ducati
Pour Borgo Panigale, en revanche, pas vraiment de crise existentielle. Les sept premières places du classement combiné sont occupées par sept Ducati : Lecuona, Bulega, Surra, Baldassarri, Sam Lowes, Montella et Bridewell. Garrett Gerloff doit aller chercher la huitième place pour apercevoir enfin autre chose qu’une Panigale. Alberto Surra s’offre même une jolie P3 en 1’28’’569, à 461 millièmes de Lecuona.

Cremona ressemble donc moins à une bataille Ducati contre le reste du monde qu’à une gigantesque réunion de famille italienne dans laquelle quelques cousins ont décidé de se disputer les meilleures chaises. Et devant, les deux officielles ont pris leurs distances.
La balle est toujours dans le camp de Bulega
Rien de fondamental n’a changé dans l’équation du championnat. Bulega dispose toujours de son énorme avance. Il possède toujours la vitesse. Il roule toujours sur une Ducati qui paraît parfaitement à son aise à Cremona. Et sa première balle de match arrivera bien samedi après-midi. Simplement, le vendredi a ajouté quelque chose qui manquait encore à cette fin de saison : un doute. Petit, probablement.
Mais suffisamment inhabituel pour mériter d’être observé. Parce qu’avant de devenir éventuellement champion du monde à domicile, Nicolò Bulega devra commencer par accomplir samedi quelque chose qui lui avait semblé presque banal pendant une grande partie de 2026 : rester sur ses roues.
| Session | Durée | Europe | Réunion |
| Samedi 26 Septembre | |||
| WSBK FP3 | 20′ | 09h40 | 11h40 |
| WSBK Superpole | 15′ | 11h15 | 13h15 |
| Race 1 | 23 tours | 15h30 | 17h30 |
| Dimanche 27 Septembre | |||
| WSBK Warmup | 10′ | 09h20 | 11h20 |
| WSBK Superpole Race | 10 tours | 11h10 | 13h10 |
| WSBK Race 2 | 23 tours | 15h30 | 17h30 |