vendredi, octobre 16, 2026
spot_img

Cadeau d’anniversaire, chikungunya et chaises musicales…

Sainte-Suzanne ! Ses routes piégeuses, ses virages qui sentent la canne à sucre et la ferraille chaude, et surtout… ses listes d’engagés plus mouvantes qu’un ministre en période de remaniement. Cette année, la nouvelle venue du calendrier réunionnais nous offre son lot de petites surprises, d’arrangements entre gentlemen drivers, et d’improbables come-back, le tout emballé dans un joyeux papier kraft estampillé “passion familiale”.

En tête d’affiche, la surprise du chef : Dominique Hoarau, le patriarche sans moustache (bah oui Dom’, à 50 piges on passe du côté patriarche !), qu’on n’avait pas vu en spéciale depuis l’an passé et son podium championnat, revient poser les roues dans la bagarre. Un retour éclair, ou plutôt un one shot, comme il le dit lui-même — comprenez : “Je viens, je m’amuse, je casse rien (en théorie), et je retourne à mon barbecue et à l’encadrement de Samuel.”

Un retour qui tient du miracle logistique

Le hic ? Il n’avait plus de voiture. La Clio Rally3 qu’il pilotait encore l’an dernier a changé de main, cédée à Fred Chane Kaï, qui a sauté sur la bonne affaire. Résultat : Dominique, un pied dans la nostalgie, l’autre dans le vide mécanique, se retrouve sans monture à quelques semaines de l’événement. Une situation aussi absurde que voir Loeb faire du stop sur une spéciale.

Mais l’univers du rallye est petit, les paddocks encore plus. Alors qu’il coachait son fiston Samuel lors d’une session d’essais, Dominique échange quelques politesses (et peut-être un café tiède) avec Stéphane Sam Caw Freve, le guerrier discret qu’on espérait voir revenir un jour, et qui avait misé sur une Ford Fiesta MKI pour sa rentrée. Une voiture initialement réservée à Guillaume Sery, lui-même cloué au lit par ce bon vieux chikungunya, parce qu’il fallait bien que le rallye réunionnais coche la case “peste tropicale” cette saison.

Quand les virus déprogramment les volants

Du coup, Guillaume out, Fiesta dispo, Stéphane s’engage sur la voiture. Jusque-là, tout va bien. Sauf que Dominique, l’air de rien, balance à Stéphane qu’il aurait bien aimé goûter aux joies d’une Rally2. Une vraie, avec des chevaux et un turbo qui souffle comme un bœuf. Et là, miracle : dans un élan de camaraderie ou de lucidité momentanée (nul ne le sait vraiment), Stéphane accepte de refiler la Fiesta à Dominique, et re-switch vers sa Clio Rally3, dans un mouvement d’une élégance rare — ou d’un bon sens tactique absolu : après tout, mieux vaut laisser un (récent) quinqua excité rouler avec la Fiesta et engranger de précieuses devises locatives.

Rallye d’anniversaire et partage fraternel

Ce retour n’a rien d’une quête de gloire tardive. Non, c’est un anniversaire en mode full gaz. Dominique a soufflé cette année ses 50 bougies (à l’éthanol pour ce jubilé ? ) mi avril, et son frère Nicolas, 45 (début Avril). Et comme les deux frangins n’ont jamais partagé le même baquet en course, l’occasion était trop belle. Alors on prend une licence régionale, on boucle les formalités, on récupère une voiture turbo compressée en location, et on fonce célébrer l’amour fraternel… sur les routes parmi les plus exigeantes de l’île en format sprint absolu.

“Ce n’est peut-être pas la plus efficace des Rally2”, confesse Dominique, visiblement plus intéressé par l’expérience que par le chrono. “Mais c’est la première fois que je monte dans ce genre de voiture, et on voulait surtout faire ça ensemble, Nico et moi. Pour marquer le coup. Pas d’ambition, juste rouler et se faire plaisir avec une auto plus puissante que la Renault Clio Rally3.“

Comprendre : on n’est pas là pour la gagne, mais si jamais ça va vite… on ne freinera pas.

Numéro 10, fils derrière le père : ça va frotter à la pause déjeuner

Dominique prendra le départ avec le numéro 10, juste devant son fils Samuel, engagé lui en Rally4. Le genre de situation qui promet des conversations savoureuses à l’assistance :

— “Tu vois fiston, c’est comme ça qu’on prend ce gauche en descente !”

— “Ouais papa, mais t’étais à deux doigts de jardiner dans le manguier…”

Pas de rôle d’ouvreur donc pour Samuel cette fois, le fiston devra suivre la trajectoire paternelle à la trace. Une façon comme une autre de réviser les notes en live. Le tout avec une saine pression intergénérationnelle : “Si tu me rattrapes, t’as pas besoin de rentrer à la maison.”

Et le reste du plateau ? 62 modernes, et pas que des figurants

Avec 62 voitures engagées en moderne, la liste promet du sport. Mais qu’on ne s’y trompe pas : entre les retours surprise, les forfaits viraux et les changements de dernière minute, cette édition de Sainte-Suzanne ressemble davantage à une partie de Tetris motorisé qu’à une course linéaire. On s’échange les volants comme d’autres les raquettes de padel, on fait des clins d’œil entre deux séances d’essais (mercredi prochain pour Dominique), et surtout, on règle les amortisseurs à l’aveugle jusqu’au samedi matin.

Mais au milieu de ce joyeux bazar, une certitude : Dominique et Nicolas Hoarau feront le show. Pas forcément en haut du classement, mais à coup sûr dans les cœurs. Et s’ils venaient à taper un top 10 ? Ce serait la cerise sur le gâteau d’anniversaire.

En espérant qu’il reste un peu de champagne à l’arrivée…et pour ça on peut faire confiance à Nicolas !

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

Articles similaires

- Publicité -spot_img

Derniers articles

fr_FRFrançais