C’est sur l’Autódromo José Carlos Pace nom complet du circuit d’Interlagos, temple du sport automobile brésilien que le WEC posait ses slicks. Cette fois-ci le tracé de l’hémisphère sud a été le théâtre d’un sacre que personne n’avait vraiment vu venir — sauf peut-être les ingénieurs de Cadillac qui, entre deux caïpirinhas et trois manuels de stratégie, ont pondu une leçon de domination. À l’occasion des 6 Heures de São Paulo, Cadillac a offert un carnaval mécanique qui ferait même rougir la statue d’Ayrton Senna.
On espérait naïvement que la pause post-Mans allait rebooter les cartes. Qu’après la messe mancelle, les autres constructeurs allaient montrer qu’ils n’étaient pas que des figurants dans une publicité géante pour pneus usés. Eh bien voilà, on y est. Cadillac, cette bonne vieille Américaine qu’on croyait plus apte à cruiser sur la route 66 qu’à avaler les courbes d’Interlagos, s’est transformée en prédateur à quatre roues. Doublé propre, net, sans bavure — merci, au revoir, on remballe.
Cadillac : enfin quelque chose que GM réussit sans rappeler ses voitures

Will Stevens, Alex Lynn et Norman Nato ont planté la Cadillac n°12 en tête du classement avec une précision chirurgicale. On parle ici d’un constructeur qui, jusqu’alors, avait le palmarès vierge en Hypercar. Deux ans d’efforts pour en arriver là — mais au moins, ils ont fini par comprendre que rouler vite était plus efficace que faire du bruit.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, la Cadillac n°38 n’était pas en reste, suivant sa sœur de près. Bourdais et Button, les vétérans F1 recyclés en pilotes d’endurance, ont démontré qu’avec un bon châssis et une stratégie à peu près cohérente, on pouvait tenir tête aux armadas européennes. Ferrari, Porsche, Toyota ? Disparus, dissous dans le goudron brésilien comme du sucre dans un café.
Ferrari : du rouge au visage
Ferrari, qui sortait tout juste d’un triomphe au Mans, a connu un atterrissage brutal à São Paulo. Le genre de retour à la réalité qui sent la sueur, l’huile de vidange et les neurones en fusion. La 499P a été totalement désarmée, spectatrice impuissante d’une Cadillac en état de grâce.

Même la pénalité de drive-through infligée à la n°12, qui aurait pu relancer le suspense, n’a pas suffi. On a cru un moment que Porsche allait nous offrir un baroud d’honneur, avec Julien Andlauer en mode “petit prince du freinage tardif”. Mais au bout du compte, ni Andlauer, ni Button, ni Bourdais n’ont pu empêcher Norman Nato de dérouler comme un métronome jusqu’au drapeau à damier.
Peugeot, Alpine, BMW : le club des “Mais au moins on a essayé”
Que dire de Peugeot, si ce n’est que les 9X8 n°94 et 93 ont enfin vu l’arrivée sans flamber, fumer ou imploser ? Un exploit en soi. Les lionnes semblaient même dominer la BMW n°20, mais tout cela ressemblait plus à un concours entre escargots qu’à une course pour la victoire.
Côté Alpine, Ferdinand Habsburg a dû laisser sa voiture en plan après une panne d’hybridation. On commence à se demander si les Bleus viennent vraiment pour courir ou juste pour tester des prototypes devant un public réel.
Quant à BMW, René Rast a tenu la baraque avant que son équipier Kevin Magnussen, décidément abonné aux galères, ne fasse un arrêt prolongé aux stands dès le 6e tour pour des freins en grève. Une stratégie audacieuse qui semble viser une victoire aux 6 Heures de Spa… 2026.
| Pos | Team | Ecart | |
| 1 | #12 | CADILLAC | 242 tours |
| 2 | #38 | CADILLAC | 57.016 |
| 3 | #5 | PORSCHE | 58.882 |
| 4 | #6 | PORSCHE | 1 Lap |
| 5 | #20 | BMW | 1 Lap |
| 6 | #94 | PEUGEOT | 2 Laps |
| 7 | #93 | PEUGEOT | 2 Laps |
| 8 | #83 | AF CORSE | 2 Laps |
| 9 | #36 | ALPINE | 2 Laps |
| 10 | #99 | PROTON | 2 Laps |
LMGT3 : Lexus s’offre un podium en douce
Dans l’ombre des mastodontes Hypercar, la catégorie LMGT3 a vu une autre révolution tranquille : Lexus, que personne n’attendait vraiment ailleurs qu’en concession hybride, a décroché sa toute première victoire en WEC. L’équipe française Akkodis ASP — oui, les mêmes qui écument les paddocks GT depuis des lustres — a joué finement avec la RC F n°87, emmenée par Umbrărescu, Schmid et l’intenable José María López.
L’Argentin, revenu en forme et visiblement motivé à faire autre chose que du tourisme, a creusé un écart final de 37 secondes. Une éternité en GT3, où la moindre erreur se paie en places, voire en autos complètes.
Interlagos : le théâtre du grand écart
84 741 spectateurs ont assisté à une course étrange, où les stratégies décalées, les arrêts aux stands intelligents (ou suicidaires) et les pénalités variées ont façonné un classement plus rocambolesque qu’un plan de carrière chez Alpine.
| Pos | Voiture | Equipage | Total |
| 1 | ![]() | Alessandro PIER GUIDI, Antonio GIOVINAZZI, James CALADO | 105 |
| 2 | ![]() | Philip HANSON, Robert KUBICA, Yifei YE | 93 |
| 3 | ![]() | Alex LYNN, Norman NATO, Will STEVENS | 68 |
| 4 | ![]() | Antonio FUOCO, Miguel MOLINA, Nicklas NIELSEN | 57 |
| 5 | ![]() | Kévin ESTRE, Laurens VANTHOOR | 54 |
| 6 | ![]() | Kamui KOBAYASHI, Mike CONWAY, Nyck DE VRIES | 44 |
| 7 | ![]() | Matt CAMPBELL | 40 |
| 8 | ![]() | Earl BAMBER, Jenson BUTTON, Sébastien BOURDAIS | 38 |
La vraie leçon ? Il faut désormais compter sur Cadillac. Finis les clichés sur les gros V8 qui savent juste aller droit. À Interlagos, les Américains ont prouvé qu’ils pouvaient faire preuve de finesse, de rythme, et même — osons — de stratégie. Un mot qui donne encore des cauchemars à Ferrari et Alpine.
Prochaine escale : Austin
Le FIA WEC s’apprête à faire escale au Texas pour le Lone Star Le Mans. On y retrouvera sans doute les habituels favoris, les éternels frustrés et les improbables outsiders. Mais une chose est sûre : Cadillac jouera à domicile cette fois et devra consolider son premier succès. Aux autres maintenant de montrer qu’ils sont venus faire la course… et pas juste du tourisme en classe éco.
| Pos | Constructeur | Total |
| 1 | FERRARI | 175 |
| 2 | CADILLAC | 120 |
| 3 | PORSCHE | 111 |
| 4 | TOYOTA | 95 |
| 5 | BMW | 74 |
| 6 | ALPINE | 58 |
| 7 | PEUGEOT | 28 |
| 8 | ASTON MARTIN | 2 |



