C’est le fantasque mais très agréable Kris Meeke qui officiera à bord d’une Hyundai i20 Rally2 comme ouvreur pour l’ultime course de la saison 2024 du Championnat de France des Rallyes. Perçu comme enfant terrible et même trublion en WRC jusqu’en 2019, Kris fait clairement partie des acteurs majeurs du rallye. Désormais quelque peu assagi (quoique…) à l’âge de 45 ans, le nord irlandais (né à Dungannon) est ce qu’on appelle une tronche ! Si vous avez l’occasion de passer du côté du Var le week end prochain, n’hésitez pas à passer voir le jovial Kris.
Designer automobile chez M-Sport après des études en ingénierie mécanique à Belfast, il fait partie de cette première génération de designer grâce à la CAO (Conception Assistée par Ordinateur). Il bascule en compétition en 2000 par le biais de Peugeot et ses opérations en direction des rookies. Il signera d’ailleurs sa première victoire en rallye sur une Peugeot 106. Repéré par la légende écossaise Colin Mc Rae, il se voit confié en 2002 une Ford Puma grâce à laquelle il emporte le Junior britannique, parfaitement coaché par Mc Rae. Pour cette deuxième saison de rallye, il termine P3 du championnat britannique S1600. Précoce !

En 2003 et 2004, il démarre en mondial avec une Corsa S1600. Il claque 10 temps scratch sur la saison mais se tartine assez fréquemment. Comme le disait son maître Colin Mc Rae: “pour savoir où est la limite, il faut la franchir.” Sociétaire ensuite de Citroën Racing Sport en 2005 et 2006, le bouillonnant irlandais évoluait en JWRC avec la victoire au Monté la première année puis l’Allemagne en 2006 en JWRC. Kris avale alors les kilomètres en roulant aussi souvent que possible avec de nombreuses sorties de route ou petites erreurs lourdes de conséquences aux classements. L’image de jeune chien fou lui était alors collée.

Il retrouvait les séries internationales à temps plein en 2009 en roulant en IRC (Championnat d’Europe des Rallyes devenu depuis ERC). Il s’imposait en 2009 sur le toit de l’Europe avec 4 victoires et 44 temps scratch avec sa Peugeot 207S2000. Toujours flanqué de Paul Nagle, il terminait P3 l’année suivante avec la victoire au Brésil. Avec des abandons sur sortie de route au Monté, en Sardaigne et en Belgique et un bris de suspension en Argentine, il se montrait plus sage en fin de saison avec 4 top5 à partir des Açores dont 2 podiums.

2011 marquait son retour en WRC (au cours de six épreuves) en tant que pilote officiel (Prodrive) de l’éphémère Mini JCW dans la catégorie reine. 2 temps scratch uniquement et un manque de fiabilité criant de la Mini! Il roulait en 2013 à deux reprises pour le compte de Citroën Sport (Citroën DS3 WRC) en WRC (Finlande:SRSG et Australie:SRSG). Néanmoins, Citroën le signait à plein temps l’année suivante. 13 courses WRC, 8 temps scratch et une P7 au Championnat concluaient cette première saison. Bis repetita en 2015 avec cette fois sa première victoire chez les grands (Grèce) et un podium (Grande Bretagne). Kris terminait P5 du championnat avec quatre scores vierges (Monté, Mexique, Sardaigne et Finlande) et 13 temps scratch dans la besace.

L’histoire se poursuivait avec les rouges en 2016 pour un programme restreint de 7 courses sans l’appui de Citroën officiellement et deux victoires retentissantes en WRC au Portugal et surtout en Finlande. En confiance, 2017 devait marquer un rapprochement de la tête du championnat grâce à la dernière née Citroën C3WRC mais de trop nombreuses erreurs faisaient un peu vite oublier ses succès solides au Mexique et sur l’exigeant rallye de Catalogne. En 2018, il ne jouait que la première moitié de saison avec Citroën qui mettait fin à la collaboration Meeke Citroën en avançant: “trop fréquentes sorties de route dont certaines, particulièrement violentes, auraient pu avoir de lourdes conséquences pour la sécurité de l’équipage alors que la prise de risque n’était pas justifiée par des enjeux sportifs“.

Jusqu’au boutiste, avec un engagement de tous les instants Kris Meeke fait partie de ces pilotes qui ne calculent pas (malgré sa formation initiale d’ingénieur). Il est flat out en permanence et ne lâche jamais rien. Indéniablement rapide et même très rapide, souvent bien plus que les autres, l’irlandais garde dans l’inconscient collectif cette image de furieux.
Néanmoins, le bonhomme est toujours agréable, facile d’accès, partager de sa passion et toujours disponible pour ses admirateurs restés très nombreux. Il y a de quoi admirer ce trublion. Toujours cash, particulièrement ouvert à la discussion, Kris reste une référence du rallye bien qu’il ne soit pas comme les autres. Il ne s’est jamais coulé dans le marketing et l’image. C’est un pilote à l’ancienne. Sans doute un des héritages de Colin Mc Rae.