Bienvenue en enfer. Non pas celui des pneus qui surchauffent sur l’asphalte catalan ni des embrayages qui pleurent en Argentine, non : bienvenue en Sardaigne, royaume des pierres affûtées, des virages en dévers et des rallyes où le talent s’use plus vite qu’une paire de gommes tendres sur l’Arzachena. Sixième manche du championnat du monde WRC 2025, cette édition marque la 22e incursion du cirque mondial sur l’île méditerranéenne. Et comme chaque année, l’ambiance sera “hot, technical and unforgiving”. Traduction locale ? « Tiens bon, ou va pleurer sous un olivier. »
Loeb, Elena, et la roue de la fortune

Avant d’entrer dans le vif du sujet, rendons à César ce qui lui appartient : la Sardaigne, c’est un peu le sanctuaire des Sébastien. En 21 éditions, Loeb/Elena et Ogier/Ingrassia se partagent le haut du panier avec 4 victoires chacun. Les fans n’ont pas oublié l’édition 2007, où Daniel Elena s’improvisait acrobate de cirque sur une Citroën à trois roues, telle une motarde d’Instagram sur le périph’. Du grand art.

Ogier, justement, est de retour cette année, avec une ambition assez simple : mettre Loeb derrière lui dans les livres d’histoire. Mais attention, deux autres affamés ont eux aussi l’occasion d’entrer dans le carré VIP des quadruples : Thierry Neuville et Ott Tänak, déjà trois fois vainqueurs chacun. Spoiler : les deux n’ont jamais été aussi motivés à se marcher sur la visière.

Un tracé de tortionnaire
320 km de chronos, 16 spéciales, trois jours de punition. Voilà le menu. Pour les amateurs de géographie sadique, citons pêle-mêle :

- Monte Lerno–Su Filigosu : un monument. Le genre de spéciale où même Micky’s Jump semble être la partie de plaisir. Le reste ? Racines, pierres et sueur.
- Calangianus–Berchidda : nouvelle spéciale au profil schizophrène. Ça commence en mode vigne à la française, ça finit comme une ligne de métro abandonnée. On imagine déjà Tänak, le pied droit vissé à la pédale, sautant d’un rail fantôme à l’autre.
- Sa Conchedda : la plus longue (27.95 km). Traduction : si tu loupes ton freinage, tu payes en minutes, en suspensions et en ego.
- Loiri–Porto San Paolo, Power Stage finale avec vue sur la mer et podium sur le sable. Si tu perds ici, au moins t’as le droit de te noyer dignement.
Le piège météo

Insularité oblige, la météo s’annonce aussi imprévisible qu’un message WhatsApp d’un team manager frustré. En clair : il va faire chaud, sauf quand il pleuvra. Bienvenue dans le WRC, version loto barométrique. Un orage au mauvais moment, et c’est toute ta stratégie de pneus qui finit au compost.
Les enjeux : Evans en balai, Ogier en chasseur
Elfyn Evans, monsieur régularité, débarque en Sardaigne avec 30 points d’avance. Mais le Gallois va devoir sacrifier sa voiture à la cause du ménage collectif : ouvrir la route vendredi. Ce qui, ici, revient à gratter les gravillons à la petite cuillère. Juste derrière lui, Kalle Rovanperä, autre expert en glissades prendra quasiment le même tarif.

Ogier, lui, part en troisième position. Ce qui n’est ni bon, ni mauvais. C’est du Ogier. Il aime ça. Il va sortir son compas, son niveau à bulle, et envoyer du lourd. Si la météo l’aide, il n’est pas interdit d’imaginer une nouvelle ligne au palmarès. Mais attention, Tanak et Neuville, quatrième et cinquième à s’élancer, vont disposer d’une piste quasi parfaite pour massacrer les chronos du vendredi. Le couteau est déjà affûté, la vaisselle va voler.
Classement général : l’ordre établi en péril

Derrière Evans, Rovanperä traîne sa jeunesse avec deux points d’avance seulement sur Ogier, tandis que Tanak respire dans leur nuque. En clair : le podium du championnat est un foutoir millimétré. Dimanche soir à Olbia, on pourrait très bien avoir un classement inversé ou une égalité à trois, façon règlement de foot U11. Néanmoins, le traditionnel saut dans le port de la ville balnéaire d’Olbia reste au programme pour le vainqueur et son équipe façon Bonato aux 1000Km de la Réunion l’an passé.
Et puisque le WRC aime bien les ironies, souvenons-nous qu’en 2024, Tänak avait arraché la victoire à Ogier pour… 0,2 seconde. Deux dixièmes. L’équivalent d’un éternuement. Si cette année on repart sur les mêmes bases, il faudra sans doute départager les pilotes à la photo-finish ou au test PCR.
Sardegna : Rossel joue solo, les autres font bronzette
Yohan Rossel débarque en Sardaigne avec une Citroën, un sourire et un tableau de chasse déjà bien garni — pendant que ses rivaux directs font la sieste. Solberg ? Présent, mais en mode “je compte pas les points”. Greensmith ? Absent, sûrement coincé dans un pub londonien. Résultat : Rossel va pouvoir dérouler sur les pistes sardes comme s’il roulait en reconnaissance. Certes, quelques Finlandais affamés rôdent, un Loubet nostalgique revient en espérant se souvenir comment on freine, et Sarah Rumeau vise l’arrivée, mais le vrai suspense ? Savoir si Rossel va lever le pied ou piétiner tout le monde. En filigrane, il faudra évidemment surveiller Solans et surtout le jeune Korhonen particulièrement en verve (et réussite) en ERC et WRC2 ces derniers temps. Le top français est particulièrement représenté dans la catégorie avec de nombreux “apprenants”. Chez les junior en WRC3, c’est Mattéo Chatillon qui défend les couleurs françaises.
Le rallye des tranchées
Soyons clairs : ici, le moindre excès d’optimisme est puni. Le WRC Sardaigne, c’est un mix de stratégie d’usure, d’improvisation mécanique et de gestion de la paranoïa. Le tout à 140 km/h entre deux murs de pierres et une chèvre locale en promenade libre.

Ce n’est pas un rallye pour les funambules ni pour les esthètes. C’est un rallye de guerriers. Ceux qui ne veulent pas simplement gagner, mais survivre.
Verdict attendu
Dimanche soir, le classement aura changé de tête au podium. Evans peut encore voir son avance au championnat se réduite à peau de chagrin. Ogier peut encore tout gagner. Et Tänak, dans sa grande tradition de finisseur impitoyable, pourrait bien laisser tout le monde derrière lui en assurant le doublé après 2024. Toutefois, le seul topgun et prétendant à ne s’être jamais imposé reste Kalle Rovanpera particulièrement en verve ces deux dernières manches. La seule certitude : le spectacle sera sale, chaud, bruyant et magnifique.
En Sardaigne, on ne gagne pas : on s’en sort. Et parfois, c’est déjà beaucoup.
| Intitulé | Longueur | Local | Réunion | Vietnam |
| Vendredi 6 Juin | ||||
| ES1 Arzachena1 | 13,970km | 09h01 | 11h01 | 14h01 |
| ES2 Telti1 | 18,430km | 10h16 | 12h16 | 15h16 |
| ES3 Sa Conchedda1 | 27,950km | 11h31 | 13h31 | 16h31 |
| ES4 Arzachena2 | 13,970km | 15h31 | 17h31 | 20h31 |
| ES5 Telti2 | 18,430km | 16h46 | 18h46 | 21h46 |
| ES6 Sa Conchedda2 | 27,950km | 18h01 | 20h01 | 23h01 |
| Samedi 7 Juin | ||||
| ES7 Coiluna1 | 21,180km | 09h05 | 11h05 | 14h05 |
| ES8 Lerno1 | 24,340km | 10h16 | 12h16 | 15h16 |
| ES9 Tula1 | 15,280km | 11h31 | 13h31 | 16h31 |
| ES10 Coiluna2 | 21,180km | 15h05 | 17h05 | 20h05 |
| ES11 Lerno2 | 24,340km | 16h16 | 18h16 | 21h16 |
| ES12 Tula2 | 15,280km | 17h31 | 19h31 | 22h31 |
| Dimanche 8 Juin | ||||
| ES13 San Giacomo1 | 25,190km | 07h25 | 09h25 | 12h25 |
| ES14 San Paolo1 | 13,700km | 08h35 | 11h35 | 14h35 |
| ES5 San Giacomo2 | 25,190km | 10h50 | 12h50 | 15h50 |
| ES16 San Paolo2 [PS] | 13,700km | 13h15 | 15h15 | 18h15 |