Ce week-end, le cirque ambulant du Pro Motocross a déposé ses bottes crottées dans l’écrin de verdure du Pacific Northwest, plus précisément à Washougal, ce terrain aussi photogénique qu’impitoyable. À mi-chemin entre carte postale et traquenard forestier, la huitième manche de la saison outdoor a tenu toutes ses promesses : de la glissade artistique, des egos froissés, et surtout, une fin de série pour le leader. Spoiler alert : Jett Lawrence a (enfin) perdu.
Sexton, l’homme des bois
Il fallait bien que quelqu’un vienne botter les fesses du kangourou australien, et qui mieux placé que Chase Sexton, le seul humain ayant déjà réussi à vaincre le prodige en rouge sur le sol yankee ? Washougal est son jardin — littéralement : quatrième victoire en cinq ans. À croire qu’il connaît les racines par leur prénom. Le pilote KTM, rescapé d’un début de saison façon puzzle, s’est offert un 1-2 synonyme de victoire au général. Ce n’est pas encore la résurrection, mais au moins il respire sans assistance.
Course 1, le spectacle commence dès le premier virage avec Jorge Prado qui tente un numéro de dompteur, muselant Jett Lawrence au freinage. Mal lui en prend : Sexton coupe et s’échappe. Derrière, Jett tente, frotte, glisse… et tombe. Résultat : Tomac, toujours là comme un vieil oncle dont on ne peut pas se débarrasser, en profite pour passer deuxième, pendant que Sexton déroule en chef de meute. Victoire de l’Illinoisien, Tomac deuxième, Lawrence relégué à la médaille de bronze. Un vrai plaisir coupable.
Course 2 : Hunter Lawrence, le frère souvent oublié, claque le holeshot, mais on sent bien que le scénario va tourner vinaigre. Jett passe en mode bélier pour écarter la fratrie, Sexton s’infiltre comme un voleur, et Tomac suit le mouvement. Puis, le drame : drapeau rouge. Une première dans l’histoire du motocross US, avec un restart en file indienne digne d’un mauvais épisode de NASCAR. Pas de quoi déstabiliser Sexton, qui passe Hunter comme un scout dans un buisson, mais Jett, malgré une poignée de secondes d’avance, tient bon jusqu’au drapeau à damier. Malheureusement pour lui, ça ne suffit pas : 3-1 contre 1-2, c’est Sexton qui l’emporte. L’armure australienne est fendue.
Jett Lawrence, l’étoile légèrement ternie

Huit victoires consécutives, c’est beau. Mais à force de marcher sur l’eau, on oublie que l’on peut couler. Le gamin de Landsborough a finalement mordu la poussière, et dans son jardin préféré de Washougal, en plus. Course 1 : il perd l’avant comme un débutant et regarde passer Tomac avec la grâce d’un type qui vient de rater le dernier métro. Course 2 : il sauve les meubles, mais son sourire était aussi crispé qu’un dentifrice périmé.
Son avance au championnat reste confortable (61 points), mais l’aura d’invincibilité a pris un sacré coup dans l’aile. Même lui le reconnaît : “Washougal, c’est pas mon truc.” Ah bon ? On avait remarqué.
Tomac : l’inusable

À 31 ans, Eli Tomac continue de jouer les sangsues. Deuxième, troisième, toujours dans le coin pour ramasser les miettes ou punir les imprudents. Pas flamboyant, pas spectaculaire, mais terriblement efficace. Cinquième podium de la saison, 77e en carrière. Un vétéran qui refuse de disparaître gentiment, à l’image d’un Clint Eastwood du motocross. Il est là, il grogne, il mords.
| Pos | Moto | Pilote | Résultats | Total |
| 1 | KTM | Chase SEXTON | 1-2 | 47 |
| 2 | Honda | Jett LAWRENCE | 3-1 | 45 |
| 3 | Yamaha | Eli TOMAC | 2-3 | 42 |
| 4 | Honda | H LAWRENCE | 5-4 | 35 |
| 5 | Husqvarna | RJ HAMPSHIRE | 4-6 | 34 |
| 6 | Yamaha | Justin COOPER | 6-5 | 33 |
| 7 | Gasgas | Justin BARCIA | 7-7 | 30 |
| 8 | Yamaha | Val GUILLOD | 9-10 | 25 |
| 9 | Suzuki | Colt NICHOLS | 12-9 | 23 |
| 10 | Kawasaki | M HARRISON | 10-11 | 23 |
250cc : Deegan vs Shimoda, duel de style
Chez les moustiques, la guerre des mondes continue. D’un côté, Haiden Deegan, le cowboy du marketing, poster-boy de Yamaha, capable du meilleur comme du plus borderline. De l’autre, Jo Shimoda, discret comme un sushi au tofu, mais qui pique quand il faut.

Cette fois, avantage au Japonais, grâce à une deuxième manche clinique et une victoire au général (2-1) à égalité de points avec Deegan (1-2). Oui, le tiebreaker a parlé, et c’est Shimoda qui l’a emporté, au calme.

Deegan, fidèle à lui-même, a roulé comme s’il essayait d’apprivoiser un taureau sauvage. “Je me sentais comme sur un rodéo”, dit-il. En effet. Mais le fait est là : son avance au championnat reste inchangée (45 points). Malgré la victoire de Shimoda, le titre semble déjà cousu sur le cuir de sa botte droite.
Derrière, Garrett Marchbanks s’offre enfin un podium après avoir passé l’année à raser les murs. À force d’acharnement, même les oubliés finissent par exister.
| Pos | Moto | Pilote | Résultats | Total |
| 1 | Honda | Jo SHIMODA | 2-1 | 47 |
| 2 | Yamaha | Haiden DEEGAN | 1-2 | 47 |
| 3 | Kawasaki | MARCHBANKS | 3-4 | 38 |
| 4 | Kawasaki | S HAMMAKER | 7-3 | 35 |
| 5 | Triumph | A FORKNER | 5-5 | 34 |
Plessinger et Vialle : les absents ont toujours tort
Pas un mot sur Aaron Plessinger, le cowboy de l’Ohio, laissé à l’écurie pour se refaire la santé. Ni sur Tom Vialle, notre Frenchie national à l’infirmerie. Les deux manquent cruellement à une grille déjà amputée de plusieurs têtes d’affiche. On croirait le casting d’un mauvais spin-off, où les figurants tentent de voler la vedette aux absents.
Verdict ?

Washougal reste fidèle à sa légende : magnifique, piégeux, et impitoyable. Un endroit où les titres ne se gagnent pas, mais où les illusions se brisent. Chase Sexton y a ressuscité, Jett Lawrence y a vacillé (un peu…), et Jo Shimoda y a rappelé que les samouraïs ne font pas de bruit, mais tranchent net.
Trois manches restantes. Si l’on veut encore rêver à un retournement de situation, c’est maintenant ou jamais. Sinon, rendez-vous à l’année prochaine, même forêt, mêmes illusions.