Et voilà, on prend les mêmes et on recommence. Meddy Gerville désormais fringant quinqua, virtuose du piano (entre autres) reconverti en maestro du volant, a collé une claque retentissante à la concurrence lors du Rallye de Petite Île, en ce kickoff 2025. Avec sa fidèle VW Polo Rally2 et son acolyte Souka Zaneguy vissé à droite, il a réédité l’exploit de l’an passé sur cette même épreuve alors que la concurrence directe pointait aux abonnés absents (le second était pointé à plus d’une minute). On pourrait presque parler de redite assommante si ce n’était pas aussi agaçant pour ses adversaires, qui doivent commencer à se demander s’ils ne feraient pas mieux d’accepter la main mise du zicoss à Petite Ile.

Meddy, c’est ce gars qu’on imagine davantage en train d’improviser un solo de jazz dans un club enfumé que de négocier des virages tortueux à des vitesses franchement inavouables. Musicien globe-trotter, habitué des festivals où le prestige se mesure au nombre de chemises à fleurs dans le public, il a pourtant toujours eu un faible pour l’odeur de l’essence et le crissement des pneus. Padawan de Johny Picard – le légendaire “Piment Martin” – il a d’abord joué les groupies, ouvreur et porteur de café avant de se dire qu’il était temps de passer aux choses sérieuses. Mais entre deux tournées mondiales, pas facile de caser une saison complète de rallye. Alors, Meddy s’est rabattu sur le e-racing, cet ersatz numérique où une sortie de route ne coûte qu’un clic sur “reset” et une poignée d’ego froissé. Pratique, économique, mais franchement, ça manque de panache.
C’est en 2010 que notre jazzman a décidé de salir ses partitions dans le baquet d’une vraie voiture. De 2012 à 2014, il a enchaîné les saisons en N4, d’abord avec une Subaru, puis une Mitsubishi Evo IX, décrochant même un podium scratch en 2013 au Rallye de Bourbon avec Sabine Piscine en co-pilote. Pas mal pour un mec qui passait plus de temps à accorder son piano que ses suspensions. Mais la vie de nomade a repris le dessus, et de 2015 à 2021, Meddy s’est contenté de cameos épisodiques sur les spéciales locales. Jusqu’à ce retour fracassant en 2022 avec une Alpine et Souka Zaneguy, où il a frôlé la catastrophe sous la pluie à la Plaine des Palmistes. Une sortie de route mémorable, digne d’un final en fa mineur.

Depuis 2024, le duo Gerville-Zaneguy a décidé de jouer les sérieux, et ça paye. Première victoire scratch à Petite Île l’an dernier, une avance confortable au championnat, avant qu’une sortie de route dans l’Est ne vienne plomber leurs espoirs – et leur compte en banque. Pas de quoi décourager Meddy, qui revient en 2025 avec la même Polo, la même détermination, et une connaissance chirurgicale de sa monture. Dès le premier kilomètre du week-end passé, il a mis tout le monde d’accord, alignant les scratchs comme un statisticien sous amphétamines. À droite, Souka balance les notes avec un calme olympien, comme s’il lisait la météo plutôt qu’un roadbook. Souka est ce qu’on appelle “un gars sûr”. Calme, serein, appliqué c’est la bonne conscience du pilote. Le secret ? Une symbiose parfaite avec la Polo, peaufinée par les sorciers de Sarrazin Motorsport, qui ont visiblement trouvé la potion magique dans leurs alambics du côté d’Alès en accord majeur avec le préparateur moteur.
Soyons honnêtes : personne n’a vu Meddy venir avec autant de facilité apparente. Ou plutôt, si, tout le monde l’a vu, mais de dos, en train de disparaître dans la poussière. Pas de crescendo dramatique ici, juste un “animato” furieux dès le départ, sept scratchs en prestissimo, et un final allegro qui laisse la concurrence sur le carreau.
Alors, Meddy Gerville, passant de mercenaire à général en chef du rallye réunionnais ? Peut-être, s’il ne décide pas subitement de repartir jazzer à Tokyo ou à New York. En attendant, il a montré qu’on pouvait être à l’aise sur un clavier comme sur un volant. Et ça, ça doit sacrément énerver deux ou trois cadres habituels de notre championnat.