Il y a les routes rapides. Et puis il y a celles où une Porsche 992 commence sérieusement à se demander pourquoi elle devrait lever le pied. La première étape du Cœur de France, septième épreuve inscrite au calendrier, appartient clairement à cette seconde catégorie. Au terme du samedi, Raphaël Astier a avalé les 84,35 kilomètres chronométrés à 113,4 km/h de moyenne. Derrière, Anthony Cosson s’est chargé de rappeler qu’il n’y avait pas qu’une seule grosse propulsion capable de profiter du terrain. Devant, les Porsche s’expliquent. Derrière, les Rally2 regardent passer les obus tout en essayant de sauver ce qui peut encore l’être.
Astier et Cosson, pied dedans

À mesure que les moyennes augmentent, le scénario devient presque caricatural. Dans l’ES3, Astier pousse sa 992 à 120,9 km/h de moyenne, Cosson se glisse juste derrière et la première Rally2 doit attendre Hugo Margaillan. Même dessin dans l’ES4, puis encore dans l’ES6 : Porsche devant, Rally2 derrière. Ce n’est pas vraiment une découverte. La 992 GT+ adore les grands espaces, les relances rapides et tout ce qui permet de transformer ses chevaux en kilomètres/heure plutôt qu’en fumée de pneus. Le Cœur de France lui sert samedi un menu particulièrement adapté. Et Astier comme Cosson ont visiblement décidé de reprendre du rab.
La « spéciale parking » pour changer de monde

Il suffit pourtant de ralentir le film pour que le décor change. La spéciale de Super Vendôme, qualifiée de « spéciale parking » par Yoann Bonato, se dispute autour de 65 km/h de moyenne. Soudain, les Rally2 cessent d’être spectatrices : Bonato signe le scratch devant Darmezin et Margaillan tandis qu’Astier ne pointe qu’au dixième rang. Le contraste est presque expérimental. Plus tôt, dans l’ES5 déjà moins rapide, Bonato était revenu à seulement 1,3 seconde d’Astier et Margaillan à 3,2 secondes. Les Rally2 n’ont donc pas oublié comment aller vite dans les grands espaces. Elles passent simplement une bonne partie du samedi sur un terrain où les qualités de la Porsche peuvent s’exprimer avec beaucoup moins de retenue.
Bonato n’est surtout pas en promenade
Ce serait pourtant une erreur de croire Yoann Bonato résigné à regarder les feux arrière. Son tout-droit dans l’ES3 lui coûte du temps et vient ajouter une faute personnelle à un contexte déjà peu favorable à sa Lancia. Mais il reste engagé à la limite. Parce qu’au-delà du scratch du Cœur de France, il y a surtout un Championnat de France à jouer. Bonato est arrivé à Vendôme avec 87 points, sept seulement derrière Astier, après lui en avoir repris sept au Mont-Blanc. Chaque position compte désormais et chaque point abandonné peut revenir avec les intérêts dans les Cévennes ou au Var. Voilà pourquoi sa cible immédiate porte un nom : Anthony Cosson. Le podium reste dans son viseur et il faudra aller le chercher à une Porsche qui, sur ce terrain, possède précisément les arguments dont rêve son pilote.
Darmezin a lâché prise

Dans cette bataille des Rally2, Lucas Darmezin a en revanche marqué le pas. La Hyundai termine l’étape repoussée à 40,2 secondes de Bonato. L’écart commence à devenir conséquent face au patron actuel des Rally2, surtout lorsque celui-ci n’a absolument aucune intention de gérer son dimanche. Car la situation est finalement assez savoureuse : les Porsche ont transformé le samedi en terrain de chasse, mais les Rally2 n’ont pas le luxe d’attendre tranquillement que ça passe.
Devant, Astier et Cosson peuvent continuer à exploiter leurs grosses propulsions. Derrière, Bonato et les autres savent que le championnat ne distribue aucun point pour avoir trouvé une excellente explication technique à son retard. Les Porsche ont le terrain. Les Rally2, elles, ont des points à aller chercher. Et personne ne dort. Reste à découvrir aujourd’hui quel sera le terrain de jeu pour la deuxième et dernière étape, même si j’ai ma petite idée..
