Il faut croire qu’en 2025, l’Europe entière a décidé de se faire peur à haute vitesse entre deux troncs de pins. Car voilà que l’ERC, ce championnat européen de rallye qu’on aimerait parfois plus suivi, fait escale en Scandinavie pour sa troisième manche. Direction Karlstad, Värmland, Suède. Pays des boulettes de viande, des meubles en kit, de la manche glacée du WRC et des routes forestières où on ne salue pas le danger : on le double pied au plancher. Un mini rallye de Finlande en somme.
Un trône doré et des fauteuils éjectables
On ne plaisante pas avec les symboles. Cette manche suédoise s’appelle pompeusement “BAUHAUS Royal Rally of Scandinavia”, ce qui sonne comme un concours de design sponsorisé par un roi décorateur. Mais ne vous y trompez pas : sous les dorures marketing, c’est bien un massacre de trajectoires qui s’annonce. Le “trône doré” promis au vainqueur ? Une façon élégante de dire qu’il ne restera qu’un survivant sur quatre roues. Les autres repartiront avec un demi-pare-chocs, quelques regrets, et des branches dans les radiateurs.
Des candidats au trône… ou à la casse
En haut de la liste des engagés, Roope Korhonen, le Finlandais volant, tout juste auréolé de sa première victoire ERC en Hongrie. Armé d’une Toyota GR Yaris Rally2 et d’un optimisme qui ferait passer un kamikaze pour un hésitant, il devra composer avec une meute d’affamés. Miko Marczyk, le Polonais sur-vitaminé, leader provisoire de la série veut sa revanche. Mads Østberg, son mentor et néanmoins adversaire, le vétéran norvégien, continue de traîner sa Citroën C3 comme on traîne une ex encombrante : parfois brillante, souvent capricieuse.
Andrea Mabellini, lui, veut se racheter après avoir quitté la Hongrie plus vite qu’un client insatisfait d’un transporteur aérien, suspension en berne et morale au fond du bac à gravier. Et dans ce bal scandinave, Jos Verstappen, ancien pilote de F1 reconverti en spécialiste des sorties de route spectaculaires, papa de l’Autre, viendra sans pression… sauf celle des pneus, qu’il a souvent du mal à garder en un seul morceau.
Lefebvre, Armstrong, Tempestini : le fond de grille a du panache

Le français Stéphane Lefebvre a troqué sa Hyundai contre une Toyota pour se refaire une santé nordique. C’est au volant de cette même voiture qu’il avait plié le match en ouverture du Championnat de France face à Bonato chez les ch’ti. Quant à Jon Armstrong, il revient pour la troisième fois affronter les arbres suédois avec son éternel sourire crispé du type qui sait que son week-end finira probablement en statistique pour les stagiaires M-Sport : « Étude de cas : quand tout allait bien jusqu’au l’erreur ».
Derrière, on retrouve Simone Tempestini, champion roumain de la disparition prématurée. Ses rallyes finissent souvent plus vite qu’ils ne commencent, mais qui sait, peut-être que les sapins suédois lui offriront un miracle. À moins qu’ils ne l’avalent comme tous les autres.
Le tracé : une symphonie forestière… sans neige
Les organisateurs nous promettent du spectacle. Deux boucles serrées chaque jour, des spectateurs (payants) bien servis, et un terrain de jeu digne d’un film de Mickael Bay … sauf qu’il n’y a plus de neige. La Suède sans neige, c’est comme le WRC sans Ogier : ça fait bizarre, mais on s’y fait. Les spéciales sont rapides, piégeuses, et taillées pour faire voler les voitures (et parfois les espoirs). Un rollercoaster typique des pays scandinaves.
Mention spéciale à Colin’s Crest, ce tremplin suicidaire où les pilotes envoient leur voiture dans la stratosphère pour le plaisir des photographes… et le désespoir des amortisseurs. Les plus téméraires essaieront de battre le record de vol plané ; les autres essaieront simplement de retomber du bon côté…et en ligne !
Et les autres ? Une cour des miracles motorisée
Derrière les ténors du Rally2, on retrouve la faune locale : des juniors énervés comme Mille Johansson, des vétérans recyclés comme Henning Solberg (frère de Peter et tonton d’Oliver), et des pilotes aussi connus que les marques de yaourt bio lettons. Le plateau ERC3 n’est pas en reste : Ford Fiesta contre Renault Clio, Pirelli contre Hankook, c’est un peu la bataille des espoirs..et parfois du désespoir, mais avec du style. On croisera aussi le nom de Victor Hansen en ERC4 avec une Peugeot 208 de famille. Traduction : on ne vise pas la victoire, on vise l’arrivée. Et encore. Dans le top français, Tristan Charpentier sera de la partie au volant de la Ford Fiesta Rally3.

Fan experience ou rallye safari ?
Les organisateurs suédois, qui ont visiblement fait un stage chez Disney, ont mis en place un “loop system” pour ravir les spectateurs. En clair, on voit passer les voitures deux fois au même endroit chaque demi-journée. C’est bien pour les fans, moins pour les pilotes qui devront ravaler leurs erreurs rapidement. Si vous avez manqué un tonneau, pas d’inquiétude : il y a un créneau deux ou trois heures plus tard pour le refaire.
Et comme on est en Scandinavie, les noms de spéciales sonnent comme des sorts de Harry Potter. Värmskog, Grönlund, Bjurerud, Ölme… On ne sait jamais si on lit un roadbook ou le menu d’un sauna haut de gamme. Seul certitude : la Royal Forest, ex-Lungsund, et ses 20,14 km feront des ravages.
Verdict ? Bouclez vos ceintures, ou changez de sport
Le BAUHAUS Royal Rally of Scandinavia promet d’être l’un des moments forts de la saison ERC. Parce que les routes sont rapides, les arbres très proches, les ambitions trop grandes et les suspensions trop fragiles. Et parce que, même sans neige, la Scandinavie reste un enfer glacé pour les pilotes : beau, impitoyable, et toujours prêt à punir l’excès de confiance.
Alors, qui s’assiéra sur le trône doré ? Probablement celui qui passera le plus de temps en l’air sans finir à l’envers. Les autres ? Ils apprendront que dans le Nord, même en mai, les seuls givrés… sont au volant.
| Intitulé | Longueur | Local | Réunion | Vietnam |
| Jeudi 29 Mai | ||||
| ES1 Bråtebäcken | 3,120km | 18h23 | 20h23 | 23h23 |
| Vendredi 30 Mai | ||||
| ES2 Grönlund1 | 9,650km | 07h51 | 09h51 | 12h51 |
| ES3 Värmskog1 | 14,460km | 08h38 | 10h38 | 13h38 |
| ES4 Grönlund 2 | 9,650km | 09h48 | 11h48 | 14h48 |
| ES5 Värmskog2 | 14,460km | 10h35 | 12h35 | 15h35 |
| ES6 Gåardsjö1 | 11,390km | 13h54 | 15h54 | 18h54 |
| ES7 Colins1 | 9,010km | 14h48 | 16h48 | 19h48 |
| ES8 Gåardsjö2 | 11,390km | 15h51 | 17h51 | 20h51 |
| ES9 Colins2 | 9,010km | 16h45 | 18h45 | 21h45 |
| Samedi 31 Mai | ||||
| ES10 Ängebäckstorp1 | 11,320km | 07h18 | 09h18 | 12h18 |
| ES11 Bjurerud1 | 6,920km | 08h08 | 10h08 | 13h08 |
| ES12 Ängebäckstorp2 | 11,320km | 09h09 | 11h09 | 14h09 |
| ES13 Bjurerud1 | 6,920km | 09h59 | 11h59 | 14h59 |
| ES14 Royal Forest1 | 20,060km | 12h14 | 14h14 | 17h14 |
| ES15 Ölme1 | 7,820km | 13h05 | 15h05 | 18h05 |
| ES16 Royal Forest2 | 20,060km | 13h58 | 15h58 | 18h58 |
| ES17 PSÖlme2 | 7,820km | 16h05 | 18h05 | 21h05 |