Bienvenue à Águeda, le seul endroit au monde où le motocross se pratique avec un tuba, une pelle à boue et des nerfs en titane. Pour la deuxième année consécutive, la pluie portugaise a transformé le Crossódromo Internacional en marécage, rappelant à tous que le MXGP, c’est aussi une épreuve pour les machines à laver. Pourtant, malgré des conditions dantesques, Lucas Coenen et Andrea Adamo ont réussi à s’extraire de la gadoue comme des anguilles dopées à la caféine pour s’imposer dans leurs catégories respectives.
MXGP : Coenen dérape en tête, Febvre fait du surplace propre

Privé de son leader Tim Gajser, Honda HRC est arrivé à Águeda sans son habituel rouleau compresseur slovène. On pensait donc que Romain Febvre allait s’offrir une promenade de santé boueuse. Mais c’était sans compter sur un Lucas Coenen en mode berserk. Le Belge de la KTM a aligné les holeshots comme on aligne les perles, puis a résisté à la pression fébrile mais insistante d’un Febvre qui n’a jamais pu convertir ses attaques en dépassement.

Le Français, désormais leader du championnat avec trois petits points d’avance sur le fantôme de Gajser, a tenté de passer Coenen au bulldozer. Mais même en jouant des coudes, le pilote Kawasaki s’est heurté à une version tout-terrain de la muraille de Belgique. Le rookie n’a pas bronché, sauf quand il a frôlé l’explosion cardiaque dans les derniers tours : “Je ne le voyais plus, donc j’ai su que j’étais tranquille. Meilleure sensation du week-end.” Traduction : il était en panique totale, mais Febvre a fini par faire l’erreur pour lui.

Derrière, Ruben Fernandez a enfin rappelé à tout le monde qu’il était encore vivant. Deux troisièmes places pour l’Espagnol qui, galvanisé par sa proximité géographique avec la piste, a redécouvert ce que ça faisait de monter sur un podium. Il ne savait plus quoi faire de ses mains, dit-il. On imagine qu’il s’est contenté de les essuyer comme tout le monde : sur ses bottes.
| Pos. | Pilote | Moto | Race 1 | Race 2 | Total |
| 1 | Coenen, Lucas | KTM | 25 | 25 | 50 |
| 2 | Febvre, Romain | KAW | 22 | 22 | 44 |
| 3 | Fernandez, Ruben | HON | 20 | 20 | 40 |
| 4 | Bonacorsi, Andrea | FAN | 15 | 16 | 31 |
| 5 | Jonass, Pauls | KAW | 18 | 13 | 31 |
| 6 | Coldenhoff, Glenn | FAN | 13 | 15 | 28 |
| 7 | Renaux, Maxime | YAM | 16 | 12 | 28 |
| 8 | Vlaanderen, Calvin | YAM | 9 | 18 | 27 |
| 9 | Herlings, Jeffrey | KTM | 11 | 14 | 25 |
| 10 | Guadagnini, Mattia | DUC | 12 | 11 | 23 |
Les autres ? Des glissades et des figures libres
Mention spéciale à Calvin Vlaanderen, ultra rapide en warm-up, puis aussi régulier qu’un lave-linge possédé. Une belle quatrième place dans la deuxième manche, mais un tas d’erreurs dans la première, qui le laissent septième du général. Maxime Renaux a préféré faire de la spéléologie dès le deuxième virage de la première course, avant de jouer les kamikazes pour remonter cinquième au buzzer. Dans la deuxième, il est retombé dans ses travers, au sens propre comme au figuré.
Herlings, lui, a été fidèle à lui-même : rapide, percutant, puis à terre, puis à nouveau rapide, puis encore au sol. Le Néerlandais a trouvé le moyen de finir neuvième alors qu’il avait un top 5 dans la main. À ce stade, on se demande si son guidon ne cache pas une touche “autodestruction”.
Et que dire de Brian Bogers ? Un départ canon, une épaule en vrac à mi-course, puis un come-back héroïco-inutile jusqu’à la 18e place. Il aura au moins prouvé qu’on pouvait terminer une manche sans pouvoir soulever le bras droit.
| Pos | Pilote | Moto | Total |
| 1 | Febvre, Romain | KAW | 330 |
| 2 | Gajser, Tim | HON | 305 |
| 3 | Coenen, Lucas | KTM | 287 |
| 4 | Coldenhoff, G. | FAN | 250 |
| 5 | Fernandez, R. | HON | 223 |
MX2 : Adamo donne la leçon, Coenen fait du théâtre, De Wolf glisse du trône

Passons maintenant à la farce napolitaine du MX2, où Andrea Adamo a décidé que le mode “enduro-chirurgical” était le seul compatible avec la survie dans ce cloaque. L’Italien s’est offert un week-end parfait : deux victoires, deux holeshots, et une remontée au général qui lui permet de revenir dans la discussion pour le titre.

Kay de Wolf, lui, a enfin montré qu’il était humain. Et surtout glissant. Après un premier acte correct, le Néerlandais a perdu ses repères et des points précieux dans la deuxième course, se faisant même doubler par un Laengenfelder en mode kamikaze sans lunettes. L’Allemand a terminé la première manche à l’aveugle, mais ça ne l’a pas empêché de s’infiltrer à la deuxième place pendant que De Wolf se roulait dans la boue comme un phoque en burn-out.

Quant à Sacha Coenen (l’autre, le jumeau de l’autre Coenen qui gagne tout en MXGP maintenant), il a fait son show : un holeshot, une cabriole spectaculaire, une moto plantée dans un talus, et un retour rageur pour aller chercher la deuxième manche devant tout le monde, avant de se faire moucher par Adamo. Résultat : victoire au général pour l’Italien, tandis que Coenen junior repart avec le prix du spectacle.
| Pos | Pilote | Moto | Race 1 | Race 2 | Total |
| 1 | Adamo, Andrea | KTM | 25 | 25 | 50 |
| 2 | de Wolf, Kay | HUS | 20 | 20 | 40 |
| 3 | Längenfelder, Simon | KTM | 22 | 18 | 40 |
| 4 | Valin, Mathis | KAW | 15 | 16 | 31 |
| 5 | Prugnieres, Quentin | KTM | 18 | 11 | 29 |
| 6 | Zanchi, Ferruccio | HON | 14 | 12 | 26 |
| 7 | Coenen, Sacha | KTM | 2 | 22 | 24 |
| 8 | Elzinga, Rick | YAM | 16 | 8 | 24 |
| 9 | Benistant, Thibault | YAM | 8 | 14 | 22 |
| 10 | Farres, Guillem | TRI | 9 | 13 | 22 |
Prugnières, roi des petits pas, et Valin, prince des glissades

Côté tricolore, Quentin Prugnières sort enfin du bois. Il signe sa meilleure performance en course dans la première et son meilleur résultat en GP au cumul des deux manches. Cinquième du général grâce à un 4-10 des familles, le pilote WZ-KTM a profité des multiples plantages pour tirer son épingle du bourbier. Malgré un départ calamiteux dans la deuxième course, il parvient à se placer au fil des tours. Thibault Benistant, lui, a préféré la stratégie inverse : crash dans le dernier tour de la première manche, et invisibilité totale dans la seconde.
Mention bien aussi pour Mathis Valin, qui tenait un top 5 solide avant de se vautrer à deux tours de la fin, probablement à cause d’un excès de confiance ou d’un excès de gadoue. À ce stade, c’est souvent la même chose.
| Pos | Pilote | Moto | Total |
| 1 | de Wolf, Kay | HUS | 328 |
| 2 | Längenfelder, S. | KTM | 324 |
| 3 | Adamo, Andrea | KTM | 318 |
| 4 | Everts, Liam | HUS | 269 |
| 5 | Benistant, T. | YAM | 225 |
Conclusion : le Portugal, théâtre aquatique de la relance générale
Ce Grand Prix d’Águeda aura été une bénédiction pour ceux qui savent rouler les fesses serrées. Lucas Coenen s’impose dans la boue avec la grâce d’un sanglier tout droit sorti de la forêt ardennaise. Romain Febvre prend le leadership du championnat sans avoir gagné une seule manche. Et Andrea Adamo, lui, envoie un message clair à De Wolf et Laengenfelder : “si vous continuez à faire du patinage artistique, je vais prendre ce titre en souriant”.
Rendez-vous à Lugo, en Espagne, le week end prochain pour voir si quelqu’un parviendra à nettoyer ses bottes à temps.