lundi, septembre 7, 2026

Danse et chant de pluie…

Il est des retours qu’on attend avec impatience. Celui de Guillaume Rousseau, alias Guigui, au volant de sa Citroën C2 S1600, en fait assurément partie. Mais que les naïfs s’attendaient à un come-back modeste, ils repassent. Car Guigui, lui, ne revient pas en chaussons. Non, monsieur revient en fanfare, et accessoirement avec un budget qui aurait pu financer deux saisons de WRC2, voire trois. Vous bavez, normal, c’est le but ! Bien évidemment Guigui fait partie de ces passionnés raclant les fonds de tiroir pour assouvir sa passion.

Au programme de budgets raisonnés ? Une remise en configuration optimale de sa “mini kit car”, entendez par là un passage à la diététique mécanique digne d’une cure thermale pour bolide surmené. La C2, que certains décrivent comme une boîte à chaussures sous stéroïdes, a été soignée, revue, bichonnée, probablement massée à l’huile et bercée au son d’un échappement ronronnant.

Mais Rousseau n’en est pas resté là. Et c’est là que le récit devient essentiel : il a changé ses essuie-glaces. Oui, vous avez bien lu. Des essuie-glaces tout neufs. Et on ne parle pas d’une banale paire vendue en grande surface pour Twingo fatiguée. Non, Guigui a investi dans l’artillerie lourde. Des lames dernier cri, capables de défier un cyclone en pleine spéciale, parait-il.

Vous trouvez cela dérisoire ? Détrompez-vous. Car à plus de 160km/h sur un bitume détrempé, ce n’est pas un luxe, c’est une question de survie. Et peut-être, qui sait, de victoire dans ses objectifs. Loin de nous l’idée de minimiser un tel geste héroïque, mais il faut bien admettre que ce souci du détail frise l’obsession. On attend avec impatience qu’il installe un pare-pluie sur ses rétro et une essoreuse à casque pour éviter les gouttelettes sur sa visière compte tenu de son engagement permanent au volant.

Mais le plus savoureux, c’est sans doute la raison cachée de cette attention portée à la météo : Guigui veut de la pluie. Il espère la pluie. Il implore la pluie. D’aucuns disent même qu’il l’invoque.

Dernier week-end de liberté avant la galère des reconnaissances – ces longues heures de lecture de notes, de pauses café trop longues et de copilotes qui font semblant d’avoir tout compris – et notre pilote serait, selon des sources bien informées (et un peu alcoolisées), actuellement dans un karaoké, à pousser la chansonnette pour amadouer les cieux.

Imaginez la scène : Rousseau, micro à la main, voix tremblante mais sincère, entonnant “Purple Rain” de Prince ou “Singing in the Rain” façon Gene Kelly. Les nuages, émus, hésitent, s’amoncellent, puis se laissent convaincre par tant de ferveur. D’autres prétendent l’avoir vu exécuter une danse de la pluie improvisée au milieu d’un parking désert, probablement au clair de lune, chaussé de ses bottines de course.

Car ne vous y trompez pas : la pluie n’est pas un handicap pour Guigui. C’est son arme secrète. Là où d’autres glissent, il flotte. Là où les trajectoires se brouillent, il improvise. Et surtout, cela lui permettrait de rentabiliser ses essuie-glaces flambant neufs. Une stratégie audacieuse, certes, mais après tout, on ne revient pas à la compétition pour faire de la figuration.

Ce Tour Auto 2025 s’annonce donc humide – si Guigui a son mot à dire – et glissant, tant sur la route que sur le plan de la logique. Mais après tout, le rallye, c’est aussi un théâtre, et chaque pilote y tient son rôle. Guillaume Rousseau, lui, joue celui du stratège superstitieux, mi-mécanicien, mi-chaman.

Chante, Guigui, chante. Danse jusqu’à faire tomber les gouttes. Et que les cieux t’écoutent – mais pas trop, quand même, pour le bien de tous.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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