Deux casques vont bientôt trouver une place définitive sur une étagère. Et pas exactement ceux de figurants. Eli Tomac avait déjà annoncé que 2026 serait sa dernière saison. Dylan Ferrandis vient à son tour de confirmer que la finale du SuperMotocross, disputée ce week-end à Ridgedale, sera sa dernière course professionnelle. Deux départs qui, placés côte à côte, commencent à sérieusement modifier la photo de famille du 450 américain. Parce qu’entre les deux, ce ne sont pas quelques lignes de palmarès qui disparaissent.
Tomac, beaucoup de chiffres et quelques trophées

Chez Eli Tomac, il faut presque sortir la calculatrice. Champion 250SX West en 2012, champion 250 Pro Motocross en 2013, il empile ensuite les titres dans la catégorie reine : trois championnats Pro Motocross consécutifs entre 2017 et 2019, le Supercross 450 en 2020, puis le doublé Supercross-Pro Motocross en 2022. Huit titres AMA au total, dont six en 450.
Et comme l’Américain n’était pas spécialement venu pour collectionner les places d’honneur, il quitte également la scène avec 57 victoires en 450SX et 32 succès au général en 450 Pro Motocross. Autrement dit, 89 victoires dans les deux grands championnats américains de la catégorie reine. À ce niveau-là, lorsqu’un pilote raccroche les gants, la combinaison et le casque, il ne libère pas simplement une place derrière une grille. Il retire quelques meubles du salon. Et le déménagement n’était d’ailleurs pas totalement prévu. Tomac envisageait encore une saison 2027, limitée au Supercross. Mais sa lourde chute de Pala au début du Pro Motocross a changé la donne. L’Américain reconnaît lui-même ne pas avoir tout à fait retrouvé le même pilote après cet accident. À 33 ans, après avoir encore remporté quatre Main Events en Supercross cette saison et joué le championnat, il a finalement estimé que le moment était venu.
Ferrandis, la trajectoire éclair
Dylan Ferrandis laissera une empreinte différente, mais pas franchement anecdotique. Le Français aura remporté deux titres consécutifs en 250SX West en 2019 et 2020, avant d’ajouter le championnat 250 Pro Motocross en 2020. Puis arrive 2021. Première saison complète en 450 Pro Motocross, six victoires au général et le titre. Merci, bonsoir.

Ferrandis devenait ainsi champion de la catégorie reine Outdoor dès sa saison rookie. Il terminera encore vice-champion en 2023. Son compteur américain s’arrêtera donc à quatre titres AMA, auxquels s’ajoutent notamment six victoires en 250SX et quinze succès au général en Pro Motocross, neuf en 250 et six en 450. Sa dernière course sera la finale SMX de Ridgedale, le 26 septembre. Ducati perd donc l’un des deux pilotes ayant accompagné la première saison américaine de la Desmo450 MX, et le championnat perd un deuxième champion 450 au moment même où Tomac prend lui aussi la direction de la sortie.
À eux deux, Tomac et Ferrandis emportent douze titres AMA. Ça commence à faire du bagage cabine.
Pendant ce temps, Deegan n’a pas demandé la permission

Évidemment, les championnats américains ne vont pas s’arrêter pour organiser une minute de silence. Pendant que les anciens préparent la sortie, Haiden Deegan a déjà commencé à pousser la porte du 450 avec une certaine délicatesse. Celle d’un motocross qui entre dans un virage mais façon block-pass. Son passage en catégorie reine intervient après une période particulièrement rentable en 250. Champion Pro Motocross en 2024 puis à nouveau en 2025, champion 250SX West en 2025, sans oublier ses titres SMX 250, Deegan avait déjà soigneusement rempli le CV avant de changer de cylindrée. Et l’apprentissage du 450 n’a pas vraiment ressemblé à une année sabbatique.
Dès sa première campagne Pro Motocross dans la catégorie, Deegan a multiplié les podiums : troisième à Hangtown, High Point, Southwick, Washougal, Unadilla et Budds Creek, deuxième à Spring Creek. À Washougal, il signait même le meilleur temps des qualifications devant Jett et Hunter Lawrence. Bref, le gamin n’attend visiblement pas qu’on lui transmette officiellement les clés.
Et Jett dans tout ça ?

Voilà justement l’autre élément qui rend la lecture de 2026 particulière. Jett Lawrence constituait la référence des dernières saisons américaines. Mais une blessure à la cheville droite contractée à l’entraînement en décembre 2025 l’a privé de l’intégralité du championnat Supercross 2026. Il a bien disputé ensuite l’ensemble du Pro Motocross, remportant quatre épreuves et terminant vice-champion derrière son frère aîné Hunter, mais toujours avec cette cheville en toile de fond. Après avoir aggravé la blessure à Ironman, Honda annonçait début septembre une nouvelle intervention chirurgicale et son forfait pour l’ensemble des trois épreuves du SMX.
La nuance est importante : Jett Lawrence n’a pas disparu sportivement en 2026. Même diminué, il a continué à gagner. Mais pour la première fois depuis son installation au sommet du 450 américain, il n’aura pas pu traverser l’ensemble de la saison SX-MX-SMX. La référence demeure. Sa continuité, elle, a été interrompue.
Et maintenant Lucas Coenen
Comme si le jeu manquait encore de pièces mobiles, Lucas Coenen débarque en AMA 450 en 2027. Là encore, inutile de regarder ce mouvement uniquement par le petit bout du transfert international. Pour le championnat américain, l’information essentielle est ailleurs : un nouveau pilote de premier plan entre directement sur le marché du 450. Même si le Belge doit maintenant s’acclimater à un rythme et à des épreuves très différents du MXGP, le garçon a déjà impressionné son petit monde lors de son dernier voyage outre-Atlantique.

Au même moment, Malcolm Stewart (Prince of Paris 2025) doit changer de maison pour rejoindre Monster Energy Kawasaki en 2027. Et particularité importante, son programme doit couvrir cette fois Supercross et Pro Motocross, alors qu’un arrêt de l’Outdoor avait auparavant été envisagé. Un entrant, un transfert majeur, deux retraités. Et nous ne sommes qu’en septembre.
Changement de génération ?
C’est finalement la question que commence à poser cette drôle d’intersaison avant même qu’elle ait officiellement commencé. Tomac s’en va. Ferrandis aussi. Deegan vient d’effectuer une arrivée particulièrement remarquée en 450. Lucas Coenen va rejoindre le plateau américain. Stewart change de structure. Jett Lawrence reste évidemment l’une des références absolues de la catégorie, mais sort d’une saison perturbée par une blessure suffisamment sérieuse pour lui avoir coûté tout le Supercross puis les playoffs SMX.
Alors, simple mercato particulièrement agité ou véritable évolution générationnelle du 450 américain ?
Il serait un peu présomptueux de distribuer déjà les certificats de succession. D’autant que la saison 2026 n’est même pas terminée. Ce samedi 26 septembre, le Thunder Ridge Nature Arena de Ridgedale accueillera la finale du SuperMotocross. Après 17 manches de Supercross, 11 rendez-vous de Pro Motocross et les deux premières épreuves des playoffs, ce sera la dernière confrontation américaine de l’année.
La dernière course de Ferrandis. La dernière de Tomac également avant sa retraite. Mais certainement pas le dernier mouvement avant 2027. Des guidons restent à attribuer, des compositions d’équipes doivent encore se préciser et le mercato américain n’a aucune raison de gentiment poser les mains sur la table jusqu’au réveillon. D’ici au 1er janvier, la photographie peut encore changer plusieurs fois. Pour l’instant, gardons donc le point d’interrogation.
Départs de poids, évolution générationnelle ? On reposera la question quand les chaises auront fini de bouger.
