lundi, septembre 7, 2026

Dernier tour pour Imola, victoire de Verstappen…

Imola, temple vénérable de la Formule 1, a peut-être vécu ce week-end son dernier Grand Prix avant un exil plus ou moins définitif dans l’oubli des circuits trop historiques pour les goûts modernes de Liberty Media. Vous savez, ces types qui préfèrent Las Vegas à Monza, et qui pensent qu’un virage serré vaut mieux qu’un virage mythique tant qu’il est sponsorisé par une crypto-monnaie. Mais rassurez-vous : avant d’être sacrifiée sur l’autel du divertissement aseptisé, la vieille dame d’Imola a eu droit à une dernière danse. Et elle fut à l’image de son époque : Verstappen devant, McLaren derrière, Ferrari nulle part, et tout le monde en train de compter les arrêts au stand comme des enfants comptant des cartes Pokémon premium. Bref premier arrêt pour un triple header d’anthologie avant Monaco et Barcelone. Les évolutions et modifications des teams arrivent à point nommé.

Dès le départ, le ton était donné. Oscar Piastri, tout auréolé de sa pole position acquise de manière chirurgicale en qualifications, partait du côté sale de la piste. Un petit cadeau de la FIA et des architectes italiens, qui ont jugé bon d’aligner la pole sur la mauvaise trajectoire. Résultat ? Max Verstappen, en P2 mais surtout sur le côté propre, lui grille la politesse à Tamburello. Ironique quand on sait que cette chicane lente, introduite après la mort d’Ayrton Senna en 1994, est censée empêcher les dépassements. Sauf que Max n’est pas du genre à respecter les conventions, surtout quand il peut humilier un rival dès les 500 premiers mètres.

À partir de là, le Grand Prix s’est transformé en masterclass typique du Néerlandais. Un départ parfait, une gestion de course clinique, et une victoire qui semblait écrite d’avance. Son seul véritable adversaire ? Les stratégies douteuses des autres. Car pendant que Red Bull déroulait son plan sans fausse note, McLaren jouait au Rubik’s Cube avec ses deux pilotes : Piastri qui s’arrête tôt, Norris qui allonge son relais comme s’il roulait en hypermiling, puis une valse des arrêts déclenchée par un Esteban Ocon décidément toujours aussi poissard – cette fois-ci victime d’une défaillance sur sa Haas.

Ah, oui, au cas où vous auriez raté un épisode : Alpine, c’est fini. La structure tricolore n’existe plus que pour servir de rampe de lancement à des rookies malchanceux (Colapinto, Bearman) et comme destination finale pour des ambitions mortes (Gasly, qu’on pensait talentueux, mais qui s’enfonce dans les bas-fonds du classement). Ocon, lui, n’a même pas vu le drapeau à damiers. Une sortie dans l’herbe, un moteur fumant, et un clap de fin aussi discret que sa saison.

Le seul moment de suspense réel aura été apporté par le sort malicieux qui a offert une voiture de sécurité au moment parfait pour… Verstappen. Alors qu’Antonelli, le chouchou local, garait sa Mercedes sur le bas-côté pour cause de panne, Max en profitait pour effectuer un second arrêt gratuit. Pendant ce temps, chez McLaren, on hésitait : fallait-il laisser Norris doubler Piastri ? Fallait-il forcer l’australien à bloquer Lewis Hamilton, revenu comme une ombre affamée ? Fallait-il, tout simplement, avoir un plan ?

Réponse : non. Norris est passé proprement, pendant que Piastri, fidèle à lui-même, résistait vaillamment mais sans réelle efficacité. Le trio de tête était scellé : Verstappen, Norris, Piastri. Trois pilotes au talent indéniable, mais séparés par la logique implacable d’une Red Bull toujours aussi efficace, même dans un week-end “compliqué”.

Derrière, les miettes. Alex Albon, dans un Williams visiblement dopé par des sacrifices humains au dieu de l’aéro, signe une P5 improbable, devant un Charles Leclerc qui semblait aussi inspiré qu’un écrivain en burn-out. Le Monégasque a passé sa course à regarder ses rétros, à râler à la radio, et à prier que ses pneus tiennent le coup. Ferrari, chez elle, a été inexistante. L’an dernier, ils avaient promis un plan sur deux ans. Cette année, on découvre qu’ils parlaient de deux ans pour comprendre où est passé leur rythme.

Russell, dans une Mercedes qui n’a de flèche que le nom, a fait ce qu’il pouvait. Quant à Antonelli, l’enfant prodige, il finit dans les graviers. Pas sûr que Toto Wolff imprime le T-shirt “Future World Champion” tout de suite.

Parmi les performances notables – ou disons, suffisamment intéressantes pour mériter une ligne – on note Isack Hadjar en P9 : le rookie français continue d’étonner dans une Racing Bulls meilleure que son nom. Tsunoda grappille un point en P10, pendant que Stroll, Gasly, Hulkenberg et autres âmes en peine tentent de faire oublier qu’ils roulent encore. Mention spéciale à Alonso, qui a déclaré à la radio être “le pilote le plus malchanceux du monde”. Fernando, on ne peut pas te donner tort, mais à un moment, il va falloir accepter que le karma ne te rendra pas 2012.

PosPiloteTeamChronos
1Max VerstappenRed Bull1:31:33.199
2Lando NorrisMcLaren+6.109s
3Oscar PiastriMcLaren+12.956s
4Lewis HamiltonFerrari+14.356s
5Alexander AlbonWilliams+17.945s
6Charles LeclercFerrari+20.774s
7George RussellMercedes+22.034s
8Carlos SainzWilliams+22.898s
9Isack HadjarRacing Bulls+23.586s
10Yuki TsunodaRed Bull+26.446s

En résumé, ce Grand Prix d’Émilie-Romagne fut un chant du cygne pour Imola. Un circuit à l’ancienne, où les vibreurs ne ressemblent pas à des Lego géants, où les murs sont proches et les dépassements rares mais héroïques. Il va probablement disparaître du calendrier, victime d’un monde où les Grand Prix doivent ressembler à des superproductions Netflix tournées de nuit sous les néons. Mais au moins, Imola aura eu une dernière course à son image : intense, stratégique, technique – et dominée par le même ogre que d’habitude.

PosPiloteTeamPoints
1Oscar PiastriMcLaren146
2Lando NorrisMcLaren133
3Max VerstappenRed Bull124
4George RussellMercedes99
5Charles LeclercFerrari61
6Lewis HamiltonFerrari53
7Kimi AntonelliMercedes48
8Alexander AlbonWilliams40
9Esteban OconHaas14
10Lance StrollAston Martin14

Max Verstappen, 1 – Reste du monde, 0. À la semaine prochaine à Monaco, autre monument de la F1…pour d’autres raisons !

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

Articles similaires

- Publicité -spot_img

Derniers articles

fr_FRFrançais