Il y a des traditions auxquelles on ne déroge pas. À Indianapolis, avant de lancer les bolides à plus de 350 km/h sur l’ovale légendaire des 500 miles, on s’offre une petite promenade digestive dans l’Infield : 85 tours de circuit routier sur ce que les puristes appellent un road course, histoire de faire chauffer les pneus, les esprits, et accessoirement calmer ceux qui rêvaient d’un mois de mai tranquille.
Mais voilà, ce n’est pas parce qu’on est dans le jardin qu’on ne peut pas se faire piétiner. Demandez à Graham Rahal, qui a passé la journée à sourire comme s’il venait de retrouver les clés de la performance après plusieurs saisons passées à les chercher dans les caniveaux du classement. L’homme à la banquière (sponsorisé par Fifth Third Bank) s’élancera en première ligne… juste derrière l’inévitable Alex Palou.
Parce que oui, spoiler alert, Alex Palou continue de rouler sur l’IndyCar comme un rouleau compresseur sous amphétamines. L’Espagnol a claqué sa deuxième pole d’affilée avec la régularité d’un métronome suisse, et le sourire d’un type qui sait que personne ne pourra l’empêcher de transformer cette répétition générale en nouvelle démonstration.
Palou, c’est un peu le mec qui a trouvé un bug dans la matrice : trois victoires sur quatre courses, une voiture inatteignable même avec des pneus usés, et une gestion tactique des gommes qui ferait rougir Toto Wolff lui-même. Vendredi, il a gardé une paire de Firestone tendres comme une grand-mère espagnole et a attendu le dernier moment pour sortir un chrono de mutant : 1:09.3417. Résultat ? Une demi-seconde d’avance sur les autres, ce qui, à ce niveau-là, équivaut à poser ses valises une génération avant les autres.
Et les autres ? Ils regardent passer le Palou Express avec des yeux de cocker. Graham Rahal donc, superbe deuxième, mais à quatre dixièmes dans la vue, ce qui en IndyCar revient à être dépassé par un tramway. Son coéquipier rookie Louis Foster complète le podium qualificatif – un exploit que même Rahal n’avait pas vu venir sans l’aide d’une boule de cristal et d’un marabout efficace. Quant à Devlin DeFrancesco, cinquième, il confirme que chez RLL, on a décidé de sortir les crocs après des mois à jouer les paillassons de luxe.

Mais ne vous emballez pas trop vite : une équipe qui brille en qualifs à Indy n’est pas à l’abri d’un effondrement stratégique au 28e tour ou d’une neutralisation sortie de nulle part. Et comme on parle de l’Indy GP – ce circuit hybride où les drapeaux jaunes tombent aussi souvent que les coupures de courant en hiver – tout reste à jouer.

Du côté des autres pointures, Penske a tenté d’envoyer trois voitures en Firestone Fast Six. Tenté, mais échoué, car Will Power, quintuple vainqueur du tracé routier, a dû se contenter d’une piteuse 7e place. À 26 millièmes du top 6, l’Australien s’est probablement retenu de balancer un extincteur sur son ingénieur – progrès notable pour un homme à la patience d’un alligator affamé.
Josef Newgarden, lui, a sauvé les meubles pour l’équipe du Captain en accrochant le dernier strapontin de la session, pendant que Scott McLaughlin s’intercale en quatrième place avec un certain panache. Mais il faut le dire : aucun ne semble en mesure de titiller Palou, sauf si ce dernier décide de prendre le départ en marche arrière juste pour voir.

Chez les jeunes, Kyffin Simpson continue son apprentissage avec sérieux : dixième chrono, comme à Barber, ce qui signifie que Chip Ganassi ne l’a pas recruté que pour remplir la fiche de diversité. Le garçon apprend, progresse, et finira peut-être par faire suer Palou d’ici 2027. Peut-être.
Enfin, parlons des absents : Kirkwood, où es-tu ? Le vainqueur de Long Beach a signé un vilain 21e temps, enterré quelque part entre les touristes et les spectateurs trop près des toilettes. Avec une voiture d’usine Andretti censée jouer les podiums, c’est une performance qui donne autant envie qu’une tartiflette sous 40 degrés. Il faudra un miracle stratégique, une averse ciblée, ou l’intervention de Saint Mario lui-même pour remonter dans les points.
Alors voilà, le décor est planté. Le Sonsio Grand Prix ne paie pas de mine, coincé entre le granola du circuit routier et le foie gras de l’Indy 500. Mais c’est la dernière chance pour les écuries de faire le point avant de plonger dans le grand bain de la Month of May. Les favoris affûtent leurs armes, les outsiders rêvent d’un coup d’éclat, et Alex Palou, imperturbable, file droit vers une nouvelle victoire comme s’il jouait en mode “facile” sur un simulateur mal réglé.
Samedi, 85 tours. Un faux sprint, un vrai révélateur. Une occasion unique pour les challengers de prouver qu’ils ne sont pas là pour faire du tourisme… et pour Palou de confirmer qu’il a transformé le championnat en promenade de santé.
Qui sait, peut-être qu’au détour d’un virage ou d’un arrêt au stand raté, la hiérarchie vacillera. Mais d’ici là, un conseil : regardez bien la n°10 jaune et noire. C’est elle qui donne le tempo – et les autres, pour l’instant, n’ont qu’à danser.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Samedi 10 Mai | |||||
| Warm up | 30′ | 11h30 | 19h30 | 17h30 | 22h30 |
| Course | 85 tours | 16h30 | 00h30 | 22h30 | 03h30 |