La scène se déroule à Sainte-Suzanne, ce coin de l’île où l’on préfère de loin le chant d’un moteur bien réglé au silence des champs de canne (en tous cas selon les pouakés). Ce samedi, les abords de la commune résonneront des vocalises métalliques de bolides en tout genre, mais une mélodie en particulier retiendra l’attention des puristes : celle de la Peugeot 207 S2000 de Régis Laravine. Un chant du cygne à haut régime, puisqu’il s’agira très probablement de l’ultime sortie de cette lionne atmosphérique avant que son pilote ne passe à autre chose. Et pas n’importe quoi.
Avec ses 2 litres de cylindrée, son moteur hurlant et sa boîte séquentielle claquant chaque rapport comme un coup de tonnerre, la 207 S2000 représente tout ce que les amateurs de rallye aiment entendre et voir : une voiture à l’ancienne, sans artifice, exigeante et spectaculaire. Régis, fidèle à sa réputation, ne compte pas l’économiser pour ce dernier baroud d’honneur. Pas question de faire du tourisme. Six spéciales, 32 kilomètres de course et pas un mètre à gaspiller. On imagine déjà les pneus fumer au premier freinage, les grognements rageurs dans les portions serrées, et cette bande-son à nulle autre pareille s’échapper dans les mornes comme un chant de rébellion.

Ce vendredi soir, c’est à 21h10 précises que la Peugeot passera les vérifications techniques, brillante comme un sou neuf, prête à affronter une dernière fois le bitume réunionnais sous cette forme. Elle a été bichonnée pour l’occasion, préparée avec soin, comme une vétérane que l’on habille pour son ultime représentation. Demain, elle dansera à nouveau, portée par le talent de Régis et la navigation précise de sa copilote Cindy, un duo aussi complice que redoutable.
Mais au-delà de cette ultime cavalcade, l’avenir se dessine déjà sous un autre capot. Le chapitre 207 S2000 se ferme, mais le livre reste grand ouvert. Car Régis Laravine ne raccroche pas les gants. Non, il change de braquet – et de turbo. Dès le Tour Auto en juillet, il prendra le départ à bord de la Peugeot 208 T16 ex-Payet. Un sacré bond technologique et mécanique, qui marquera aussi un changement d’univers sonore : fini les envolées lyriques du bloc atmosphérique, place aux feulements rauques et puissants d’un moteur turbo couplé à la transmission intégrale.
Un saut vers le moderne, mais pas un saut dans l’inconnu. Car même si Régis n’a roulé que deux fois avec un moteur turbocompressé, il y a visiblement pris goût. La première fois c’était en 2020 au volant d’une DS3 R3T au Rallye de la Plaine des Palmistes puis au Rallye de Saint Joseph l’an passé en 208 R5 déjà mais un autre châssis. Preuve que l’homme sait s’adapter, quel que soit le nombre de turbines.

La 208 T16 n’est pas qu’une évolution logique ; c’est une montée en gamme sérieuse. Elle permettra à Régis de disposer d’une cavalerie plus costaud et d’une technologie plus récente pour jouer plus avant sur des épreuves majeures comme le Tour Auto, la Ronde de l’Est en septembre et les mythiques 1000 km en fin de saison. Une « lionne » plus jeune, plus performante, mais toujours Peugeot, comme pour mieux souligner la fidélité du pilote à la marque au lion. Et un sacré clin d’œil à l’histoire : de la 207 S2000, descendante directe de l’ère client des années 2000, à la 208 T16, héritière des ambitions de la marque en R5, c’est toute une époque du rallye moderne qui se raconte à travers le parcours de Laravine.
Bien sûr, les nostalgiques – et Régis le premier – auront une pointe au cœur en entendant une dernière fois le hurlement rageur du 2.0 litres atmosphérique entre les cannes. Cette sonorité unique, cette brutalité à l’accélération, ce côté « analogique » d’un pilotage à l’ancienne où l’on danse autant avec le volant qu’avec les rapports de boîte… tout cela appartient désormais à une époque révolue. Une époque que la 207 S2000 symbolise mieux que n’importe quelle autre.

Mais l’heure est venue d’écrire une nouvelle page. Régis et Cindy sont prêts. Plus affûtés que jamais, portés par une ambition intacte et une soif de chronos qui ne s’est jamais éteinte. Demain, à Sainte-Suzanne, ce sera l’heure des au revoir. Pas des adieux au rallye, loin de là, mais un au-revoir aux envolées mécaniques d’un moteur atmosphérique qui a tant donné. Après quoi, cap sur la 208 T16, le turbo, les quatre roues motrices, et un nouveau terrain de jeu à dompter.
Alors, pour ceux qui seront au bord des routes ce samedi, ouvrez grand les oreilles : quand passera la 207 numéro 19 sur les portières de Laravine, ce sera plus qu’un passage à haute vitesse. Ce sera un adieu en fanfare. Une dernière salve. Un rugissement de lion avant le silence… et le prochain coup de tonnerre.