Il aura fallu deux annulations, un cyclone nommé Garance et une bonne dose de patience pour enfin voir le championnat 2025 de motocross réunionnais sortir de sa torpeur météorologique. Et c’est finalement à la Ravine à Malheur que les crampons ont pu griffer la terre. Le club MC Tracer d’Olivier Lassaux, secondé par l’infatigable clan Baillif (B2R), a sorti la grosse artillerie pour offrir un terrain digne de ce nom à une horde de 83 pilotes frustrés comme des pilotes de F1 derrière une voiture de sécurité.
Pascal Dorseuil, 50 piges au compteur et toujours aussi frais

Et qui ressort de cette première manche avec les honneurs ? Pascal Dorseuil, bien sûr. L’homme au dossard #975, doyen inoxydable de la scène MX locale (et vétéran dans l’hexagone), a écrasé la concurrence avec le sourire de celui qui sait que, même à trois jours de la cinquantaine, il peut encore coller une rouste à des jeunes de moitié son âge.
Dès la première manche, Guillaume Baillif, pourtant en convalescence post-blessure et sans vrai roulage dans les jambes, tente un baroud d’honneur sur ses terres. Il mènera la danse un temps avant de succomber à la régularité et la caisse XXL de Dors’, qui, à défaut de la jeunesse, a l’expérience, les jambes et… la rage de vaincre. Derrière, Alexis Hoareau (#115) commence à poser ses marques, tandis que le longiligne et toujours spectaculaire Timothée “Timo” Hoarau (#10) complète le podium.
Deuxième manche : Dors’ récidive, Timo claque un bon coup

Dans la deuxième manche, le vétéran remet ça. Nouvelle victoire. Implacable. Sans discussion. Cette fois, Timo prend sa revanche sur Alexis, inversant les rôles pour la P2. À ce stade, les spectateurs commencent à comprendre que la vraie guerre du championnat, si tant est qu’il y en ait une, se jouera entre un quinquagénaire en fusion et deux énervés qui cherchent encore le mode d’emploi pour le déloger. A vrai dire, ces deux là disposent bien de ce mode d’emploi et ont un palmarès pour le prouver, reste à le mettre en application…
Troisième manche : Timo y croit… mais Pascal veille

C’est dans l’ultime manche que le suspense, ou du moins un simulacre de suspense, reprend un peu ses droits. Timo sort un hole shot comme on en rêve : propre, net, efficace. Il tient bon, en tête, pendant plus de la moitié de la course, avec un Dorseuil en embuscade, façon boa constrictor prêt à resserrer l’étreinte. Et ça ne manque pas : Dors’ place son attaque au bon moment, double, et s’envole vers un triplé qui sent bon la domination sans partage. Mais Alexis Hoareau ne l’entend pas de cette oreille. Lui aussi efface Timo et se lance dans une poursuite digne d’un final de western. Les chronos s’enflamment : 1’56’’812 pour Alexis, qui revient mètre après mètre sur Pascal. Mais ce dernier, habitué aux finales haletantes, sort un tour en 56 également à la toute dernière boucle. Verdict : 1’56,963, rideau, merci, au revoir. Les deux seuls à passer sous la barre des 57 secondes. Le reste du plateau, lui, cherche encore où est passé le train certains sont encore sur le quai… Ces chronos réellement inattendus en fin de journée sont la marque d’un niveau très solide alors que nous ne sommes qu’au début de la saison: du time attack dans le money time, énorme !
La meute en embuscade… ou en rodage ?

Derrière ce duo de choc, le peloton fait de son mieux. Timo, spectaculaire mais à court de souffle dans la dernière manche, doit se contenter de la P3. Dylan Techer signe son retour avec un joli rythme et un style qui fait plaisir à revoir sur les terrains, même s’il faudra encore quelques courses pour le revoir au niveau des top guns. Mais clairement, il n’a pas perdu son coup de gaz. Attention toutefois, Dylan enchaine monobike et MX et le tamponnais n’a plus 20 ans, le physique jouera à un moment ou un autre…
Guillaume Baillif, lui, joue les revenants brillants. Il montre que le talent n’a pas disparu, mais que les douleurs post-blessure et le manque de roulage ne pardonnent pas dans un championnat où ça ne rigole pas en tête. Encore en convalescence, le physique l’aura même empêché de rouler la dernière course du jour. Le MX local n’est pas qu’un sprint mais également une course d’endurance. Et endurant, il faut l’être…
Un terrain au poil, des bénévoles partout, et une orga carrée
Côté organisation, il faut saluer l’excellent boulot du MC Tracer et des B2R. Terrain parfaitement préparé, interventions entre les manches, commissaires réactifs et ambiance au rendez-vous : bref, un kick-off comme on les aime, après deux reports de frustration. Même la météo, qui s’était amusée à jouer les troubles-fêtes jusqu’ici, s’est mise au diapason pour ce lancement (enfin) réussi.
Les autres catégories…
Certains se sont illustrés avec une main mise totale lors de chacune des courses, ainsi Guillaume Albany en pit bike enlève la mise en soignant ses stats en s’imposant par deux fois, en 85 espoirs, c’est Noam Amano qui plie deux fois la victoire, en 85cc mini vert Yann Coupama enlève chacune des manches, en 125cc c’est un sans faute pour Mathis Rivière alors qu’en MX2 Juan Gerville est clairement le patron avec deux victoires de manches.
Classement général provisoire : Dors’ aux commandes, les autres à l’aspiration

Au championnat, Pascal Dorseuil trône évidemment en tête avec 75 points sur 75 possibles. Alexis Hoareau, constant mais encore un peu tendre pour aller chercher le patron sur l’ensemble d’une journée, pointe à 64 unités (mal payé quand on voit l’explosion d’Alexis dans la course 3). Timo Hoarau suit de très près avec 62 points. Autant dire que Dor’s s’alignera la prochaine fois à domicile avec la cinquantaine passée sur un terrain ressemblant davantage à un terrain de supermotocross que d’un tracé typique MX, la baston s’annonce sévère. Attention Pascal, même chez toi, Alexis est une réelle menace et il ne se privera pas de chercher à te taxer…
Prochaine manche : 10 mai à Saint-Louis – chez Dorseuil, encore lui
Et comme si ça ne suffisait pas, la deuxième manche aura donc lieu sur les terres du MX421, le club de… Pascal Dorseuil. Autant dire qu’il jouera à domicile, dans son jardin, sur un circuit qu’il connaît comme sa boîte à outils. C’est d’ailleurs lui qui le trace et le met en place. Les autres n’ont plus qu’à prier pour une météo capricieuse, une panne d’oreiller ou un rôle trop chronophage d’organisateur pour espérer lui gratter des points. À suivre le 10 mai… avec des jumelles pour tenter d’apercevoir Pascal, déjà locataire de la plaque rouge…