Bienvenue en Chine, pays des contrastes, des monoplaces au bruit d’aspirateur et des stratégies de régulateur EDF. Le paddock de la Formula E, toujours plus intrépide, avait rendez-vous à Shanghai pour deux courses à haute tension (électrique, bien entendu). Résultat ? Une boucherie stratégique sous stéroïdes le samedi, suivie d’un aquaplaning généralisé le dimanche. Un week-end aussi déroutant que le règlement technique de la discipline.
Course 1 : Samedi, PENSKE en mode surtension
La première salve, disputée sur le sec, a vu Maximilian Guenther et Jean-Eric Vergne offrir à DS PENSKE un doublé aussi inattendu que mérité, si tant est que l’on puisse encore parler de mérite dans une course où l’économie d’énergie prime sur l’instinct. Guenther, auteur de la pole, a géré sa batterie comme un banquier suisse gère ses comptes offshore : sans émotions, avec un brin d’arrogance.

L’Allemand a temporisé, stocké son Attack Mode, son Pit Boost, ses jetons de Monopoly, pour mieux assommer la concurrence à deux tours de la fin. Derrière lui, JEV, probablement nostalgique de ses années de gloire, a sorti une manœuvre millimétrée dans le dernier tour pour dépasser deux voitures en mode ninja urbain. Résultat : une P2 spectaculaire et le genre de podium qu’on affiche au mur du bureau chez DS.
Du côté des frustrés du jour, Taylor Barnard, le jeune de chez McLaren, a un instant cru à l’exploit avant de se faire remonter, doubler, tasser, presser comme un citron dans les dernières boucles. Dan Ticktum, qui partait 21e, a signé une remontée dantesque jusqu’à la P4, preuve que quand il n’envoie pas quelqu’un dans les bacs, il sait conduire.
Rowland, le leader du championnat, a quant à lui fait illusion avant de se faire enfumer dans le money time par un trio mieux rechargé. Cinquième à l’arrivée, il repartait tout de même de cette farce stratégique en conservant la tête du championnat. Comme quoi, en Formula E, il suffit parfois d’arriver au bout avec un peu de jus dans la pile pour scorer.
Course 2 : Dimanche, Cassidy joue les essuie-glaces
Dimanche, le ciel a décidé de tester l’étanchéité des batteries. Qualifs interrompues par un drapeau rouge pour cause d’intempéries, piste détrempée, visibilité zéro : un cocktail parfait pour révéler les vrais pilotes… et exposer les autres. Dans ce chaos liquide, Nick Cassidy, seul homme à ne pas glisser comme un savon de Marseille, a transformé sa pole signée le matin même déjà sous la pluie en victoire de bout en bout. Une démonstration. Une fessée. Un cours d’aquaplaning en accéléré.
Pas de stratégie savante ici, juste un homme qui roule pendant que les autres patinent. Le Néo-Zélandais, qui avait jusque-là fait une saison en pointillés, a transformé la course en exorcisme personnel. Premier tour en tête, dernier tour en tête, et tout le reste aussi. Simple, propre, clinique.

Derrière, Porsche a profité du naufrage de Nissan pour signer un doublé de prestige. Wehrlein, champion en titre et roi de l’opportunisme, a dompté son propre coéquipier Da Costa après avoir glissé au départ. Une P2 inespérée qui rebat les cartes au championnat équipes, Porsche repassant devant Nissan, probablement plus doués pour couler que pour nager ce dimanche.
Jean-Eric Vergne, encore lui, a fini cinquième. Une course solide, moins flamboyante que la veille, mais assez intelligente pour éviter les flaques et les crashs. Nico Mueller, Jake Hughes et Stoffel Vandoorne complètent le top 7, ce dernier s’offrant même une pirouette à deux tours de l’arrivée – histoire de rappeler qu’il reste champion du monde de patinage artistique sur béton mouillé.
Les autres ? Noyés. Littéralement.
Du côté des victimes du jour, mention spéciale à Jake Dennis, champion 2023, qui s’est laissé piéger par les flaques comme un vacancier anglais découvrant la marée. Nyck de Vries, de retour de nulle part, a disparu du classement aussi vite qu’il était revenu sur les grilles. Seule consolation pour les organisateurs : 21 voitures sur 22 ont vu l’arrivée, malgré les conditions. Miracle, sorcellerie ou bienveillance divine ? Allez savoir.
Bilan : entre génie et naufrage
| Pos | Pilote | Total |
| 1 | Oliver Rowland | 171 |
| 2 | Pascal Wehrlein | 103 |
| 3 | António Félix Da Costa | 88 |
| 4 | Taylor Barnard | 86 |
| 5 | Jean-Éric Vergne | 74 |
Ce double-header à Shanghai résume parfaitement l’absurdité poétique de la Formula E. Le samedi, des courses-puzzle où la meilleure stratégie consiste à ralentir plus que les autres avant d’attaquer dans les cinq derniers kilomètres. Le dimanche, une démonstration de pilotage sur savon noir qui rappelle que malgré tout, la FE reste une série de pilotes.
Du côté du classement, Rowland reste leader avec 68 points d’avance sur Wehrlein, mais Nissan a perdu la tête des équipes au profit de Porsche. DS Penske, grâce à son week-end chinois presque parfait, remonte dans les radars. Et Cassidy ? Enfin réveillé après une première moitié de saison au radar, il rappelle à tous qu’il est dangereux dès que la météo se dégrade.
| Pos | Team | Total |
| 1 | PORSCHE | 191 |
| 2 | NISSAN | 190 |
| 3 | DS PENSKE | 145 |
| 4 | McLAREN | 113 |
| 5 | MAHINDRA | 103 |
Prochaine étape ?
La caravane électrique s’apprête à faire escale ailleurs, à Jakarta pour une course unique le 21 Juin. En attendant, on vous laisse méditer cette maxime made in Formula E : “Si tu veux gagner, commence par économiser.” Pas sexy, mais diablement efficace.
Et si en prime tu sais glisser sur l’eau comme Nick Cassidy, c’est encore mieux.