Il aura fallu patienter, s’adapter et attendre que le cyclone Garance aille semer la zizanie ailleurs pour que les barjots de la terre battue puissent enfin lancer leur championnat traditionnelle première série de sports mécaniques à ouvrir une saison. Le motocross à la Réunion, c’est un peu comme un volcan en 2025 : ça gronde longtemps avant de cracher sa lave. Et désormais, c’est fait : deux manches disputées, et une saison qui s’annonce potentiellement aussi serrée qu’un slim après les fêtes.

Car si l’ouverture avait été décalée, repoussée, recalée pour cause de météo façon fin du monde, les pilotes réunionnais se retrouvent maintenant à l’aube d’un mois de juin sous stéroïdes. Trois courses en quatre semaines : Bras Panon ce week-end, le Tampon dans deux semaines, et rebelote Bras Panon début juillet. Autant dire que ceux qui ont encore une vis dans l’épaule feraient bien de vérifier si elle ne s’est pas dévissée à l’idée de ce marathon terreux.
Dans ce contexte, la moindre faute se paiera cash. Une petite glissade dans une ornière mal placée ? Un ligament qui crie à l’aide ? Un week-end de perdu, et c’est tout le championnat qui s’envole. Avec neuf manches au calendrier, il faudra être rapide, mais surtout, il faudra être là tout le temps. Ce championnat 2025, c’est autant une question de vitesse que d’endurance mentale… et osseuse. L’ensemble des catégories s’est parfaitement élancée et les baston sont épiques dans chacune des catégories, du rookie au plus expérimenté.

Dans la catégorie reine MX1, un seul homme semble ignorer les lois de la gravité, de l’usure, et même du temps qui passe : Pascal Dorseuil, alias “la machine”. À 50 piges passées, l’homme n’a pas seulement gagné les deux premières courses de la saison : il les a pliées, rangées et verrouillées dans le coffre-fort. Rien ni personne n’a encore pu faire vaciller l’éternel gamin, pas même la jeunesse affamée, ni les circuits changeants.

À Ravine à Malheur, pour l’ouverture, Dorseuil a mis tout le monde d’accord. Et à domicile, début mai, il s’est permis le luxe d’un week-end parfait. Holeshot, domination, victoire… standing ovation chez les siens, et selfie avec la coupe pour la route. Mais ce dimanche, tout change. Direction Bras Panon, terrain “neutre” — ou disons plus “classique”. Et là, l’histoire pourrait légèrement se fissurer.

Pourquoi ? Parce qu’à Bras Panon, on entre dans le dur et le physique aura son mot à dire. Bien que parfaitement préparé Dorseuil va devoir creuser dans le dur, la jeunesse peut se révéler plus explosive. Le terrain Cadivel, de Jeremy Razabassia, est un bijou de motocross à la réunionnaise. Une ravine reconvertie en roller coaster pour motocross, avec des montées verticales, des descentes qui vous demandent de signer un testament avant de les prendre, des spots techniques aux enchainements furieux jusqu’au quadruple, des possibilités de block pass et surtout une visibilité parfaite pour le public : on voit tout, du départ à la cata…

Si vous n’êtes jamais allé voir un motocross là-bas, c’est l’occasion. Et si vous êtes du genre à vous perdre après la station service du coin, pas de panique, on a prévu le QR Code Waze pour vous guider. Et sur place, tout est prévu : parking, toilettes, bouchons gratinés, et spot bucolique malgré le bruit et la fureur des moulins.

Car le suspense existe. Le principal adversaire de Pascal Dorseuil, c’est Alexis Hoareau, l’un des rares à ne pas avoir signé de chèque en blanc à Dorseuil cette saison. Lui aussi est rapide, appliqué, et surtout capable de hausser le ton sur un circuit qui exige du cœur, du bras, et un bon mental. Bra Pa’, c’est son style. Et s’il doit renverser la vapeur, c’est maintenant ou jamais.

Derrière ? On retrouve Dylan Techer, qu’on croyait perdu à jamais dans les paddocks d’asphalte et qui revient peu à peu au niveau sur la terre. L’ancien du bitume exclusif a remis le casque, tombé le cuir un week end sur deux, rebranché les neurones, et retrouve ses automatismes à mesure qu’il perd ses kilos superflus. Techer, c’est un peu le diesel du motocross réunionnais : lent à se lancer, mais dangereux une fois chaud. Reste qu’en cumulant les programmes (Monobike et MX), il marche sur un fil. Une chute, et la double saison (voire triple avec le Supermotard en prime) se transforme en séance de kiné intensive.

Et que dire de la suite et des autres catégories ? Le championnat est encore jeune, mais la densité de courses à venir pourrait transformer ce joli feuilleton en vrai thriller. Les outsiders sont nombreux, les ambitions prêtes à exploser, et les surprises jamais bien loin. Chaque manche est une trappe qui peut s’ouvrir sous les roues de n’importe quel pilote. Bras Panon ne fait pas exception à la règle, bien au contraire !
En résumé : le championnat de la Réunion de motocross 2025 est lancé pour de bon, après un démarrage chaotique et météorologiquement contrarié. Dorseuil mène la danse comme un vieux métronome diabolique, mais les prochaines courses pourraient bien le bousculer. Bras Panon ce week-end, puis le Tampon, qui n’a rien d’un circuit pour touristes, puis de nouveau Bras Panon… Trois juges de paix pour un mois de juin sans pitié.
Les cartes sont sur la table, les moteurs sont prêts, les suspensions vont souffrir, et les ostéopathes peuvent déjà sortir le champagne : leur saison aussi risque d’être fructueuse. Quant à vous, spectateurs, préparez les bouchons, les casquettes et les téléobjectifs : le motocross réunionnais entre dans le dur, et ça va secouer.