Il y a des traditions auxquelles on s’attache, même quand on ne sait plus trop pourquoi. Comme celle de revenir, encore et toujours, poser les roues sur le circuit de la Jamaïque à Saint-Denis. Une piste connue comme le loup blanc mais l’organisation du club Motoshop n’y est sans doute pas étrangère. Solide, proactif, Rudy et sa bande auront parfaitement effectué leur saison rookie en tant qu’organisateurs. Mais qu’importe, les princes du bitume y étaient conviés une dernière fois avant l’apothéose finale au Tampon, sur le circuit éphémère des 400. Une dernière chance de briller sous les projecteurs, au sens propre comme au figuré, puisque le club de l’infatigable Rudy Bertille avait décidé d’épicer un peu les choses avec une semi-nocturne. Comprendre : on sue de jour, on glisse de nuit.
Les essais chronométrés se sont donc déroulés en plein après-midi, sous un soleil dont même les moucherons ne voulaient plus. Puis vint la nuit, le moment des courses et des projecteurs qui dessinent sur la piste plus d’ombres que de lignes de trajectoire. Mais qu’à cela ne tienne : une petite soixantaine de pilotes ont répondu à l’appel, suffisamment pour faire vibrer les tympans et quelques vertèbres dans les tribunes.
Prestige : retour, revanche et revers

Commençons par la catégorie Prestige, où le spectacle était aussi intense qu’un mauvais film d’action qu’on ne peut s’empêcher de regarder jusqu’au bout. Le grand retour d’Alexis Hoareau (#115) n’est pas passé inaperçu. Visiblement en repérage avant les prochaines joutes du Supermotard, le garçon a signé une montée en régime bien sentie : trois podiums dont une jolie P2 dans la dernière manche. Pas mal pour une reprise, même si l’on sent que le vrai objectif est ailleurs. Le Tampon, probablement, ou peut-être la reconquête de ses automatismes sur asphalte.

Mais le héros de la nuit, celui qui a tout raflé comme un joueur de poker chanceux un soir de beuverie, c’est Dylan Techer (#1/6). On l’avait laissé cabossé et groggy après une chute en motocross, mais visiblement ses kinés et ostéos ont fait du bon boulot — ou alors il a trouvé une fontaine de jouvence quelque part aux pieds du volcan. Résultat : trois courses, trois victoires, un hat trick magistral, et surtout, la plaque rouge qui retourne entre ses mains comme un boomerang affectif. On appelle ça une rédemption, ou un uppercut au menton de ses rivaux.

Le premier à encaisser ce coup, c’est Richard Mondon (#4). Lui qui était arrivé fort de sa belle perf’ d’il y a deux semaines est ressorti de la Jamaïque avec les épaules basses et 11 points perdus sur cette seule course. P2 aux chronos, P2 dans la première manche, puis P3 derrière Hoareau dans la dernière. Alexis Hoareau s’est montré un allié de Dylan ce week end…un comble ! Autant dire que l’addition pique un peu. De +3 Richard passe à -8 au championnat.

Et puis il y a Alexandre Fabre (#15), jusque-là monstre de régularité, symbole de constance, incarnation du pilote besogneux qui ne craque jamais…Sauf que voilà, même les machines ont leurs jours sans. P5 sur le meeting, aucun podium, une première cette saison. Le pilote avait également la tête ailleurs et a visiblement davantage roulé par nécessité que par envie. Victime d’un budget en berne et donc de pneus usagés, comme d’autres, il a dû “faire avec…”. Rouler sans balle neuve, avec des “gratons” c’est un peu comme aller en duel avec un pistolet à bouchon. La nuit, les virages s’avalent moins bien, surtout quand l’adhérence s’est fait la malle.
Le peloton, ses surprises et ses désillusions

Pendant ce temps, Medhy Sinacouty (#274) n’a pas perdu de temps à compatir. Il en a profité pour grapiller 8 points à Fabre, histoire de rappeler qu’il ne compte pas juste faire de la figuration. Fabre conserve néanmoins sa place sur le podium de la saison, avec un matelas de 81 points sur Tanguy Sorlier (#32 remplacé par Théo Sorlier sur cette manche). De fait, la place podium d’Alexandre est à l’abri avec cette avance. Il roulera donc au Tampon avant tout pour le plaisir et comme objectif de tenter de surclasser les gros bras attendus Dylan, Richard et Alexis…

Et comme souvent dans ce genre de rendez-vous, la soirée n’a pas été exempte de frayeurs. Plusieurs chutes, parfois sérieuses, sont venues pimenter un peu plus l’ambiance déjà électrique. Heureusement, rien de dramatique à signaler, si ce n’est quelques retards dans le planning — une constante aussi fiable que la pluie en hiver ou les crevaisons à la dernière manche. On roule de nuit, on répare, on attend. Un rituel presque rassurant dans sa pénibilité.

Le Tampon en ligne de mire

Le rideau est donc tombé sur Saint-Denis. Prochaine et ultime étape : le Tampon, les 9 et 10 août, sur le circuit éphémère des 400, cette fois en plein cœur de l’hiver austral, juste avant la rentrée. Autant dire que la tension sera maximale. Techer en maître des lieux avec sa plaque rouge retrouvée, Mondon en chasseur revanchard, Hoareau version mercenaire et Fabre en quête de rédemption, et derrière, toute une meute de pilotes aux dents longues et aux budgets courts.
Car oui, la fin de saison approche, et avec elle les comptes d’apothicaire. On commence à regarder ses pneus comme des pièces d’or, on économise sur les plaquettes et les repas, et chaque virage devient un investissement à risque. Tout reste ouvert, rien n’est joué. Mais une chose est sûre : il y aura du sport, du bruit, du spectacle et sûrement encore quelques regrets à la clé.
| Pos | Numéro | Pilote | Total |
| 1 | 1 | Dylan Techer | 347 |
| 2 | 4 | Richard Mondon | 339 |
| 3 | 15 | Alexandre Fabre | 294 |
| 4 | 32 | Tanguy Sorlier | 215 |
| 5 | 274 | Medhy Sinacouty | 208 |
| 6 | 264 | Simao Horta | 134 |
| 7 | 234 | Thomas Prugnières | 107 |
| 8 | 95 | Luçay Benoiton | 72 |
| 9 | 272 | Alexandre Mareux | 66 |
| 10 | 115 | Alexis Hoareau | 62 |