Dimanche dernier, pendant que les familles fêtaient dignement les papas à grands coups de barbecues, tee-shirts “super daron” et autres mugs ringards, un autre spectacle se jouait au circuit de la Jamaïque à Saint-Denis. Un spectacle mécanique, censé célébrer la vitesse, la trajectoire millimétrée et le dépassement propre. Censé, oui. Car en vérité, la Réunion a encore vécu une de ces grandes messes de “karting” qui ressemblent davantage à un derby de stock-car façon rodéo USA qu’à une course de sport mécanique civilisée.
Il faut dire qu’ici, sur cette piste pourtant permanente, le terme “course” semble de plus en plus galvaudé. Les accrochages ? Toujours plus nombreux. Les protagonistes ? Toujours les mêmes. Et les spectateurs ? Toujours moins. Pour ne pas ajouter à la confusion, je ne publierai pas les nombreuses vidéos et vidéos en ma possession.
Le karting ? Non, du stock-car sous stéroïdes
Dans la catégorie reine, que d’aucuns appellent encore naïvement “karting compétition”, le spectacle avait davantage des airs de Destruction Derby que d’une épreuve d’adresse. Portières inexistantes certes, mais coups de pare-choc, tacles à la roue arrière et dépassements qui tiennent davantage de la catapulte que de la stratégie : tout y était. Et encore, je n’évoque même pas l’ambiance dans les paddocks façon 5 bars !
Il serait temps, pour rester dans la cohérence lexicale, de rebaptiser l’épreuve : oublions “course”, parlons plutôt de “mêlée” ou de “joute”. Car la discipline locale semble avoir abandonné toute velléité d’élégance pour plonger tête baissée dans le chaos organisé — ou plutôt désorganisé.
Même recette, mêmes ingrédients… et même indigestion
Ce qui frappe, c’est la régularité avec laquelle ce théâtre d’ombres mécaniques se joue à Saint-Denis. Même schéma, même casting, mêmes résultats : des karts en morceaux, des pilotes furieux, des officiels impassibles (ou dépassés), et un paddock qui grogne comme un volcan pas loin du point de rupture. C’est simple: à chaque course on croise les doigts pour ne pas avoir à vivre un drame. Il y a même quelque chose d’ironique à voir autant de collisions alors que la piste elle-même, bien que technique, n’a rien d’un piège tendu à chaque virage.
Et pourtant, à chaque virage, paf : ça frotte, ça pousse, ça expulse. Le danger devient permanent !
Une discipline orpheline de son public
Le plus triste, peut-être, c’est cette désaffection croissante. Le karting, ailleurs, attire du monde. Des familles, des enfants, des jeunes fans qui rêvent de F1 en entendant crisser les pneus. Mais ici ? La tribune fait écho. Les fêtes foraines attirent plus de monde avec leurs vrais autos tamponneuses — au moins là-bas, personne ne fait semblant de jouer à la course.
Et ce dimanche, malgré la fête des pères, ils n’étaient pas nombreux, les papas nostalgiques ou les anciens pilotes à venir vibrer au rythme de ces simulacres de compétition. Il faut dire qu’assister à ce genre de course, c’est un peu comme regarder une partie d’échecs où chaque pion est armé d’une batte. Pour les papas de pilotes en piste, ce n’était vraiment pas la fête !

Un karting qui tape fort… dans sa propre réputation
Ce qui pourrait prêter à sourire, ou à faire un bon TikTok en slow motion, devient en réalité inquiétant pour la discipline elle-même. Des pilotes potentiels, qui envisagent de revenir, reculent à la vue de ces scènes surréalistes où le drapeau noir semble avoir perdu tout sens. On entend parler de jeunes motivés, de passionnés désireux de relancer le niveau, mais qui fuient dès qu’ils voient le traitement réservé aux pilotes sur la piste. Pourquoi s’emmerder à préparer un kart, régler un moteur, affiner un châssis…avec tout ce que celà comporte d’investissements pour finir dans le bac à gravier à cause d’un “pilote” qui pense que doubler consiste à viser l’axe arrière ?
Et pendant ce temps-là, le kart loisir, lui, se frotte les mains. À juste titre. Il a au moins l’honnêteté de ne pas se prendre pour ce qu’il n’est pas.
Une gouvernance qui avait pourtant bien démarré
Ce qui ajoute un peu de sel (ou de citron) à cette soupe déjà bien fade, c’est que le début de mandat des nouvelles équipes dirigeantes avait laissé entrevoir un vrai vent d’espoir. Des subventions avaient été allouées, des intentions posées, des ambitions affichées : relancer le karting à la Réunion, créer une dynamique, structurer le championnat. Hélas, comme souvent, les intentions ont fondu au soleil du bitume, et les actes sont restés coincés quelque part entre le rêve et la réalité.
Et comme une voiture qui sous-vire, les décisions (et parfois l’absence de décisions) ont l’air de partir dans une direction… mais vont tout droit dans le mur.
Prochaine manche : dernière chance avant le chaos total ?
Heureusement (ou pas), une nouvelle course est programmée bientôt, cette fois sous la houlette du CFG Guichard, réputé “neutre” (on prend ce qu’on peut). Le paddock murmure que ce serait l’occasion d’appliquer enfin des consignes claires, de rappeler les fondamentaux, et surtout, d’arrêter de faire semblant…
Peut-être qu’un jour, les officiels oseront rappeler à l’ordre ceux qui transforment les stands en arène. Peut-être qu’un jour, les parents de pilotes comprendront que hurler ne fait pas gagner un dixième au tour. Peut-être qu’un jour, les licenciés comprendront qu’un comportement antisportif — même par procuration — finit toujours par coûter plus cher que la licence elle-même.
En conclusion ? C’est triste… mais pas (encore) perdu
Le karting, ce n’est pas censé être un ring. Ce n’est pas une foire d’empoigne à ciel ouvert. C’est une discipline formatrice, belle, exigeante. Ce que l’on voit en ce moment à la Réunion est tout l’inverse : une caricature qui prête davantage à la gêne qu’à l’admiration.
Mais rien n’est irréversible. Il suffirait de peu : des règles appliquées, une autorité affirmée, un soupçon de bon sens, et un rappel qu’on ne gagne pas en cassant les autres — sauf à jouer à Mario Kart et là c’est virtuel: sans risque ! Et encore, même là, la carapace bleue n’est pas censée être systématique.
Franchement, le karting mérite mieux que ça.