Il fallait un miracle. Ou un exorcisme. Ou peut-être juste un retour sur un tracé européen un peu plus décent que les saletés de parking vaguement bitumés du début de saison. Toujours est-il que Fabio Quartararo, alias “El Diablo”, a enfin retrouvé sa Yamaha compétitive (ou bien l’inverse), et ce n’est pas Marc Marquez – pourtant peu enclin à faire des cadeaux – qui dira le contraire.
QUALIFS : Quartararo, trois d’un coup et un record en prime

Le matin, Silverstone a déroulé son tapis gris (et humide, par tradition britannique) pour accueillir des qualifications qui ont vite viré à la démonstration. Quartararo, ressuscité comme Lazare sur deux roues, a planté un 1:57.233 comme on plante un drapeau sur la Lune. Pole position, record de la piste, et surtout : troisième pole d’affilée après l’Espagne et la France. Bref, la messe est dite : El Diablo est de retour. Pour combien de temps ? Mystère. Mais pour samedi, il était là, bien là.
Derrière, surprise : ce n’est pas l’inévitable Marquez – version aînée – qui se colle en première ligne, mais le petit frère Alex. Oui, oui, le #73, celui qu’on confond souvent avec un pilote Moto2 oublié (à tort). Il coiffe Bagnaia de trois dixièmes et colle plus de trois dixièmes à tout le monde, sauf à Quartararo. Quant à Marc, relégué à une misérable quatrième place, il a dû ravaler son orgueil Ducati et se contenter de la deuxième ligne. Une première cette saison.
Le reste ? Fermin Aldeguer continue de faire plus peur que certains pilotes d’usine, Johann Zarco finit dans les pneus en glissant sur son ambition, et Morbidelli récolte une pénalité qui ne changera pas grand-chose à sa situation de “VR46 de trop”.
Q1 : le pensionnat des cancres

Là où les ambitions viennent mourir : la Q1. Et comme souvent, la moitié des prétendants à la gloire y dérapent plus que les slicks sur gazon anglais. Maverick Viñales a été trahi par son moteur avant même de pouvoir jouer à la roulette russe des chronos. Raul Fernandez, lui, s’est fait voler la vedette par un duo aussi improbable qu’un duo d’accordéonistes au Hellfest : Luca Marini et Franco Morbidelli. Oui, Honda en Q2, c’est presque louche.
Joan Mir, comme à son habitude, a frôlé la lumière avant de retomber dans le néant à… 0.023 seconde près. Une éternité en MotoGP, un soupir en Formule 1.
Q2 : Magie noire en bleu Yamaha
Une fois le grand bain lancé, on a eu droit à une masterclass de Q2. Quartararo, Rins, Alex Marquez et même Jack Miller (si, si) ont fait semblant de croire qu’ils allaient pouvoir contenir le revenant français. Marc Marquez s’est fendu d’un tour de mutant en 1:57.914, pensant peut-être avoir scellé l’affaire. Raté.
Fabio, comme dans ses grandes années, a dégainé une cartouche d’un autre monde. 1:57.233. Rideau. Fin du game. Même Maggotts et Becketts se sont couchés devant lui. Trois dixièmes à Alex Marquez, plus encore à Bagnaia, et Marquez Senior renvoyé à ses études sur la deuxième ligne.
Le paddock ? En état de choc. Yamaha ? En transe. Quartararo ? En souriant discret, comme s’il savait que la vraie souffrance recommence le dimanche et sans doute dès l’après-midi en Sprint.
| Pos | Pilote | Chrono | Team |
| 1 | Fabio Quartararo | 1’57,233 | Yamaha |
| 2 | Alex Marquez | +0.309 | Gresini |
| 3 | Francesco Bagnaia | +0.589 | Ducati |
| 4 | Marc Marquez | +0.681 | Ducati |
| 5 | Fermin Aldeguer | +0.840 | Gresini |
| 6 | Jack Miller | +0.872 | Pramac |
| 7 | Fabio Di Giannantonio | +0.893 | VR46 |
| 8 | Luca Marini | +0.902 | Honda |
| 9 | Johann Zarco | +0.907 | Honda |
| 10 | Franco Morbidelli | +0.992 | VR46 |
SPRINT : Alex Marquez, l’autre Marquez, le vrai ?

L’après-midi, place à la comédie de dix tours qu’on appelle “Sprint”. Une mascarade rentable pour Dorna, une loterie pour les pilotes, et un condensé de chaos pour les spectateurs. Et qui rafle la mise ? Alex Marquez. Oui, encore lui. Apparemment, il n’a pas seulement appris à piloter, mais aussi à dominer. Il colle trois secondes à son frère (chose rarissime, même dans les dîners de famille) et remporte sa première Sprint depuis 2023.
Le départ avait pourtant été idéal pour Quartararo, auteur du holeshot parfait. Mais à peine avait-il eu le temps de savourer son avance que les Ducati lui passaient dessus comme un TGV sur une draisienne. Marc Marquez, d’abord, puis Alex. El Diablo, relégué à la lutte pour la dernière marche du podium, a fini par se faire rouler dessus par Bagnaia, Di Giannantonio, Bezzecchi et même Zarco. Autant dire qu’il a distribué les positions comme un dealer largue des paquets dans une série Netflix.
La mêlée des désespérés

Derrière le duo Marquez, la vraie baston avait lieu entre Diggia, Bez, Zarco, Bagnaia et Quartararo. Du classique “cinq entrechats dans une cabine téléphonique” où chacun a tour à tour doublé et été doublé comme dans un mauvais jeu de société. Quartararo a bien tenté un retour à la faveur d’un regain d’orgueil, mais sans carburant ni grip, ses ambitions ont fini sur le bas-côté.

Mention spéciale à Marco Bezzecchi, parti de l’au-delà, revenu du purgatoire, et terminé quatrième avec une Aprilia soudainement décidée à marcher droit. Zarco cinquième, Bagnaia sixième, Quartararo septième – soit juste assez de points pour alimenter les illusions mais pas assez pour alimenter un rêve.
| Pos | Pilote | Chrono | Team |
| 1 | Alex Marquez | 19:53.657 | Gresini |
| 2 | Marc Marquez | +3.511 | Ducati |
| 3 | Di Giannantonio | +5.072 | VR46 |
| 4 | Marco Bezzecchi | +5.658 | Aprilia |
| 5 | Johann Zarco | +6.707 | Honda |
| 6 | Francesco Bagnaia | +7.057 | Ducati |
| 7 | Fabio Quartararo | +7.231 | Yamaha |
| 8 | Pedro Acosta | +9.186 | KTM |
| 9 | Jack Miller | +9.923 | Pramac |
Bilan : Un samedi à la française… avec la gueule de bois du dimanche déjà en vue
Le samedi à Silverstone nous a offert tout ce qu’on attendait : une pole d’un Quartararo renaissant, un Marc Marquez mis au pas par son petit frère, et une Sprint qui ressemble de plus en plus à un championnat parallèle sans cohérence. Yamaha retrouve le sourire, mais on connaît l’histoire : en course longue, c’est une autre chanson. Une balade triste, souvent jouée en mineur.
Demain, place à la course principale. Les Marquez sont affûtés, Bagnaia en embuscade, et Quartararo en sursis. Champagne aujourd’hui, camomille demain ? Réponse à venir.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Europe | Vietnam |
| Dimanche 25 Mai | |||||
| Warmup | 10′ | 09h40 | 12h40 | 10h40 | 15h40 |
| Course | 20 tours | 13h00 | 16h00 | 14h00 | 19h00 |