vendredi, septembre 11, 2026

“El turco” nouveau leader…

Donington Park, théâtre vénérable des joutes anglaises en Superbike alors que le MotoGP a déménagé à Silverstone, a vu ce week-end se répéter une tragi-comédie bien huilée. L’intrigue ? Toprak Razgatlioglu, l’homme qui glisse plus vite que son ombre, a encore tout raflé. Une pole, trois victoires, des records tombés à la chaîne, et un Bulega soudain bien pâle, aussi pâle que l’espoir de Ducati de contenir « El Turco » désormais lancé comme un TGV sans freins sur les rails du titre mondial.

BMW : De l’arlésienne à l’arme fatale

Rappelons qu’il y a encore un an, le projet BMW en WSBK tenait plus du gag industriel que du plan de conquête. Moteur caractériel, châssis capricieux, et pilotes bons à envoyer chez le psy. Puis Toprak est arrivé, bottes en cuir et freinage en orbite, et tout a changé. Ce week-end, il a offert à la firme allemande son 100e podium, sa 30e victoire sous couleurs BMW, et une prise de pouvoir retentissante au championnat. Le tout avec la manière : holeshots assassins, envolées solitaires, tours chrono plantés avec la précision d’un métronome suisse.

Et pendant que Razgatlioglu faisait exploser les temps, les nerfs de ses rivaux fondaient comme un pot d’échappement au soleil de Donington.

Bulega : de patron à passager

Nicolo Bulega, jusque-là dominateur du début de saison, semble avoir eu un électrochoc depuis que Toprak s’est souvenu qu’il est champion du monde en titre. L’Italien, encore tout auréolé de son statut de rookie sensation, a regardé le #1 s’enfuir à chaque départ comme un chien regarde passer un TGV. Deux deuxièmes places ce week-end : suffisantes pour limiter la casse mais pas pour endiguer la razzia turque. Sa Ducati, pourtant efficace et stable, semble désormais sans réponse face à la furie contrôlée de la BMW. Le voilà relégué à quatre petits points, qui paraissent déjà comme un gouffre tant la dynamique a basculé.

Sam Lowes : prosecco et poussière

À domicile, Sam Lowes a offert au public britannique un podium inespéré le matin… avant de tout ruiner l’après-midi en goûtant au gravier dès le troisième tour. Deux frères, deux chutes à Donington, un destin. À croire que le nom « Lowes » rime forcément avec bac à sable en terres anglaises. Dommage, car son podium en Superpole Race — le deuxième seulement de sa carrière — aurait mérité meilleure postérité. Mais voilà, Sam voulait suivre Toprak. Problème : Toprak n’est pas suivi. Il est observé, admiré… puis abandonné à 50 mètres dans le premier freinage.

Jonathan Rea : l’ombre d’un roi

Jonathan Rea, sextuple champion du monde, héros local et miraculé de l’épopée Kawasaki, continue de traîner sa misère technique chez Yamaha. Parti comme un diable en Superpole Race, il a fini… 6e. Puis 15e en course 2. En deux ans, l’homme qui faisait plier le paddock à sa botte est devenu un figurant. Pire : il s’est fait doubler par Locatelli dans les derniers virages. Oui, ce Locatelli. Sympathique, régulier, mais pas franchement réputé pour ses dépassements d’anthologie. On parle ici d’un Rea qui serait davantage à sa place dans une masterclass vintage que sur la grille actuelle.

Petrucci vs Gerloff : l’un rugit, l’autre bêle

Dans le ventre mou du classement, Danilo Petrucci continue de faire parler son métier. Le vétéran italien a tenu en respect Garrett Gerloff tout le week-end, au point que l’Américain a dû se contenter, pour la troisième fois consécutive, d’une morne huitième place en Superpole et d’une honorable sixième l’après-midi. Une performance solide… mais sans éclat. Face à un Petrucci revenu d’un nombre incalculable de blessures et de galères mécaniques, Gerloff semble encore manquer de ce petit grain de folie qui fait basculer une course.

Iannone, Vickers et les autres : les francs-tireurs

Andrea Iannone a de nouveau montré que le talent ne s’achète pas en pharmacie. Malgré une machine vieillissante et des adversaires affamés, il signe un P7 en course 2 avec une défense digne de son surnom de “Maniac Joe”. Derrière, Ryan Vickers confirme ses progrès avec deux onzièmes places — tout près de son objectif — tandis que Honda, elle, confirme son statut de lanterne rouge mondiale, avec un Lecuona esseulé en P10 comme maigre lot de consolation.

Et maintenant ?

Toprak reprend le leadership du championnat avec quatre petits points d’avance sur Bulega. Quatre points, c’est un souffle. Mais quand on connaît la manière avec laquelle le Turc vient d’humilier tout le plateau sur trois courses — avec plus de 12 secondes d’avance cumulées sur son poursuivant —, on doute que ce leadership soit passager. Surtout que le prochain rendez-vous est Balaton Park, nouveau circuit au calendrier, et donc terrain vierge pour tout le monde. Or, quand il faut improviser, devinez qui est le maître du chaos ?

En conclusion

Ce week-end à Donington fut un acte de domination clinique et sadique signé Toprak Razgatlioglu. Bulega a résisté, Ducati a encaissé, et le paddock a compris : la chasse au titre est ouverte, mais le prédateur n’est plus en rouge. Il est en bleu et blanc, il freine à la dernière seconde, et il ne fait pas de prisonniers.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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