mercredi, septembre 9, 2026

“El turco” vs “Bulegas” à Most…

La caravane chamarrée du World Superbike déboule ce week-end sur les terres industriello-pittoresques de l’Autodrom Most, ex-carrière de charbon devenue piste de haute lutte, quelque part entre Prague et l’idée qu’on se fait d’un circuit bricolé par des ingénieurs soviétiques sous amphétamines. Depuis son apparition au calendrier en 2021, ce joyeux patchwork de virages improbables et de lignes droites trop courtes est devenu un classique, à mi-chemin entre un circuit pour kermesse et un champ de bataille pour pilotes en quête de rédemption.

Et justement, en matière de rédemption, Toprak Razgatlioglu commence à avoir un compte à solder avec 2025. Le champion du monde en titre – désormais aussi sobrement décoré que la carrosserie d’un bus de tournée turc – n’a plus le vent en poupe. C’est bien simple : depuis l’ouverture de la saison, c’est Nicolo Bulega qui fait le ménage, balayant les circuits comme s’il lavait la cuisine chez Ducati à coups de Panigale. Trois victoires à Cremona, un total de sept en douze manches, et une ambition dévorante pour s’asseoir là où même Bautista n’arrive plus à se lever le matin.

Mais voilà : Most, c’est la maison de Toprak. Huit victoires, onze podiums en douze départs, et un terrain de jeu où même les BMW acceptent de tourner sans fuir vers la première échappatoire. C’est ici qu’il avait claqué un triplé l’an passé, laissant la concurrence sucer les gaz d’échappement jusqu’à saturation. Le Turc veut prouver que Bulega n’est qu’un feu de paille – ou pire, un feu de jeunesse, ce qui est infiniment plus agaçant – et que la loi du plus fort s’applique encore à Most, surtout quand on y fait la loi depuis quatre ans.

Duel au sommet : Bulega contre le roi déchu

On nous vend l’affiche comme un combat de titans, mais la vérité est plus crue : Bulega roule sur l’eau, Toprak rame en s’accrochant à ses statistiques, et Bautista tente de ne pas couler comme un sac de briques attaché à une Desmosedici recyclée. Alvaro, rappelons-le, en est à 18 courses sans victoire. À une unité de sa pire série historique chez Ducati. Autant dire qu’il commence à respirer le même air que les seconds couteaux, ceux qui font les essais, les courses et parfois même les sandwichs pour les journalistes.

Pendant ce temps, Bulega pourrait bien marquer l’histoire à Most avec un potentiel dixième succès en quinze courses. Et comme si ça ne suffisait pas, l’Italien fêtera aussi son 50e départ en WorldSBK, sur le 50e circuit de l’histoire du championnat. La boucle est bouclée. Et si la logique est respectée, il partira devant, claquera un holeshot, et s’en ira lever les bras pendant que Toprak essaiera de comprendre où est passé son mojo.

Le reste du peloton : la foire du possible

Derrière, c’est la valse des ambitions bancales. Sam Lowes continue de s’amuser tant que son moteur ne décide pas de partir en vacances. Danilo Petrucci espère recoller au podium, comme un enfant qui insiste pour participer au spectacle de fin d’année. Remy Gardner, enfin sorti du brouillard Yamaha grâce au superchâssis à rallonge, espère transformer ses promesses en points. Locatelli ? Toujours là, tapi dans l’ombre de la régularité, aussi spectaculaire qu’un épisode de “Des chiffres et des lettres”, mais potentiellement dangereux si les astres s’alignent.

Et puis il y a les autres. Andrea “The Maniac” Iannone, qui alterne fulgurances et plantages avec une élégance toute personnelle. Alex Lowes, qui n’est jamais très loin d’une chute, d’un podium ou des deux à la fois. Bassani, qui fait de la figuration en vert fluo, pendant que Scott Redding ressuscite ses souvenirs de gloire passée avec un enthousiasme proche de la démence. Et bien sûr, Jonathan Rea, qui collectionne les anniversaires statistiques comme un tonton bourré collectionne les bouchons de bière. 230 podiums, zéro illusion.

Les rookies : bienvenue en enfer

Dans la catégorie “chair fraîche pour les bacs à graviers”, les rookies continuent de jouer leur survie. Yari Montella vient avec l’ambition d’enfin terminer un week-end complet sans partir dans le décor. Dominique Aegerter aimerait bien rappeler à Yamaha pourquoi ils l’ont embauché. Et Garrett Gerloff, fidèle à lui-même, devrait faire une course géniale, une course moyenne, et une chute spectaculaire. La routine.

On notera aussi que Tarran Mackenzie, ex-héros de Supersport sous la pluie, pourrait refaire le coup si la météo tchèque se décide à virer au drame. Quant à Tito Rabat, Bahattin Sofuoglu, Ryan Vickers ou Zaqhwan Zaidi… ils sont là. C’est déjà bien.

Most 2025 : un virage dans la saison ?

Cette cinquième manche est peut-être celle qui tranchera entre l’élan flamboyant de Bulega et le sursaut attendu de Razgatlioglu. Soit le Turc se rappelle qu’il est le roi de Most, et cloue le bec à la meute Ducati. Soit il se fait doubler par le gamin aux lunettes de soleil et aux ambitions d’empereur, et le reste de la saison ressemblera à une longue descente pour le numéro 1 au dos lesté d’histoire.

Dans tous les cas, Most promet encore une fois d’être ce qu’il est depuis 2021 : un foutoir de génie, où rien ne se passe comme prévu, sauf pour Toprak. Ou presque.

Rendez-vous ce week-end pour savoir si le Turc reconquiert son royaume… ou si Bulega vient y planter son drapeau en chantant l’hymne Ducati à pleins poumons.

IntituléDuréeLocalRéunionVietnam
Vendredi 16 Mai
WSBK FP145′10h3512h3515h35
WSBK FP245′15h0017h0020h00
Samedi 17 Mai
WSBK FP320′09h0011h0014h00
WSBK SP15′11h0013h0016h00
WSBK R122 tours15h0017h0020h00
Dimanche 18 Mai
WSBK WU10′09h0011h0014h00
WSBK SPR10 tours11h0013h0016h00
WSBK R222 tours14h0016h0019h00
cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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