À la Réunion, quand Renault sort une icône électrifiée, le rêve tourne vite au cauchemar comptable. Entre prix stratosphérique et clin d’œil marketing poussif la Renault 5 Turbo 3 E version tropicale devient un cas d’école de l’art de se faire délester avec le sourire. Bienvenue dans le monde merveilleux du surcoût à la créole.
En début de semaine, on s’extasiait gentiment sur l’arrivée de la Renault 5 Turbo 3 E : 100 % électrique, 540 chevaux déboulant sur les seules roues arrière, une gueule de bad boy sous stéroïdes, et surtout, le doux frisson de la nostalgie mécanique made in 2025. L’engin, facturé autour de 50.000 euros sur le Vieux Continent pour qui daignerait signer un bon de commande, semblait presque abordable au vu de la performance promise. Gardez toutefois en mémoire les 105.000 euros à débourser lors de la livraison soit un total de 155.000 euros tout de même !
Évidemment, c’était sans compter sur l’inévitable farce tropicale de l’importation réunionnaise. Parce qu’ici, dans notre petit paradis fiscal inversé, où tout coûte trois reins et deux vertèbres en plus, l’addition finale pour rouler en Turbo 3 E explose comme un chargeur de trottinette premier prix. Comptez 215.000 euros au moment où vous réceptionnerez la bête à la concession. Oui, vous avez bien lu : 215.000. Soit 165.000 en sus des 50.000 de rigueur lors du passage de la commande. Des “frais de cocotier” de 60.000 € comparé à l’Hexagone. Un record de foutage de gueule ? Même pas. C’est juste une journée banale sous les tropiques. Pour être honnête, en ce qui me concerne, même pas de quoi réserver la bestiole, restez tranquilles !
60.000 euros de supplément pour voir la mer en sortant du garage
On pourra bien sûr tenter de noyer le poisson dans des histoires de taxes d’importation, d’octroi de mer et autres justifications administratives cousues avec du fil aussi solide que la promesse d’une débit descendant de 2Go par votre FAI. N’empêche qu’au final, pour le prix d’une 5 Turbo E réunionnaise, vous pouvez vous offrir un joli pied à terre.
La seule explication rationnelle reste donc celle-ci : on vous vend la vue sur lagon avec la voiture. En option obligatoire, bien sûr.
Une production limitée, et un châssis déjà réservé. Devinez par qui ?

Pour ajouter au folklore, notre charmante informatrice Ernestine (toujours sur le coup, cette diablesse), nous souffle qu’un seul et unique exemplaire a été commandé pour tout la Réunion. Un seul. Oui, autant dire que vous avez plus de chances de croiser un dodo vivant que cette 5 Turbo 3 E sur la route des Plaines.
Le châssis portera le numéro 974, histoire de faire un “clin d’œil” local. Sympa. Ça justifie à peine les 60.000 euros supplémentaires, mais l’effort est là. Il paraît même que ça doit créer de l’émotion, ce genre de détail. Personnellement, j’y vois surtout un tarif émotionnel : on pleure à la lecture du devis.
Le plus drôle reste qu’un local a visiblement déclaré son intention d’acheter cette bestiole. Tant mieux pour lui (ou elle) celà dit…
Moralité : à la Réunion, même l’électricité est hors de prix
On savait que l’automobile thermique flambait (notamment les occasions fonctionnant au Diesel). On découvre qu’en électrique, c’est la même soupe, juste servie froide. Néanmoins, j’ai eu l’occasion de voir plusieurs incendies “spontanés” de véhicules électriques, ça flambe pas mal non plus. Avec son tarif délirant, la Renault 5 Turbo 3 E réunionnaise reste donc fidèle à la devise : « Plus c’est cher, moins t’en profites. » Gageons juste qu’elle ne restera pas perpétuellement dans un garage…
Reste aux amateurs de rêves d’enfance électrifiés à choisir : hypothéquer leur maison pour jouer les nostalgiques un dimanche matin sur la route des Plages, ou continuer à jalouser en silence les chanceux continentaux qui pourront, eux, faire fumer leurs pneus arrière pour 60.000 euros de moins.
À ce tarif-là chez nous, j’espère au moins qu’on vous offre les tapis de sol.
Bref, à 215.000€ le ticket pour jouer les nostalgiques sous 30 degrés, la Renault 5 Turbo 3 E version Réunion s’impose comme l’outil ultime : pas pour rouler, mais pour tester la solidité des zygomatiques des banquiers et le niveau d’humiliation que certains sont prêts à endurer pour avoir « 974 » gravé sur une caisse qu’ils sortiront deux fois par an, entre deux alertes cycloniques. Courage.