Il n’aura finalement pas fallu attendre très longtemps. Le 19 septembre dernier, après la confirmation que l’accord entre la FIA et l’ACO concernant le Championnat du monde d’Endurance courait bien jusqu’à fin 2027, nous posions une question assez simple : « Et ensuite ? »
Onze jours plus tard, la réponse est arrivée. Ensuite, ce sera dix ans. La FIA et l’Automobile Club de l’Ouest ont annoncé le 30 septembre la conclusion d’un nouvel accord portant sur dix saisons supplémentaires. Il prendra le relais de l’actuel contrat à partir de 2028 et installera donc leur collaboration autour du WEC jusqu’à la fin de l’année 2037. Pour une série dont certains s’interrogeaient encore quelques jours auparavant sur l’avenir de sa gouvernance, voilà une manière assez efficace de refermer la porte. Et de tourner deux fois la clé, et même dix fois d’ailleurs !
Le divorce attendra
Mi-septembre, quelques remous avaient laissé entrevoir une possible dégradation des relations entre FIA et ACO. La réponse avait d’abord été très factuelle : l’accord existant couvre bien 2027 et les discussions concernant la suite sont en cours. On pouvait difficilement être plus institutionnel. Douze jours après cette clarification du 18 septembre, les discussions ont donc produit quelque chose d’un peu plus consistant qu’un communiqué destiné à calmer le paddock : un contrat de dix ans.
Pas d’appel d’offres annoncé. Pas de nouveau promoteur. Pas davantage de révolution dans l’organisation générale du championnat. Le Mans Endurance Management reste le promoteur du WEC, avec Frédéric Lequien comme CEO. Pour la grande redistribution des cartes, il faudra repasser.
Quand un championnat prend du poids, on sort le gros contrat

Ce nouvel accord n’arrive surtout pas dans n’importe quel contexte. C’était précisément le sujet de notre précédent papier. Le WEC 2026 compte 35 équipages permanents et quatorze constructeurs représentés. Sa catégorie Hypercar rassemble Ferrari, Toyota, Porsche, BMW, Cadillac, Alpine, Peugeot, Aston Martin et Genesis. Ford et McLaren sont attendus en 2027.
La saison prochaine comptera par ailleurs neuf manches, contre huit actuellement, avec le retour de Silverstone. Une première depuis 2017. Et autour des voitures, les tribunes ont également recommencé à sérieusement se remplir. Les huit manches du championnat 2025 avaient cumulé plus de 778 000 entrées spectateurs. Les seuls réseaux sociaux officiels du WEC et des 24 Heures du Mans dépassaient huit millions d’abonnés à l’issue de cette même saison. Les droits audiovisuels, eux, avaient déjà commencé à regarder beaucoup plus loin que 2027 : L’Équipe s’est engagée en France jusqu’en 2029 tandis que Warner Bros. Discovery dispose d’un accord portant au moins jusqu’en 2030.
Bref, le WEC avait commencé à vendre son futur avant même d’avoir totalement contractualisé celui de sa propre gouvernance. C’est désormais fait.
La FIA devient aussi beaucoup plus visible
Le nouvel accord ne se contente d’ajouter dix années au calendrier Outlook des dirigeants. La FIA annonce également une présence renforcée de sa marque au sein du championnat. Celle-ci doit devenir davantage visible au parc fermé, sur les podiums, les Safety Cars ou encore dans les retransmissions. Ce détail n’en est probablement pas tout à fait un. Car derrière la belle histoire d’amour renouvelée entre la FIA et l’ACO se trouve aussi un championnat dont la valeur d’exposition a considérablement augmenté. Lorsqu’une série devient plus visible, chacun apprécie généralement que son logo le devienne également.
La gouvernance technique et sportive est elle aussi davantage explicitée. Les groupes de travail FIA et la Commission Endurance continueront d’alimenter le processus réglementaire avant validation par le Conseil mondial du sport automobile. FIA et ACO conserveront également une responsabilité commune dans l’homologation des Hypercars. Les deux partenaires parlent enfin ouvertement de développement commercial du championnat. Autrement dit : on ne signe pas seulement pour continuer à organiser des courses. On signe aussi pour continuer à faire grossir ce qu’elles sont devenues.
Dix ans, ce n’est plus un arrangement

C’est probablement l’information essentielle. Un contrat courant jusqu’en 2037 dépasse largement la gestion du prochain calendrier, du prochain règlement ou même de la prochaine génération de voitures. D’ici là, le règlement Hypercar aura évolué. Des constructeurs seront probablement arrivés, d’autres repartis. Les équilibres entre LMH et LMDh auront peut-être changé. Les marchés recherchés par le championnat également. En revanche, FIA et ACO viennent de décider que ces évolutions seraient gérées ensemble. Et ce choix intervient précisément au moment où le WEC possède probablement la plus forte attractivité de son histoire moderne. La nuance est importante.
On pouvait prolonger une collaboration parce qu’il fallait préserver un championnat. On peut désormais la prolonger parce qu’il faut organiser la croissance d’un championnat devenu désirable. Ce n’est plus tout à fait le même problème. Et certainement plus la même valeur.
La réponse était donc : ensemble
Dans notre papier du 19 septembre, nous terminions ainsi : « La question n’est donc plus vraiment de savoir si le WEC possède un avenir. Elle consiste maintenant à déterminer dans quel cadre et avec quels acteurs cet avenir sera organisé. Et cette histoire-là reste à écrire. » Nous pensions simplement disposer d’un peu plus de temps avant le prochain chapitre. La FIA et l’ACO viennent d’en écrire dix années d’un coup.
Le cadre est désormais connu. Les acteurs aussi. Jusqu’en 2037, ce sera donc FIA, ACO et Le Mans Endurance Management. Quant au WEC, il lui reste maintenant la partie la plus délicate. Justifier pendant dix ans pourquoi autant de monde avait soudainement envie de sécuriser son avenir.