samedi, octobre 17, 2026
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Evans, 19 points à trouver et quelques vieux souvenirs à oublier…

La Sardaigne n’avait pas prévu de couronner le champion du monde. Elle va pourtant devoir s’en charger. L’annulation du volet WRC de l’Arabie saoudite a transformé le Rally Italia Sardegna en finale improvisée d’une saison 2026 qui a au moins eu la délicatesse de conserver trois candidats jusqu’au dernier rendez-vous. Trois pilotes, trois Toyota et, détail assez savoureux, trois hommes qui n’ont encore jamais été champions du monde. Elfyn Evans arrive avec 230 points. Sami Pajari en compte 213 et Oliver Solberg 209. Il reste 35 unités à distribuer entre classement général, Super Sunday et Power Stage.

Sur le papier, l’équation d’Evans tient donc en deux chiffres : 17 points d’avance et 19 à prendre. Avec 19 unités supplémentaires, le Gallois est champion quoi qu’il arrive derrière lui. Une victoire suffirait évidemment sans avoir à regarder le moindre chrono dominical. Une deuxième place accompagnée de deux points bonus ferait également l’affaire. Ensuite, la calculette commence progressivement à prendre davantage de place dans l’habitacle. Mais avant de compter les points, il faudra rouler.

Trois Toyota pour une couronne

Cette finale vient surtout achever une saison presque indécente de Toyota. Onze rallyes remportés sur douze : Pajari en Estonie, Finlande et au Paraguay ; Evans en Suède et au Japon ; Solberg à Monte-Carlo et au Chili ; Katsuta au Kenya et en Croatie ; Ogier aux Canaries et en Grèce. Hyundai n’a laissé qu’une seule rayure sur cette carrosserie presque immaculée avec la victoire de Thierry Neuville au Portugal.

Les chiffres des meilleurs temps racontent la même occupation du territoire, mais avec une hiérarchie différente : Solberg 59, Ogier 48, Pajari 38, Evans 29. Evans possède donc le championnat sans avoir été celui qui a le plus souvent frappé le plus fort. Pajari possède davantage de victoires. Solberg davantage de scratches. Et pourtant, c’est bien le Gallois qui arrive en Sardaigne avec les clés du coffre. La régularité a encore cette manie agaçante de compter elle aussi.

Monza n’est pas très loin

Pour Evans, l’Italie possède cependant un petit tiroir qu’il préférerait probablement laisser fermé. Lors de sa précédente véritable balle de match mondiale, à Monza en 2020, il était déjà arrivé en tête du championnat face à Sébastien Ogier. La lutte avait tenu jusqu’à la fin de la deuxième étape avant que tout ne bascule. Evans s’était effondré dans l’ES13 et Ogier avait finalement emporté rallye et championnat. ES13, tiens tiens, je voudrais pas ajouter à la superstition du gallois et de tout pilote de sports mécaniques (sans jamais l’avouer ni le reconnaître évidemment), mais la Sardaigne est la 13eme manche du Championnat 2026. Je dis ça, je dis rien…

Six ans plus tard, revoilà donc Evans en Italie, encore leader et encore avec un Ogier quelque part dans le décor Toyota mais sans possibilité de prétention à la couronne cette fois. La comparaison s’arrête cependant assez vite. Evans possédait alors 14 points d’avance. Il en possède cette fois 17. Surtout, ses adversaires directs ne s’appellent plus Ogier : Pajari et Solberg jouent eux aussi leur première couronne mondiale. Personne ne pourra donc sortir le vieux manuel intitulé « Comment gérer une finale quand on est déjà champion ».

Le leader commencera avec un balai

Il existe surtout un délicieux paradoxe sarde. Evans possède l’avantage au championnat et, grâce à lui, le “privilège” d’ouvrir la route vendredi. Sur terre sèche, cela signifie généralement nettoyer le gravier pour ceux qui suivent. Et qui suivront immédiatement ? Pajari et Solberg. Le leader du championnat commencera donc sa finale en préparant physiquement la route à ses deux adversaires. Et le problème ne s’arrête pas aux secondes éventuellement abandonnées vendredi. Une mauvaise position après la première journée peut conditionner l’ordre de départ du samedi, puis celui du dimanche. Or le dimanche distribue désormais jusqu’à dix points supplémentaires.

Le balayage peut donc devenir une petite dette à intérêts composés.

C’est probablement là que se situe la véritable première bataille du championnat : Evans doit survivre suffisamment bien au vendredi pour conserver l’accès aux points dont il pourrait avoir besoin dimanche.

Pajari et Solberg n’ont rien à gérer

Les deux poursuivants disposent d’une équation beaucoup plus simple. Pajari doit reprendre au minimum 18 points à Evans. Solberg doit lui en reprendre 22, tout en surveillant ce que fait Pajari. Et en cas d’égalité finale, le nombre de victoires entre immédiatement dans le jeu. Avantage Pajari sur ce terrain-là : trois succès cette saison contre deux à Evans et Solberg.

Mais les deux chasseurs arrivent surtout avec une dynamique que le classement général dissimule partiellement. Sur les quatre dernières manches, Pajari en a gagné trois. Solberg a terminé premier ou deuxième trois fois et vient de s’imposer au Chili. Depuis la Grèce, Solberg a marqué 106 points, Pajari 97 et Evans 68. La dernière victoire d’Evans remonte au Japon fin Avril sur asphalte. Depuis, il balaie…Le championnat dit Evans. La dynamique récente raconte autre chose.

Et dimanche, tout rentrera dans 61 kilomètres

Si personne n’a réglé l’affaire auparavant, la dernière journée pourrait devenir franchement compacte. Seulement 61,62 kilomètres chronométrés, mais dix points bonus disponibles. Et près de 77 % de cette distance dominicale concentrée sur les deux passages d’Osilo. Autrement dit, quelques dizaines de kilomètres pourraient simultanément décider du classement du rallye, du Super Sunday, de la Power Stage et du championnat du monde.

La Sardaigne possède en plus tout ce qu’il faut pour éviter une résolution trop propre : pistes cassantes, pierres, pneumatiques sollicités et surtout ce fameux balayage qui pourrait faire du vendredi bien davantage qu’une simple entrée en matière. La pluie pourrait encore redistribuer les cartes et transformer l’ordre de départ en loterie plus subtile. Sur le sec, Evans sait à peu près quel ennemi l’attend. Avec une météo instable, il faudra commencer par identifier l’ennemi avant de le combattre. Toyota, au moins, a déjà rangé le dossier Constructeurs. Le titre est acquis et Evans n’est même pas désigné pour marquer les points de la marque en Sardaigne. Il peut donc consacrer toute son énergie à son unique problème. Enfin, à ses trois problèmes. Pajari. Solberg. Et ces 19 points.

L’an passé le Rallye de Sardaigne se déroulait en Juin et aucun de ces trois là n’étaient parvenus à monter sur le podium final. L’épreuve avait été emportée par Ogier devant Tanak et Rovanpera alors qu’Evans avait terminé P4, Solberg P6 et Pajari P7.

La dernière fois qu’Elfyn Evans est arrivé en Italie avec le championnat du monde à portée de main, l’histoire s’est retournée dans l’ES13. Cette fois, il possède davantage d’avance, une cible mathématique parfaitement identifiée et une saison entière pour démontrer qu’il sait exactement ce qu’il doit faire. Petit détail : avant de pouvoir jouer sa balle de match, le leader du championnat devra commencer par balayer le court.

cedric garcia
cedric garciahttps://www.motorsmag.fr
Grand sorcier du monde automobile, plume aiguisée, journaliste aguerri et reconnu, présentateur hors-pair.

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