Dans la principauté de l’ennui automobile déguisé en faste, un miracle (ou presque) s’est produit : le Grand Prix de Monaco n’a pas été un somnifère géant. Mieux : on a même vu des dépassements (en vrai !), des stratégies décalées et un Max Verstappen victime d’un règlement concocté pour empêcher un énième défilé de voitures à 200 km/h coincées entre deux rails.
Car oui, pour la première fois dans l’histoire moderne de Monaco, la FIA a eu l’audace d’introduire un élément aussi inattendu qu’un saut périlleux arrière de Lewis Hamilton : deux arrêts obligatoires. Comme si les stratèges, les ingénieurs, les pilotes et les dieux du grip devaient enfin se sortir un peu les doigts pour faire autre chose que conserver la position acquise aux qualifications. Et devinez quoi ? Ça a marché. Un peu. Disons, assez pour qu’on se surprenne à regarder la course au lieu de la subir.
Lando Norris : quand le prince de Monte Carlo n’est pas Monégasque

C’est donc Lando Norris qui s’impose dans les rues dorées de Monte Carlo, profitant d’une pole transformée en victoire à la sueur de son cerveau et des gommes. Une victoire obtenue sans bousiller une seule aile avant, ce qui relève du miracle ici. Son seul moment de panique ? Un bon gros blocage à Sainte-Dévote au départ, façon “freinage de panique en découvrant que Leclerc est encore plus motivé que l’an dernier”.

Car oui, derrière lui, Charles Leclerc, homme de Monaco, multiple victime du syndrome local, y croyait. Très fort. Trop fort peut-être. Mais encore une fois, le sort – ou la stratégie – lui a filé entre les doigts. Deuxième à l’arrivée, il aura au moins évité de finir dans le rail ou à pied. On progresse.
Piastri sur le podium, Verstappen piégé comme un bleu

En troisième position, Oscar Piastri limite la casse. Le leader du championnat a vu son avance fondre comme la dignité d’un pilote Mercedes dans les rues de la principauté. Mais il garde encore trois petits points d’avance sur Norris. Pas de quoi paniquer, mais la dynamique a changé : McLaren domine, et Red Bull… comment dire…

Max Verstappen, lui, avait tenté le coup du siècle. “Plan Z”, comme ils l’appellent chez Red Bull : partir avec des gommes qu’on utilise d’habitude pour polir les jantes, tenir 76 tours avec, et espérer que la pluie ou une météorite viennent perturber la course. Malheureusement, ni la météo ni la tectonique n’ont coopéré. Max s’est retrouvé en tête à deux tours de l’arrivée, à devoir encore s’arrêter. Il ressort quatrième, frustré comme un chat sans laser pour u dernier tour en forme de parade. Voilà ce qui arrive quand la FIA invente des règles pour faire passer l’ennui pour du spectacle : même le roi finit par mordre la poussière. Ou plutôt les échappements d’un rookie.
Derrière, on tue le temps

Cinquième, Lewis Hamilton a fait sa vie, tranquillement, comme un retraité à bord de son yacht, loin de toute agitation. Il aurait pu tenter quelque chose, mais comme tout bon vétéran de Monaco, il sait que bouger, c’est risquer de froisser la peinture. Isack Hadjar, rookie français à peine sorti du lycée, claque une superbe sixième place, probablement parce qu’il n’a pas encore intégré qu’à Monaco, on est censé suivre sagement le train.
Esteban Ocon, de retour en forme et en points, termine septième, devant Liam Lawson, le Kiwi qui rappelle à Red Bull qu’il existe encore, même s’ils font semblant de ne pas le voir. Et surprise : Williams marque des points ! Oui, vous avez bien lu. Alex Albon P9, Carlos Sainz P10, dans la voiture jumelle (à deux tours du vainqueur quand même). Notez que dans le même temps (enfin deux tours devant), ce podium est le plus serré de Monaco, un record !
| Pos | Pilote | Team | Chrono |
|---|---|---|---|
| 1 | Lando Norris | McLaren | 1:40:33.843 |
| 2 | Charles Leclerc | Ferrari | +3.131s |
| 3 | Oscar Piastri | McLaren | +3.658s |
| 4 | Max Verstappen | Red Bull | +20.572s |
| 5 | Lewis Hamilton | Ferrari | +51.387s |
| 6 | Isack Hadjar | Racing Bulls | +1 lap |
| 7 | Esteban Ocon | Haas | +1 lap |
| 8 | Liam Lawson | Racing Bulls | +1 lap |
| 9 | Alexander Albon | Williams | +2 laps |
| 10 | Carlos Sainz | Williams | +2 laps |
Russell, Bearman et autres galériens
George Russell s’est vu infliger un drive-through pour avoir dépassé Albon n’importe comment. Il faut dire que dépasser à Monaco, c’est comme essayer d’ouvrir une huître avec une fourchette en plastique : c’est courageux, mais c’est surtout stupide. Résultat: le britannique courcircuite la chicane après le tunnel espérant s’en sortir avec une pénalité de 5 secondes à l’arrivée. Mauvaise pioche: ce sera un drive through ! Ollie Bearman, puni d’un -10 places pour des raisons que même la FIA n’explique plus, a offert une course en montagnes russes. Douzième à l’arrivée, avec une ou deux frayeurs visuelles en prime. Son avenir en F1 ? Toujours plus incertain qu’un pronostic météo monégasque.
Franco Colapinto et Gabriel Bortoleto, rookies eux aussi, ont survécu, ce qui est déjà un exploit dans ce labyrinthe bordé de yachts. Bortoleto, d’ailleurs, avait pris les rails de Portier pour une rampe de lancement. Résultat : du carbone éparpillé, mais des points de style.
| Pos | Pilote | Team | Total |
|---|---|---|---|
| 1 | Oscar Piastri | McLaren | 161 |
| 2 | Lando Norris | McLaren | 158 |
| 3 | Max Verstappen | Red Bull | 136 |
| 4 | George Russell | Mercedes | 99 |
| 5 | Charles Leclerc | Ferrari | 79 |
| 6 | Lewis Hamilton | Ferrari | 63 |
| 7 | Kimi Antonelli | Mercedes | 48 |
| 8 | Alexander Albon | Williams | 42 |
| 9 | Esteban Ocon | Haas | 20 |
| 10 | Isack Hadjar | Racing Bulls | 15 |
Et les autres ? On les oubliera
Lance Stroll, Nico Hülkenberg, Yuki Tsunoda, Kimi Antonelli… présents, oui, mais à part servir de décor mobile, peu de choses à signaler. Antonelli, dernier classé, a au moins terminé la course, ce qui est plus qu’on peut dire de Fernando Alonso, victime d’un moteur capricieux (compteur au championnat toujours bloqué à 0), ou de Pierre Gasly, qui a fait la danse du pare-chocs avec Tsunoda avant de quitter les lieux discrètement.
En résumé
Monaco a tenté d’innover avec sa règle des deux arrêts obligatoires. Et pour une fois, ça a (un peu) marché. Entre stratégie improbable, rebondissements de dernière minute et podium inattendu, on s’est surpris à regarder cette procession avec un peu plus d’attention que d’habitude. Mais soyons honnêtes : malgré tous les artifices, Monaco reste un circuit où l’on gagne le samedi et où l’on s’ennuie le dimanche. Sauf cette fois. Norris et la FIA ont réussi à faire en sorte que ce Gp ait du sens malgré son tracé préhistorique.