Le Nürburgring: ses montagnes russes d’asphalte, son odeur de bratwurst et cette douce promesse que, quoi qu’il arrive, quelqu’un va plier du carbone. Pour le cinquième meeting de la saison DTM, l’enfer vert en version short track a offert aux spectateurs deux jours de grand spectacle : du rouge flamboyant le samedi avec Ferrari, et un raz-de-marée bavarois le dimanche signé BMW. Entre les deux ? Un McLaren en pole, juste pour le plaisir des photos.
Samedi matin : rouge devant, rouge derrière

Le ton du week-end est donné dès la qualif de la neuvième manche. Jack Aitken et Thierry Vermeulen verrouillent la première ligne pour Emil Frey Racing comme deux vigiles de boîte de nuit. Le Britannique sort un tour en 1’25’’155, son meilleur argument pour coiffer tout le monde au poteau, son coéquipier néerlandais se glissant à seulement 0,044 seconde. Les autres ? Engstler cale sa Lamborghini en troisième position, Ben Green case un troisième cheval cabré en P4, et Lucas Auer limite la casse avec sa Mercedes en cinquième place.
La température est fraîche, les pneus Pirelli mettent dix minutes à se réveiller, mais une fois chauds, c’est la valse des chronos. Auer mène, Engstler répond, et finalement Aitken sort l’attaque fatale à 90 secondes de la fin. Bref, Ferrari est en pleine forme, et ça sent déjà le week-end à points pleins pour Emil Frey.
Course 9 : le festival Aitken
L’après-midi, c’est l’heure de vérité. Un départ chaotique, neutralisation rapide, puis restart : Aitken conserve la tête, Green reste collé à son pare-chocs. Derrière, Engstler, Auer et Pepper essayent de suivre, mais le rythme des Ferrari est digne d’un défilé privé sur l’Autobahn.
Ricardo Feller, parti onzième, tente la stratégie kamikaze : arrêt précoce pour avoir de l’air. Bingo, il gagne des places et, comble du scénario, ressort devant Aitken quand celui-ci change ses pneus en dernier. Mais voilà, avec des slicks tout juste tièdes, le Britannique doit encaisser les assauts du Suisse. La bagarre dure plusieurs tours, les carrosseries s’échangent quelques marques de peinture, puis Aitken décide que ça suffit et reprend la tête au 29e tour. Green profite de la manœuvre pour déposer Feller, et le triplé Ferrari du samedi devient un doublé Aitken-Green, Feller complétant le podium.
| Pos | Pilote | Monture | Ecarts |
| 01 | J AITKEN EMIL FREY RACING | ||
| 02 | B GREEN EMIL FREY RACING | +0.684 | |
| 03 | R FELLER LAND-MOTORSPORT | +3.097 | |
| 04 | J PEPPER LAMBORGHINI BY GRT | +3.508 | |
| 05 | M WITTMANN SCHUBERT MOTORSPORT | +4.726 |
Auer, ex-leader du championnat, perd gros : un arrêt calamiteux et une sixième place finale. Résultat : Aitken prend la tête du général. Ferrari jubile, Mercedes grimace, et Audi se console avec un podium volé à la stratégie.
Dimanche matin : McLaren fait de l’histoire

Si le samedi a été rouge, le dimanche matin vire orange papaye. Ben Dörr, 20 ans et toutes ses dents, claque un 1’25’’620 et offre à McLaren sa première pole DTM. Cadeau d’anniversaire pour papa Dörr, qui doit déjà chercher de la place sur l’étagère à trophées. Lucas Auer suit à un dixième, prêt à récupérer la couronne perdue la veille. Gilles Magnus sort une Aston Martin en P3, pendant que Jordan Pepper décroche la P4 avant d’être envoyé cinq places plus bas pour cause de mauvaise conduite répétée.
Et Aitken ? Invisible. Seizième. De quoi transformer ses huit points d’avance en ticket retour pour la deuxième place du championnat.
Course 10 : Rast remet les pendules à l’heure
L’après-midi, René Rast se pointe sur la grille en sixième position, mais dès le départ, il grimpe comme un cabri sous caféine. Trois places gagnées avant la fin du premier tour, puis la mise à mort : dépassement de Dörr et Auer, et Rast s’envole dès le sixième tour.
Les arrêts aux stands confirment la tendance : Rast est sur une autre planète. Il retarde son premier arrêt, garde la piste claire, et ressort toujours leader. Auer tente de s’accrocher, mais son équipe décide de rejouer la partition du samedi : pit stop long comme un discours de sponsor. Résultat, il perd aussi la deuxième place au profit de Marco Wittmann, qui signe un doublé BMW Schubert.
| Pos | Pilote | Monture | Ecarts |
| 01 | R RAST SCHUBERT | ||
| 02 | M WITTMANN SCHUBERT | +7.795 | |
| 03 | L AUER TEAM LANDGRAF | +12.846 | |
| 04 | M ENGEL TEAM WINWARD | +13.790 | |
| 05 | A GÜVEN MANTHEY EMA | +15.321 |
Derrière, Maro Engel sauve l’honneur Mercedes en quatrième position, Ayhancan Güven offre un top 5 discret à Porsche, et Arjun Maini confirme que le Mustang GT3 sait aussi tourner à gauche ET à droite. Dörr, le héros du matin, s’accroche pour finir huitième, juste derrière Magnus. Pepper complète le top 10, et Aitken reste scotché hors des points, victime d’un accrochage dont il n’était même pas l’auteur.
Le championnat : Mercedes reprend les clés
| Pos | Pilote | Total |
| 01 | LUCAS AUER TEAM LANDGRAF | 137 |
| 02 | JACK AITKEN EMIL FREY RACING | 129 |
| 03 | JORDAN PEPPER LAMBORGHINI BY GRT | 122 |
| 04 | RENÉ RAST SCHUBERT MOTORSPORT | 117 |
| 05 | THOMAS PREINING MANTHEY EMA | 115 |
| 06 | MARO ENGEL WINWARD RACING | 114 |
| 07 | MARCO WITTMANN SCHUBERT MOTORSPORT | 101 |
| 08 | AYHANCAN GÜVEN MANTHEY EMA | 94 |
| 09 | JULES GOUNON MANN-FILTER | 93 |
| 10 | THIERRY VERMEULEN EMIL FREY RACING | 56 |
Au final, Auer reprend la tête du championnat avec un point d’avance sur Aitken, Pepper se glisse en embuscade, et Rast, avec sa 30e victoire DTM, se rappelle à tous comme un champion toujours prêt à gâcher les plans des autres. McLaren repart avec sa première pole, Ferrari avec une victoire et un doublé, et BMW avec la satisfaction d’avoir étouffé tout le monde le dimanche.
Verdict
Le Nürburgring a encore prouvé qu’il n’est pas qu’une carte postale pour touristes amateurs de courbes vertes : c’est un broyeur de certitudes. Samedi, on aurait parié la prime de fin d’année sur un week-end Ferrari parfait. Dimanche, BMW a balayé le plateau comme un coup de vent sur une buvette. Mercedes reste opportuniste, McLaren a fait sa photo pour le livre d’histoire, et Audi survit par éclairs stratégiques.
Reste qu’avec six courses à disputer, le DTM 2025 est une poudrière : les leaders changent tous les 24 heures, les pit stops font et défont les podiums, et chaque pilote sait qu’une mauvaise sortie des stands peut transformer une victoire en séance de dédicaces dans le paddock. Prochaine étape : prévoir des nerfs solides… et des pneus qui chauffent plus vite que dix minutes.