C’était écrit. Gravé dans le sable qatari, tatoué sur les voiles des tentes bédouines : Max Verstappen, quadruple champion du monde depuis le week-end dernier, n’allait pas se laisser perturber par quelques détails comme une pénalité sur la grille ou les gesticulations incessantes de George Russell dans le paddock. Le patron a encore frappé, s’imposant avec la régularité d’un métronome suisse et l’élégance d’un rouleau compresseur.
Parti P2 après avoir été pénalisé malgré une pole position stratosphérique la veille, Max n’a pas fait de quartier. Deux virages, et hop, retour aux affaires. Dès cet instant, il n’a plus été question de stratégie, d’undercut ou de safety car : Verstappen menait, et le reste du monde suivait, comme d’habitude.
Même au restart au tour 40, après une intervention du safety car pour dégager les débris laissés par les malheurs d’Hamilton et consorts, le Néerlandais a montré que personne ne jouerait dans sa cour. Lando Norris, dans un sursaut d’audace, a tenté de l’attaquer. Mal lui en a pris : Max a gardé la ligne, la tête, et la course. Qui peut l’arrêter ? Personne, manifestement.
Ferrari : Leclerc sauve l’honneur

Charles Leclerc a enfin livré une course sans la moindre anicroche. P2, propre, net, précis. Pas de stratégie fumeuse, pas de ravitaillement qui tourne au vaudeville, pas d’abandon stupide. Une performance à l’image de ce que pourrait être Ferrari si l’écurie italienne savait ne pas s’autosaborder.
Carlos Sainz, de son côté, s’est effacé dans le peloton, en terminant modeste P6. Certes, il ramène des points, mais à quoi bon alors qui suite aux déboires de Norris, l’occasion était belle de raccrocher (ou rapprocher) les wagons chez les Constructeurs.
McLaren : le faux suspense

Ah, McLaren! Les espoirs d’un titre constructeurs finalement repoussés jusqu’à Abu Dhabi. Tout reposait sur un duo Norris-Piastri redoutable depuis des mois. Mais à Losail, la mécanique bien huilée de Woking a montré quelques failles.
Oscar Piastri, impeccable, monte sur le podium en se montrant solide après s’être fait offrir la victoire en sprint la veille par son propre coéquipier Norris alors largement en tête. En revanche, Lando Norris a connu une soirée difficile : pénalité de 10 secondes pour non-respect des drapeaux jaunes, puis une remontée héroïque avortée par le poids de cette sanction. Il termine P10, grappillant le point bonus du meilleur tour en course. Symbolique, mais insuffisant pour entériner le titre.
McLaren devra attendre Abu Dhabi, mais avec 21 points d’avance sur Ferrari, le champagne reste au frais.
Mercedes : quand ça ne veut pas…

George Russell et Lewis Hamilton ont, une fois de plus, animé le week-end à leur manière. Russell, d’abord, avec une complainte théâtrale auprès des commissaires, espérant sans doute déstabiliser Verstappen. Raté il en faut bien plus! Toute attaque sur tapis vert a pour résultante une surmotivation du néerlandais. Ensuite, avec un arrêt catastrophique aux stands, où l’arrière-droit a résisté pendant sept longues secondes. De quoi offrir à Netflix une séquence parfaite pour « Drive to Survive ».
Hamilton, quant à lui, a transformé sa course en sketch. Départ anticipé, pénalité de cinq secondes, puis une crevaison au tour 34, juste avant l’entrée en piste du safety car. Quand ça ne veut pas… ça ne veut pas.
Les figurants : de l’action à bas étage
Esteban Ocon n’a pas fait long feu, éjecté dès le premier virage. Il est déjà question de le remplacer dans le baquet de l’Alpine pour la dernière épreuve le week end prochain. Qui est impliqué ? Lance Stroll, évidemment. Une rencontre musclée qui n’a surpris personne, tant le pilote canadien semble collectionner les incidents comme d’autres collectionnent les timbres.
Chez Red Bull, Sergio Pérez continue de faire de l’ombre à lui-même. Olé ! Cette fois-ci, une tête-à-queue en solitaire est venue ponctuer un week-end à oublier. Pénalisé de 10 secondes pour ses ébats en piste, Norris peut se consoler : au moins, il n’est pas Pérez.
Safety car et relance tiède
Le safety car a permis d’apporter un semblant de suspense au tour 40, mais tout cela a été balayé dès le restart. Verstappen a repris la tête sans jamais trembler, tandis que derrière, Norris tentait un baroud d’honneur voué à l’échec.
Quant à la bataille pour les points, elle a surtout mis en lumière les limites d’un peloton en manque de mordant. Gasly, Guanyu, Alonso… des noms, mais pas d’étincelles.

Losail, décor de l’ennui
Le circuit de Losail, avec ses longues lignes droites et ses courbes sans saveur, n’a une fois de plus pas réussi à offrir un spectacle digne de ce nom. Peu de solutions de dépassement hormis en bout de ligne droite où Tsunoda se fait posé proprement par les Sauber et Haas notamment. Sauber marque ainsi ses premiers points au championnat, il était plus que temps. Le championnat constructeurs aurait dû y trouver un climax, mais au lieu de cela, il a été relégué à un rôle secondaire dans un scénario prévisible.
| Pos | Pilote | Voiture | Chrono |
|---|---|---|---|
| 1 | Max Verstappen | Red Bull Racing | 1:31:05.323 |
| 2 | Charles Leclerc | Ferrari | +6.031s |
| 3 | Oscar Piastri | McLaren | +6.819s |
| 4 | George Russell | Mercedes | +14.104s |
| 5 | Pierre Gasly | Alpine | +16.782s |
| 6 | Carlos Sainz | Ferrari | +17.476s |
| 7 | Fernando Alonso | Aston Martin | +19.867s |
| 8 | Zhou Guanyu | Sauber | +25.360s |
| 9 | Kevin Magnussen | Haas | +32.177s |
| 10 | Lando Norris | McLaren | +35.762s |
Alors, que nous reste-t-il à espérer ? Abu Dhabi devra offrir du drama, du dépassement, et un peu de folie. Sinon, cette saison 2024 risque de se conclure comme elle a souvent été : une démonstration implacable de Verstappen, avec le reste du plateau jouant les seconds rôles malgré un milieu de saison assez tristounet chez RBR et la montée en puissance des Mc Laren.
Rendez-vous dans une semaine. Que la bataille finale sauve ce qui peut encore l’être. Allez, pour la blague, la place de vice champion reste jouable entre Norris et Leclerc.
| Pos | Pilote | Ecurie | PTS |
|---|---|---|---|
| 1 | Max Verstappen | Red Bull Racing | 429 |
| 2 | Lando Norris | McLaren | 349 |
| 3 | Charles Leclerc | Ferrari | 341 |
| 4 | Oscar Piastri | McLaren | 291 |
| 5 | Carlos Sainz | Ferrari | 272 |
Le titre constructeurs reste en jeu, mais il faudrait un miracle pour que Ferrari comble son retard de 21 points à Yas Marina. McLaren, à défaut d’avoir triomphé à Losail, reste maître de son destin. Verstappen, lui, a prouvé qu’il n’avait pas besoin d’en rajouter pour dominer.
| POS | TEAM | PTS |
|---|---|---|
| 1 | McLaren | 640 |
| 2 | Ferrari | 619 |
| 3 | Red Bull Racing | 581 |
| 4 | Mercedes | 446 |
| 5 | Aston Martin | 92 |