Et voilà, le Championnat d’Europe des Rallyes (ERC) a enfin décidé de poser ses valises en 2025, et pour une fois, pas dans un coin paumé où les vaches regardent passer les bolides avec un air bovin. Non, cette année, c’est à Cordoue, en Andalousie, que l’ERC a lancé son grand barnum avec le Rallye Sierra Morena – Córdoba Patrimonio de la Humanidad, 42e édition. L’épreuve est inscrite pour la première fois au calendrier ERC, antichambre du roi WRC. De l’asphalte bien lisse, 13 spéciales chronométrées pour un total de 209,960 km de glissades contrôlées (ou pas), et un plateau qui sent bon l’octane et l’ambition mal placée. On aurait presque envie de dire : “Olé !” Mais on n’est pas là pour danser le flamenco.

Pour pimenter la paella, deux stars du WRC, Thierry Neuville (Hyundai i20 Rally1) et Elfyn Evans (Toyota Yaris Rally1), ont daigné pointer le bout de leurs jantes dans cette épreuve inaugurale. Objectif avoué : faire mumuse avec leurs bolides surpuissants en prévision du Rallye des Canaries, prochain épisode asphalté du WRC (24-27 avril). Évidemment, ces messieurs en Rally1 n’étaient pas là pour scorer des points – Dieu nous préserve de mélanger les torchons Rally2 et les serviettes Rally1 – et ils ont même snobé la dernière spéciale (ES13), histoire de rentrer à l’hôtel avant que les locaux ne finissent leur sieste. Merci d’être passés, les gars, on enverra la facture des gravillons déplacés.

Pendant ce temps, dans le monde réel des Rally2 – là où les pilotes transpirent vraiment pour leur gloire –, Nikolay Gryazin a décidé de rappeler à tout le monde pourquoi il est le cauchemar des chronométreurs. Au volant de sa Škoda Fabia RS Rally2, épaulé par son fidèle co-pilote Konstantin Aleksandrov et chaussé de Michelin qui collent mieux que votre ex envahissante, le Russe (roulant sous pavillon bulgare pour raisons géopolitiques) a écrasé la concurrence comme on piétine une fourmilière. Sept scratches, une victoire de bout en bout, et un écart de 46 secondes sur son dauphin, Yoann Bonato. Gryazin, c’est un peu le mec qui arrive à un buffet à volonté et repart avec la table. “Cinq victoires, c’est bien, mais j’en veux plus“, a-t-il lâché avec l’humilité d’un tsar en vacances en signant son cinquième succès en deuxième division. On tremble déjà pour ses adversaires.

Le Français Bonato, lui, a sorti la tête de sa Citroën C3 Rally2 pour arracher une deuxième place inespérée. “On visait le top 5 maximum, alors deuxième, c’est parfait“, a-t-il confessé, presque surpris de ne pas être dans un fossé. Sept podiums en ERC pour lui, 3 victoires (Catalogne 2022, Canaries 2023 et 2024) mais toujours pas de couronne : on commence à se demander s’il n’a pas une adoration absolue pour les spéciales ibériques ! Derrière, José Suárez complète le podium avec sa Škoda, à 38,8 secondes de Bonato, malgré une crevaison matinale qui lui a fait perdre 39,7 secondes et probablement quelques cheveux. “C’est le jeu“, a-t-il philosophé, la mâchoire crispée. On lui conseille une tisane pour la prochaine fois.

Le reste du peloton ? Un mélange de talent, de malchance et de bricolage mécanique. Andrea Mabellini finit quatrième après avoir remporté la Power Stage – bravo pour le lot de consolation. Pepe López, lui, a joué les cascadeurs en explosant un pneu avant gauche et termine sixième, pendant que Mads Østberg, victime d’un souci de transmission, chute à la huitième place comme un vulgaire débutant. Mention spéciale à Jos Verstappen, oui, le père de Max, qui boucle l’épreuve en 12e position et apprend en pleine spéciale que son fiston a gagné le Grand Prix du Japon. Timing parfait, Jos, mais on te conseille de rester concentré sur les virages.
Gryazin, lui, n’a pas fait semblant. Dès la super spéciale du vendredi soir à Cordoue, il a mis tout le monde d’accord, avant de creuser l’écart samedi sur une ES finale où il a collé 11,6 secondes au plus rapide des poursuivants. “J’aime ce genre de spéciale où il faut du courage“, a-t-il déclaré, la modestie toujours en option. Dimanche, il a géré son avance comme un horloger sous Lexomil, raflant quatre points bonus sur la Power Stage pour faire bonne mesure. Chapeau bas, Nikolay, on t’aurait bien applaudi, mais on a les mains occupées à écrire tes louanges.
| Pos | Pilote | Copilote | Voiture | Chrono |
| 1 | Nikolay GRYAZIN | Konstantin ALEKSANDROV | 2h01’49s5 | |
| 2 | Yoann BONATO | Benjamin BOULLOUD | + 46.0 | |
| 3 | Jose SUAREZ | Alberto IGLESIAS | + 01:24.8 | |
| 4 | Andrea MABELLINI | Virginia LENZI | + 01:37.6 | |
| 5 | Miko MARCZYK | Szymon GOSPODARCZYK | + 02:02.2 | |
| 6 | Pepe LÓPEZ | David VÁZQUEZ | + 02:38.6 | |
| 7 | Mille JOHANSSON | Johan GRÖNVALL | + 02:51.1 | |
| 8 | Mads ØSTBERG | Torstein ERIKSEN | + 03:00.1 | |
| 9 | Stéphane LEFEBVRE | Andy MALFOY | + 03:46.3 | |
| 10 | Simon WAGNER | Hanna OSTLENDER | + 03:50.3 |
Prochain arrêt pour l’ERC : le Rallye de Hongrie (9-11 mai), où l’asphalte laissera place au gravier. Autant dire que les pilotes vont troquer leurs pneus slick contre des crampons et leurs lunettes de soleil contre des masques anti-poussière. Qui sera bien présent au départ de ce monstre sacré plié par Tempestini (Skoda Fabia) l’an passé et Mads Ostberg sur Citroën C3 Rally2 (2023 et 2021) ? Réponse dans un mois. En attendant, l’Andalousie range ses routes et ses chronos, avec de nombreux commissaires déjà en route vers les Canaries pour le WRC.
| Pos | Pilote | Monture | Total | Sierra Morena |
| 1 | 34 | 30 + 4 | ||
| 2 | 26 | 24 + 2 | ||
| 3 | 24 | 19 + 5 | ||
| 4 | 22 | 21 + 1 | ||
| 5 | 20 | 17 + 3 |