Le Grand Prix de Chine 2025 restera dans les annales, non pas pour un duel épique en piste, mais pour un festival de disqualifications qui donne envie de rire – ou de pleurer, selon qu’on soit fan ou ingénieur chez Ferrari. Pas moins de trois pilotes – Lewis Hamilton, Charles Leclerc et Pierre Gasly – ont été éjectés des résultats après des vérifications techniques aussi interminables que pointilleuses. Si la F1 voulait prouver qu’elle est également un sport très technique et encadré, c’est réussi.
Commençons par Lewis Hamilton, le septuple champion du monde qui pensait peut-être que rejoindre Ferrari en 2025 serait une promenade de santé. Après une victoire triomphale dans le Sprint du samedi, Sir Lewis a passé son dimanche à se frotter à Leclerc dès le premier tour – un amour fraternel typique des coéquipiers – avant de traîner sa Ferrari jusqu’à une sixième place laborieuse. Mais la vraie claque est arrivée après la course : sa “planche”, ce bout de bois high-tech sous la voiture, était trop usée. Mesures ? 8,6 mm à gauche, 8,6 mm au centre, 8,5 mm à droite. Le règlement exige 9 mm minimum. Pour 0,4 mm, Hamilton est disqualifié. Oui, 0,4 mm, soit l’épaisseur d’une excuse chez Ferrari. Les commissaires, inflexibles, ont appliqué la “peine standard”. Résultat : un thé bien amer pour le Britannique.
Charles Leclerc, lui, n’est pas en reste. Le Monégasque, déjà habitué aux désillusions en rouge, a vu sa SF-25 jugée trop légère d’un kilo – un kilo ! – après avoir franchi la ligne en P5. On imagine l’équipe en train de vider le réservoir avec une pipette pendant que Leclerc, stoïque, attendait le verdict. “Erreur authentique“, a reconnu Ferrari devant les commissaires, la main sur le cœur. Pas de circonstances atténuantes, pas de pitié : disqualification. Deux pilotes, deux infractions, zéro point pour la Scuderia. À Maranello, on doit sérieusement envisager de recruter un nutritionniste pour les voitures.
Et puis il y a Pierre Gasly, l’éternel malchanceux d’Alpine. Disqualifié pour la même raison que Leclerc – une voiture trop légère d’un kilo –, le Français a vu son P11 s’évaporer. Alpine, qui n’a toujours pas marqué un point en 2025, continue de creuser son propre trou avec une régularité déconcertante. On imagine Gasly, blasé, en train de lancer à son ingénieur : “La prochaine fois, mettez-moi une enclume dans le coffre, ça ira plus vite.” Pendant ce temps, Esteban Ocon, son coéquipier, grimpe à P5 grâce à ce chaos. Ironie du sort, l’autre Alpine profite du malheur général.
Ce fiasco post-course est d’autant plus savoureux que la victoire d’Oscar Piastri (McLaren) et le podium de Lando Norris et George Russell passent presque inaperçus. Les vrais gagnants ? Ocon, Kimi Antonelli, Alex Albon et Ollie Bearman, qui grimpent de deux places, tandis que Lance Stroll et Carlos Sainz raflent des miettes en entrant dans le top 10. Tout ça parce que la FIA, avec son mètre ruban et sa balance de cuisine, a décidé de jouer les inspecteurs des travaux finis.
Cette triple disqualification est un modèle du genre. Hamilton perd tout pour quelques millimètres râpés par la piste de Shanghai, Leclerc et Gasly pour un kilo qu’on aurait pu compenser avec une bouteille d’eau oubliée dans le cockpit. La F1, ce sport où des millions sont dépensés pour aller vite, mais où tout peut basculer pour une erreur digne d’un stagiaire. Ferrari et Alpine repartent la queue entre les jambes, et les fans, eux, se demandent si le vrai spectacle n’est pas dans les bureaux des commissaires. Prochain rendez-vous au Japon : espérons que les équipes aient révisé leurs leçons de géométrie et de pesée.