Après quatre années d’absence au calendrier MotoGP – autant dire une éternité à l’ère des réseaux sociaux et des carénages en carbone – Brno ressurgit des limbes pour offrir son bitume tout neuf aux pilotes du monde entier. Ses collines verdoyantes, ses virages légendaires, et maintenant, son tarmac flambant neuf, poncé, resurfacé, prêt à faire glisser n’importe quelle ambition. Et en ce samedi de qualifications puis de Sprint, autant dire que la République tchèque n’a pas déçu. Elle a offert le grand théâtre : chute de diva, remontées improbables, ingénieurs en panique, et comme toujours, Marquez au sommet – ou presque. Toutefois les équipes ont cruellement manqué de data du fait d’un manque de roulage Vendredi en raison de conditions météo détestables.
Un asphalte lisse comme un mensonge de communiquant
Commençons par le vrai protagoniste de ce samedi : le nouveau revêtement. Refait au printemps, le tracé de Brno s’est présenté comme une feuille blanche – ou plutôt, comme une piste d’essai grandeur nature où personne n’avait la moindre donnée fiable. Entre les déluges de la veille et les espoirs fragiles des ingénieurs, c’était ambiance guesswork and grip hunting.
Résultat ? Les FP3 ont été aussi utiles qu’un antivol sur une trottinette cassée. Les qualifications matinales se sont donc transformées en grande loterie, avec en bonus des températures changeantes et une adhérence digne d’une patinoire municipale.
Qualifications : Bagnaia sort du trou, Marquez s’enfonce dans le bac

C’est dans ce décor instable que Pecco Bagnaia, double champion du monde en peine depuis le début de saison, s’est rappelé au bon souvenir du paddock. Parti du purgatoire de la Q1, il s’est frayé un chemin jusqu’à la pole avec un mélange d’orgueil, de chance et d’équilibre précaire. Comme quoi, quand on n’a plus rien à perdre, on roule vite. Ou on tombe. Ce que Marc Marquez a justement fait, dans un parfait timing dramatique à la fin de son ultime tour de time attack.

Le #93, pourtant leader du championnat, a joué à saute-mouton avec le vibreur de l’avant-dernier virage – le même qui venait de gober Zarco quelques secondes plus tôt. Résultat : un vol plané, une glissade artistique, et une deuxième place sur la grille arrachée malgré tout. Quartararo, le revenant maussade, s’est glissé en P3, probablement autant surpris que satisfait.
| Pos | Pilote | Team | Chrono |
| 1 | F. Bagnaia | DUCATI | 1’52,303 |
| 2 | M. Marquez | DUCATI | +0.219 |
| 3 | F. Quartararo | YAMAHA | +0.305 |
| 4 | M. Bezzecchi | APRILIA | +0.341 |
| 5 | J. Mir | HONDA | +0.460 |
| 6 | R. Fernandez | TRACKHOUSE | +0.493 |
| 7 | P. Acosta | KTM | +0.527 |
| 8 | A. Marquez | GRESINI | +0.547 |
| 9 | J. Zarco | HONDA LCR | +0.574 |
| 10 | J. Miller | PRAMAC | +0.677 |
Mention spéciale à Jorge Martin, champion en titre de retour après blessure, qui a dignement honoré son statut en signant une P12. Rappel : le gars n’avait plus roulé depuis avril. Visiblement, ça se voit.
Sprint Race : Marc gagne, les pneus pleurent

L’après-midi, le spectacle a continué avec la désormais classique Sprint Race du samedi. Et là, accrochez-vous. Non content de tomber le matin, Marquez a décidé de gagner l’après-midi. Le tout en jonglant avec une pression de pneu avant aussi instable que la connexion Wi-Fi dans un parking souterrain.
Le départ ? Une boucherie propre. Pecco claque le holeshot, Marquez le passe dès le troisième virage comme on pousse un caddie récalcitrant, puis les Ducati ralentissent soudainement comme si une main invisible tirait sur leur frein moteur. Spoiler : cette main s’appelle pneu sous-gonflé, et c’est devenu le nouveau marronnier technique de la saison.
Acosta, le requin orange fluo de chez KTM, s’engouffre et prend la tête. Bastianini le suit, Pecco recule, Marquez temporise en se glissant dans les échappements d’Acosta le temps d’effectuer les 30% réglementaires avec une bonne pression – avant de refaire surface et de piquer la victoire sur un freinage venu d’un autre monde. À croire que plus rien ne l’arrête. Pas même les règlements sur la pression minimum (1,8 bar).
KTM, outsider plus si outsider

Derrière, les deux KTM font le job. Acosta monte sur son premier podium Sprint de l’année, Bastianini signe enfin un résultat que son CV justifie malgré une intoxication alimentaire qui lui avait fait perdre 3kg et des résultats inadéquats ces derniers temps. À croire que Brno leur réussit mieux que leurs ingénieurs. Pendant ce temps, Quartararo se bat avec Bezzecchi comme à la belle époque… de 2022. Ça frotte, ça sort large, ça revient – bref, du bon vieux MotoGP sauce combat de coqs.

Raul Fernandez, en pleine montée en puissance depuis quelques courses, vient gratter un top 6, pendant que Pecco s’effondre jusqu’à la 7e place comme un soufflé mal dosé. Le poleman du matin a visiblement laissé toute son adhérence dans les tribunes.
| Pos | Pilote | Team | Chrono |
| 1 | M. Marquez | DUCATI | 19:05.883 |
| 2 | P. Acosta | KTM | +0.798 |
| 3 | E. Bastianini | KTM | +1.324 |
| 4 | M. Bezzecchi | APRILIA | +1.409 |
| 5 | F. Quartararo | YAMAHA | +2.292 |
| 6 | R. Fernandez | TRACKHOUSE | +3.358 |
| 7 | F. Bagnaia | DUCATI | +3.648 |
| 8 | J. Zarco | HONDA LCR | +3.920 |
| 9 | P. Espargaro | TECH3 | +4.748 |
Martin invisible, Zarco discret, Espargaro inspiré

Et derrière, c’est la valse des absents-présents. Jorge Martin, qu’on aurait pu attendre pour un come-back flamboyant, finit 11e. Rien d’indigne, mais rien de marquant non plus. Zarco grappille un point avec sa Honda toujours aussi coopérative qu’un âne têtu. Et Pol Espargaro, en intérim de luxe chez KTM Tech3, vient tranquillement voler quelques miettes aux titulaires. De quoi rappeler qu’il reste un des meilleurs pilotes non-officiels du plateau, malgré un palmarès qui tiendrait sur une fiche de station-service.
Verdict du samedi : Brno est de retour, et ça fait mal
Ce GP de Brno, version 2025, a tout donné : du neuf, du chaos, des chutes, et une victoire de Marquez, ce qui devient une habitude embarrassante pour la concurrence. Entre un Pecco bipolaire, des KTM de plus en plus menaçantes, et une grille en mode roulette russe, ce retour tchèque sent bon la saison qui peut basculer à tout moment pour le gros de la troupe.
Et si l’asphalte continue de semer la zizanie, alors autant vous dire que le dimanche s’annonce aussi imprévisible qu’un Valentino Rossi en interview. En attendant, Marc Marquez peut ajouter une onzième victoire Sprint à son musée personnel – et ça manque désormais de doigts pour les compter.
| Intitulé | Durée | Local | Réunion | Vietnam |
| Dimanche 20 Juillet | ||||
| Warm up | 10′ | 09h40 | 11h40 | 14h40 |
| Course | 21 tours | 14h00 | 16h00 | 19h00 |